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Municipales: la France se rapproche du scénario du pire

Jean-Luc Mélenchon, patron de LFI, en bonne voie pour 2027.
Jean-Luc Mélenchon, patron de LFI, en bonne voie pour 2027.image: watson
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La France se rapproche du scénario du pire

La bonne forme du Rassemblement national et la poussée de la France insoumise au premier tour des municipales, dimanche, montre qu'on se rapproche toujours plus d'un possible second tour RN-LFI à la présidentielle de 2027.
16.03.2026, 12:0416.03.2026, 17:57

Les élections municipales en France ne sont pas encore terminées que l’on a déjà la tête à la présidentielle de 2027? Les résultats du premier tour, dimanche, dans les communes, ont d’autant plus un air de répétition générale avant le grand rendez-vous dans un an, qu’ils mettent en vedette les deux partis extrémistes, le Rassemblement national et la France insoumise. On connaissait l’ancrage local grandissant de l’extrême droite, on découvre la progression de l’extrême gauche dans la France des provinces, certes, pour l’heure encore, majoritairement dans les milieux urbains.

Vision d'horreur

Pour les modérés, dont on veut croire qu’ils ne sont pas totalement largués, c’est une vision d’horreur. Une France nouvelle, celles des radicalités des deux bords, naît sous leurs yeux. Elle pourrait s'affronter en duel au second tour de la présidentielle de 2027. Cela marquerait l’échec complet du macronisme, cette version électorale de la fin de l’Histoire. Le macronisme aurait peut-être pu fonctionner, mais il aurait fallu qu’il s'enracine dans un pays économiquement bien portant. Or, trop de Français tirent la langue depuis trop longtemps.

La France RN...

Ces Français pour qui la fin du mois passe avant la fin du monde, selon une expression consacrée, se répartissent désormais en deux camps. D'un côté, le RN, qui rassemble la France blanche de la «diagonale du vide», cette France de l’intérieur qui avait placé Marine Le Pen presque partout en tête au premier tour de la présidentielle de 2022. Cette France-là est celle de la désindustrialisation, qui voit dans le RN un moyen de restaurer son honneur.

... et la France LFI

De l'autre côté, la France LFI. Elle non plus n’est pas argentée. Elle n’a en principe rien de commun avec la France RN. C’est la «nouvelle France» promue par Jean-Luc Mélenchon. Elle réunit, d’une part, le prolétariat des professions intellectuelles formé de dizaines de milliers de personnes passées par l’université mais payé au lance-pierre, et, d’autre part – les deux catégories se rejoignant parfois – les Français issus des immigrations postcoloniales, à forte implantation dans les banlieues des grandes villes, sinon dans les grandes villes elles-mêmes, comme c’est le cas dans le Nord de la France.

Cet ancrage géographique a fait les très bons scores de LFI, dimanche, à Lille et Roubaix, mais aussi Toulouse et Limoges.

Thématique «Gaza», mais pas seulement

En jouant sans réserve de la thématique «Gaza», Jean-Luc Mélenchon et ses lieutenants ont fédéré l’électorat populaire musulman, ainsi que les troupes anti-impérialistes, nombreuses dans ce champ intellectuel citadin en mal de perspectives économiques.

Mais on se tromperait à ne voir dans la progression de LFI aux présentes municipales que le résultat d’une «drague aux musulmans» sur fond de conflits internationaux. Jamais un parti – pourtant dominé par les «Blancs» à son sommet – n’a sans doute à ce point paru sincère dans son adresse à ce qu’on appelait la diversité au début des années 2000. La gauche PS qui a longtemps convoité le «vote des banlieues», y réussissant souvent, est aujourd’hui complètement déconsidérée aux yeux de cette même diversité, qui la juge «hypocrite», sinon «raciste».

Victoire éclatante à Saint-Denis

L’éclatante victoire au premier tour de l’insoumis Bally Bagayoko à Saint-Denis, 150 000 habitants, en banlieue parisienne, face au sortant socialiste Mathieu Hanotin, qui n’aura fait qu’un mandat dans la cité des tombeaux des rois de France, montre la force de LFI, comme elle rend compte d’une évolution démographique arrivée à son terme et qui veut prendre sa place dans le pays.

L'antisémitisme pas préjudiciable

Pour Jean-Luc Mélenchon, il ne fait guère de doute que ces municipales sont une manière de marquer le terrain et les esprits avant 2027. L’outrance – ses nombreuses sorties oratoires teintées d’antisémitisme – ne lui est manifestement pas préjudiciable et lui-même ne voit pas là de contradiction à se dire «antifasciste». Mieux, si l’on peut dire, ses saillies de comique à la Dieudonné montrent que dans la «nouvelle France», les «chouchous» ne sont plus les juifs. Le leader insoumis est bon sociologue.

Il reste un an à la France pour trouver un moyen démocratique d’éviter le scénario d'un second tour RN-Mélenchon. Et il reste moins d'une semaine aux Français pour limiter la progression, dans les urnes, des radicalités de gauche comme de droite.

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