Ces trois raisons rapprochent Trump et Zelensky
Sous Donald Trump, les relations entre les Etats-Unis et l'Ukraine ont atteint leurs limites naturelles. On imagine ainsi désormais mal Kiev recevoir gratuitement des armes et des munitions américaines, comme c'était le cas sous Joe Biden. Une aide financière directe est même considérée comme totalement exclue.
Ces dernières semaines, plusieurs signes montrent pourtant un rapprochement de plus en plus marqué. Sous la présidence Trump, les Etats-Unis pourraient finalement offrir davantage que la simple vente d'armes via des pays européens ou le partage de renseignements.
Des signaux positifs depuis Ankara
La dernière entrevue entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky a eu lieu en marge du sommet de l'Otan à Ankara. De quoi fortement rappeler le fameux entretien dans le Bureau ovale, le 28 février 2025. Au lieu des 60 minutes initialement prévues pour l'ensemble du programme, les deux hommes ont passé 45 minutes devant les caméras, avant de poursuivre leurs échanges pendant une heure supplémentaire en privé, dans une atmosphère particulièrement cordiale.
L'ancien ambassadeur ukrainien auprès de l'Organisation des Nations unies (ONU), Serhiy Kyslytsya, aujourd'hui chargé des Affaires étrangères, a parlé de la meilleure rencontre jamais observée entre ces dirigeants.
Trump n'en a que pour les vainqueurs
Volodymyr Fessenko est politologue au Centre Penta pour la recherche politique appliquée à Kiev. Il partage le constat d'une amélioration des relations. Selon lui, les récents succès militaires aériens dans la guerre contre la Russie et une évolution très nette de la communication par rapport à début 2025, y contribuent largement. Car ce que Trump respecte avant tout, c'est la force:
La promesse faite en Turquie d'accorder à Kiev une licence de production pour les missiles des systèmes antiaériens Patriot n'aidera guère à court terme face aux frappes russes. Elle constitue en revanche une avancée stratégique majeure dans la perspective d'une éventuelle nouvelle offensive russe. D'autant que, selon des bruits de couloirs, les procédures administratives seraient bien plus avancées qu'on ne le pensait jusqu'ici. La production de ces engins essentiels pourrait ainsi débuter avant les deux ans initialement évoqués.
Une nouvelle confidente pour Trump?
L'importance qu'accorde Zelensky au réchauffement des relations avec Washington s'en ressent également dans les récents développements de sa politique intérieure. Ils ont récemment été marqués par un remaniement gouvernemental. Si le remplacement de plusieurs ministres n'a surpris personne, celui de la première ministre, Ioulia Svyrydenko, nommée il y a seulement un an, a davantage étonné. Le chef d'Etat lui a néanmoins demandé de quitter ses fonctions pour lui confier une mission très spéciale.
L'Ukraine doit en effet rapidement désigner un nouvel ambassadeur à Washington, de préférence une personnalité de tout premier plan. A Kiev, on perçoit cette exigence comme un souhait explicite de l'administration Trump. Olha Stefanichyna, titulaire actuelle du poste, répondait pourtant à ce profil en tant qu'ancienne vice-première ministre et ministre de la Justice. Elle bénéficiait de la confiance du président, mais aussi des républicains comme des démocrates. Peu avant son départ pour les Etats-Unis, elle a toutefois été impliquée dans une procédure pour corruption. Dans les milieux politiques, on spécule désormais sur une possible inculpation. Selon plusieurs sources, elle aurait elle-même demandé à Volodymyr Zelensky d'être relevée de ses fonctions.
Aux yeux du dirigeant, Ioulia Svyrydenko, qui parle couramment anglais, ferait une ambassadrice idéale outre-Atlantique. Elle est réputée irréprochable, jouit d'une excellente réputation à Washington et sait travailler avec l'entourage de Donald Trump. Elle entretient notamment des relations particulièrement étroites avec le secrétaire au Trésor, Scott Bessent. Tous deux ont négocié l'an dernier l'accord très controversé sur les ressources naturelles. Reste à savoir si la quadragénaire signera la proposition, même si elle aurait donné son accord de principe à Zelensky dimanche dernier. Les principales nominations liées au remaniement gouvernemental devraient être définitivement arrêtées cette semaine.
(Adaptation en français: Valentine Zenker)
