Xi Jinping arrive chez Donald Trump avec un sérieux avantage
Lorsque des chefs d’Etat se rendent à Washington, Donald Trump ne fait généralement pas le déplacement jusqu’à la base militaire d’Andrews pour les accueillir en personne. Mais pour Xi Jinping, le président américain fera évidemment une exception. Et avant que les deux hommes les plus puissants du monde n’entament leurs discussions jeudi à la Maison-Blanche, près de 500 militaires américains assisteront à la cérémonie d’accueil. Celle-ci s’achèvera, comme il se doit, par le survol d’un bombardier furtif B-2 et de quatre chasseurs F-22.
C’est peut-être le sommet le plus important de l’année. Pour la première fois depuis 2015, Xi Jinping se rend à nouveau dans la capitale américaine. L’évolution des relations entre les deux grandes puissances aura des répercussions dans le monde entier.
«Une chose est sûre: cette visite sera présentée comme un succès. Le président Trump adoptera un ton chaleureux et accueillant à l’égard de Xi Jinping», estime Kurt Tong, ancien consul général des Etats-Unis à Hong Kong aujourd’hui associé au cabinet de conseil stratégique Asia Group. Mais, selon lui, les résultats concrets du sommet risquent d’être «décevants». «Surtout au regard du nombre de problèmes et de difficultés qui pèsent sur les relations entre les deux pays», ajoute-t-il.
Et les sujets de discorde ne manquent pas:
- La guerre commerciale entre les deux premières économies mondiales, toujours en cours.
- La question d’un cadre contraignant pour l’utilisation de l’intelligence artificielle, encore en suspens.
- Le soutien de la Chine à l’économie de guerre russe, qui irrite tout particulièrement l’Europe.
- Les violations des droits humains commises par la Chine, du Tibet au Xinjiang, même si Trump ne devrait pas les inscrire à l’ordre du jour.
- La menace chinoise sur Taïwan, l’un des dossiers les plus sensibles.
Le sommet de Washington devrait tout de même déboucher sur un résultat concret: la «trêve» conclue par Xi Jinping et Donald Trump lors de leur rencontre à Busan, en Corée du Sud, l’automne dernier, devrait être prolongée une nouvelle fois. L’accord prévoit que la Chine continue de livrer suffisamment de terres rares aux entreprises américaines, tandis que les Etats-Unis doivent s’abstenir de durcir leurs sanctions technologiques contre Pékin. Mais cette trêve est fragile et peut voler en éclats à tout moment.
En revanche, il paraît exclu que les deux puissances parviennent à s’entendre sur l’intelligence artificielle, voire à freiner son développement parfois difficile à maîtriser. Cette coopération serait pourtant dans l’intérêt de l’humanité tout entière. Mais aucun des deux pays ne veut prendre le risque de ralentir le premier et de perdre du terrain dans la course au leadership technologique mondial.
«La Chine considère réellement l’IA comme le nouvel internet et comme une occasion unique. Xi Jinping a aujourd’hui 73 ans, il veut laisser son empreinte – et prendre l’avantage sur les Etats-Unis dans ce domaine», explique George Chen, ancien responsable des activités chinoises du groupe technologique américain Meta.
«Xi Jinping n’a jamais eu autant confiance dans la puissance technologique et la capacité d’innovation de la Chine», estime Chen. «Comme Trump l’avait dit un jour à Zelensky: pour négocier, il faut avoir de bonnes cartes en main. Et Xi Jinping en a aujourd’hui plus d’une dans son jeu.»
La Chine cache ses faiblesses
Xi Jinping, le dirigeant chinois le plus puissant depuis Mao Zedong, a fait de l’appareil industriel l’un des grands leviers de puissance du pays. Mobilité électrique, robotique, chimie: la Chine occupe désormais une position dominante dans de nombreuses chaînes d’approvisionnement stratégiques. Pour renforcer leurs armées, commercialiser de nouveaux médicaments ou accélérer la transition énergétique, les pays européens restent souvent tributaires des entreprises chinoises.
A l’intérieur du pays, le tableau est pourtant bien différent. L’économie chinoise traverse une mauvaise passe: consommation atone, chômage des jeunes élevé et pertes de pouvoir d’achat pour des centaines de millions de Chinois, frappés par la crise immobilière et les baisses de salaire. Face à Trump, Xi Jinping n’en laissera toutefois rien paraître.
Taïwan reste l’un des dossiers les plus sensibles entre les deux pays. La Chine accentue la pression militaire et durcit le ton à l’égard de l’île, gouvernée démocratiquement. Une escalade pourrait entraîner les Etats-Unis et la Chine dans un conflit armé et avoir des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale.
Pour Xi Jinping, le retour de Trump à la Maison-Blanche a jusqu’ici joué en sa faveur. Le président américain a engagé son pays dans une guerre contre l’Iran qui a fortement réduit ses moyens militaires. Dans le même temps, ses droits de douane et ses déclarations à l’emporte-pièce braquent les alliés des Etats-Unis en Asie de l’Est. Contrairement à ses prédécesseurs, Trump a aussi ouvertement mis en doute la volonté des Etats-Unis de défendre Taïwan. Il retarde toujours la livraison d’armements à Taipei pour un montant de 14 milliards de dollars. Autant d’éléments qui pourraient encourager Xi Jinping à mettre à exécution ses projets de conquête de Taïwan.
Daniel Kritenbrink, qui avait déjà participé en 2015 à la préparation de la visite de Xi Jinping à Washington sous Barack Obama, partage ces craintes. «Quand on parle avec nos alliés partout en Asie, on sent une forte inquiétude quant à la fiabilité des Etats-Unis à long terme», explique l’ancien diplomate américain. «Et je pense que ces réserves sont tout à fait justifiées», ajoute-t-il.
Trump veut impressionner Xi Jinping
De son côté, Donald Trump ne semble pas vouloir chercher l’affrontement avec le dirigeant chinois. Ces dernières semaines, il s’est au contraire gardé de critiquer directement Xi Jinping, sans doute aussi par crainte que celui-ci n’annule sa visite aux Etats-Unis au dernier moment.
Selon plusieurs observateurs, Trump voudrait surtout jouer les hôtes attentionnés pendant les trois jours de visite de la délégation chinoise, en rendant à Xi Jinping l’accueil chaleureux que celui-ci lui avait réservé à Pékin en mai 2026. Le président a même fait aménager un nouvel héliport devant la Maison-Blanche pour recevoir le dirigeant chinois avec tous les honneurs.
D’autres projets de prestige voulus par Trump dans la capitale ne sont en revanche pas encore achevés, notamment une nouvelle salle de bal à la Maison-Blanche. Et pour ce chantier, le président se serait inspiré, ironie du sort, du Grand Palais du Peuple à Pékin, l’un des bâtiments emblématiques du Parti communiste. Cette fascination affichée pour les symboles du pouvoir chinois montre à quel point Trump peut parfois se reconnaître dans Xi Jinping. (trad.: mrs)
