Trump fonce tête baissée et risque gros en Chine
Cette semaine, Donald Trump se rendra à Pékin. Il arrive tard. L’an dernier déjà, les chefs d’Etat de l’Australie, de la France, de la Nouvelle-Zélande, de l’Espagne et de l’Union européenne avaient fait le déplacement pour rendre hommage à Xi Jinping. Depuis le début de l’année, ceux de la Finlande, de l’Irlande, de la Corée du Sud, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de l’Espagne les ont rejoints.
Le président américain est la principale raison de ce pèlerinage massif vers l’Empire du Milieu. Avec sa guerre douanière ainsi que ses attaques contre l’Union européenne et l’Otan, il a tellement déstabilisé les alliés des Etats-Unis qu’ils cherchent désormais des alternatives. Face à ce risque, les habituels rappels aux violations des droits humains et la crainte d’une nouvelle dépendance sont relégués au second plan.
Dans le même temps, cette affluence diplomatique met Trump sous pression:
Cette inquiétude gagne même le camp trumpiste. Dans une tribune publiée par le New York Times, l’économiste Oren Cass – pourtant partisan de la politique économique du président – pose cette question anxieuse:
Oren Cass fait référence à des spéculations selon lesquelles Trump souhaiterait conclure avec Xi un accord prévoyant que la Chine investisse 1000 milliards de dollars aux Etats-Unis. «Ce serait une erreur d’ampleur historique», estime-t-il. La Chine n’est pas un investisseur comme les autres, poursuit-il. Elle joue selon ses propres règles et cherche à dominer l’ensemble de la chaîne de valeur afin d’écraser la concurrence.
«Autoriser la Chine à contrôler des chaînes d’approvisionnement verticalement intégrées des deux côtés du Pacifique ne ferait qu’aggraver le problème», prévient Oren Cass. En ajoutant:
Une rencontre suivie avec inquiétude
Il est peu probable qu’on en arrive là. Pourtant, la rencontre entre les deux présidents sera observée avec des sentiments mêlés dans le monde entier, car nous vivons désormais dans un monde du G2, dominé par deux superpuissances. «Ce n’est pas une perspective rassurante», constate The Economist. On peut ainsi y lire:
Trump se considère, on le sait, comme le plus grand négociateur de tous les temps. Mais cela suffira-t-il pour réussir à Pékin? Rien n’est moins sûr, car ses cartes sont mauvaises. Grâce à sa politique douanière, le déficit commercial avec la Chine est certes passé de 400 milliards de dollars à environ la moitié de ce montant. Mais les apparences sont trompeuses: la Chine redirige simplement une grande partie de ses exportations vers les Etats-Unis via des pays tiers.
Les deux pays échangent en outre des biens très différents. Les cyniques qualifient les exportations américaines des «trois B»: Beef, Beans and Boeing – autrement dit du bœuf, des haricots et des avions Boeing. Les Chinois, eux, ont encore renforcé leur statut «d’atelier du monde» et produisent presque tout ce que désirent les consommateurs étasuniens.
Environ un tiers des biens produits dans le monde sortent déjà des usines chinoises. L’Organisation des Nations unies pour le développement industriel estime que cette part atteindra 45% d’ici 2030.
Et en déclarant les droits de douane punitifs contraires à la Constitution, la Cour suprême a encore affaibli la position de Trump. D’où la crainte que Trump soit tenté de faire trop de concessions à Pékin sur la question de Taïwan.
Avant la guerre contre l’Iran, les attentes autour de la rencontre entre Xi et Trump étaient très élevées. Depuis, l’enthousiasme est retombé. «Ce serait déjà une grande victoire si les deux présidents avaient une rencontre cordiale et décidaient de continuer à commercer ensemble», explique Michael Hart, de la Chambre de commerce américaine en Chine, dans The Economist. (trad. hun)
