«On va le payer jusqu'à la présidentielle»: le RN se divise
Plongé depuis trois semaines dans la confusion sur sa propre réforme des retraites, le Rassemblement national voit ressurgir les tensions entre «marinistes» et «jordaniens» (Réd: pour Marine Le Pen et Jordan Bardella).
Un séminaire à huis clos la semaine prochaine permettra peut-être de crever l'abcès, avant le 7 juillet, date du jugement en appel qui pourrait compromettre la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle de 2027.
Un sujet clivant, même au sein d'un même parti
Rien de tel qu'une bonne retraite collective pour remettre les choses au point. Et ça tombe bien: Marine Le Pen, Jordan Bardella et leurs gardes rapprochées doivent se retrouver le 12 juin, hors de Paris et à l'abri des regards, pour phosphorer sur leur campagne présidentielle.
Un point d'étape «très basique» pour discuter «stratégie politique et organisation», dans le prolongement d'une première réunion mi-avril, minimise un participant. Trop banal? Les deux chefs se sont chargés d'ajouter un sujet de discorde à l'ordre du jour.
Jordan Bardella le premier, en glissant à la presse allemande début mai que son parti était «en train d'examiner la question» d'un relèvement de l'âge légal de départ en retraite. Une pierre dans le jardin de Marine Le Pen, qui maintient mordicus sa promesse de revenir à 62, voire 60 ans, avec 40 à 42 années de cotisation.
«Le programme est le même que celui de 2022, en l'état», a tenté de rectifier la triple candidate à l'Elysée. Mais son cadet n'en démord pas:
Un membre de la direction assure que «ce n'est pas un cafouillage» et que les deux têtes du RN ont seulement «présenté les choses avec des termes différents».
Confusion
Pourtant, les porte-parole sont déboussolés. Quelqu'un qui a commencé à travailler à 24 ans pourrait donc partir à 66 ans? «Oui», répond Julien Odoul (réd: député RN de l'Yonne, dans le centre de la France et porte-parole du parti). «Si vous commencez à 25 ans, avec notre réforme, vous partirez à 67 ans», renchérit Louis Aliot (réd: vice-président du RN et maire de Perpignan, dans le sud de la France).
Le RN avait déjà souffert d'hésitations sur le même sujet après la dissolution de 2024. Un cadre se désespère:
Un plan économique tout aussi disputé
Ce n'est pas tant le contenu qui pose problème que «l'affichage politique», insiste ce député:
Ravageur à moins d'un an du scrutin suprême. Et même si la presse est accusée de surinterpréter les propos et d'amplifier les désaccords, «on s'y est mis tout seul» et «on va le payer jusqu'à la présidentielle», s'inquiète ce même responsable.
L'addition risque de s'allonger encore, avec le volet budgétaire du programme. Jusqu'ici, le RN tablait sur un plan d'économies de 100 milliards d'euros sur cinq ans. Chiffre encore répété la semaine dernière par Jordan Bardella.
Mais le chiffre est déjà dépassé, comme prévient un stratège:
La faute aux «dépenses rigides» (comme la loi de programmation militaire ou le prêt européen à l'Ukraine) sur lesquelles «on ne pourra pas revenir». S'il sera aisé d'en rejeter la responsabilité sur la «mauvaise gestion» d'une macronie finissante, et le «contexte aggravé» par la guerre en Iran, cela suffira-t-il à faire passer la pilule?
Surtout si, dans le même temps, la tendance pro-business s'affirme, comme l'a laissé entrevoir la dissonance fin avril entre la «candidate naturelle» et son dauphin autour de la question des «surprofits» de TotalEnergies.
Spéculations sur le chef de parti en juillet
Du côté des «marinistes», on en vient à soupçonner les «jordaniens» de vouloir «remettre en cause» l'équilibre du projet avec des mesures «qui ne sont pas financées», notamment sur la fiscalité des grandes entreprises et des plus fortunés. Un proche de Marine Le Pen va jusqu'à s'alarmer:
Evidemment tout reste suspendu au verdict de la cour d'appel de Paris, qui décidera le 7 juillet si Marine Le Pen peut concourir une quatrième fois, ou pas. Mais ce deuxième séminaire tombe à pic pour accorder enfin les violons et couper court aux spéculations.
Car, comme le relève un historique du parti, «le Front national, puis le Rassemblement national, ont bien fonctionné en n'ayant pas de courants et en étant unis derrière le chef». Reste à savoir lequel.
