Viande, armes et «cinglés»: on a assisté au show de Trump au Texas
watson sur la route des Midterms 🇺🇸
C’est quoi le mood aux Staaaates? Afin de mieux cerner l’état d’esprit des Américains, watson a décidé de prendre la route de Seattle (Washington) à Austin (Texas).
***
Les Etats-Unis renouvelleront leur Chambre des représentants le 3 novembre prochain dans un climat politique tendu et avec un président Trump qui sait qu’il peut trébucher.
Armé de petites histoires pour mieux comprendre la grande, watson sillonne un pays que l’on croit connaître, secoué, mal-aimé et inquiet pour son avenir. Sans oublier, au passage, ses amusantes curiosités culturelles. Welcome on board!
A défaut de voir leur héros en personne, ce sera devant un écran. Celui installé à l’extérieur du Lubbock Memorial Civic Center. L'ambiance est survoltée. Debout depuis plusieurs heures, et parfois après une nuit à camper devant la salle, les partisans qui n’ont pas trouvé de place à l’intérieur attendent leur président de pied ferme. Le moral, lui, tient parfaitement.
Autour de nous, la foule est unie, joyeuse, gonflée à bloc. Se retrouver entre militants convaincus aide sans doute à se sentir en pleine possession de ses moyens. D’autant que les manifestants opposés à Donald Trump, sur le trottoir d'en face, se comptent sur les doigts d'une main.
Il est 18h22. Après des heures à faire la queue, nos lombaires commencent à protester, lorsqu’un clip tout à la gloire du président annonce enfin le début des festivités. Les cris redoublent.
Ledit clip
https://t.co/59JD0Jbj4f
— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) September 9, 2026
Sur la scène, la vraie, Donald Trump apparaît. Il lance quelques casquettes dans la foule, savoure son entrée sur fond de God Bless the USA. «Merci, merci beaucoup. Hello, Texas!»
«USA! USA!» scande le public en retour, avec force et ferveur.
Le président est venu demander aux Texans de voter républicain, de reconduire leur gouverneur Greg Abbott et d’envoyer Ken Paxton à Washington. L’actuel procureur général du Texas brigue un siège au Sénat face au démocrate James Talarico, dans une course âprement disputée.
James Talarico. Sans doute le personnage principal de la soirée - après Trump. Selon une habitude bien rodée, le président lui a trouvé un surnom: «Tala-freak-o», un mix entre son nom de famille et «freak» («cinglé»). Au fil du discours, ce trentenaire bien placé dans la course devient une menace pour à peu près tout ce que ce public texan est supposé chérir.
Un montage vidéo prend le relais. Des extraits présentent les positions du démocrate sur le genre, l’immigration ou encore la «non-binarité de Jésus». L’appel à manger moins de viande suscite les sifflements les plus sonores.
Donald Trump revient ensuite sur l’absence du candidat pendant une partie de la campagne. Un problème de santé mentale ou plutôt d’estomac à en croire Trump: James Talarico serait un végan «contraint de manger de la viande pour se faire élire». Les huées montent.
Puis le gourou MAGA dégaine. Il accuse son adversaire de vouloir détruire le deuxième amendement, qui protège le droit de détenir et de porter des armes à feu. Sa consigne au public tient en quelques mots: «Go take a hike.»
Autrement dit: qu’il aille se faire voir.
Entre deux attaques, le 47e président américain déroule son bilan et empile les superlatifs. Les Etats-Unis vivent désormais leur «âge d’or». La frontière est sécurisée. L’emploi bat des records. La richesse aussi. L’industrie est florissante, les homicides et la pauvreté au plus bas. Le républicain se félicite d’avoir mis fin à ce qu’il présente comme la «pire inflation de l’histoire du pays». Les chiffres et les études le contredisent.
Sur le plan des promesses, il assure des investissements supplémentaires, vante sa politique douanière et annonce une fin prochaine de la guerre en Iran. Mais ses ennemis reprennent vite davantage de place que les résultats.
Biden, toujours à l’affiche
L’ancienne vice-présidente a droit à sa volée. «Vous vous souvenez de Kamala?» demande Trump. «Plus personne ne se souvient de son nom de famille.» Puis c'est au tour d’Abdul El-Sayed, candidat démocrate au Sénat dans le Michigan, que Trump préfère personnellement rebaptiser «Mohammed».
Mais il bifurque rapidement vers une valeur sûre de son répertoire: Joe Biden. «Sleepy Joe» ou «Crooked Joe», surnom qui change selon son humeur. « Deux ans plus tôt, déclare Donald Trump, le pays était mort et l’homme aux commandes avait oublié son nom et était incapable de trouver la sortie d’une scène ».
La moquerie devient un sketch en lui-même. Après un discours «devant une foule immense», Donald Trump raconte avoir demandé à son épouse, Melania (qu'il dit appeler «First Lady», même en privé), comment elle l'a trouvé. Dans le dialogue qu’il prête à sa femme, celle-ci lui formule un unique reproche:
Barack Obama, lui, est attaqué sur l’économie. Elizabeth Warren retrouve son sobriquet de «Pocahontas», avec lequel Trump tourne en dérision ses anciennes revendications d’ascendance amérindienne. Les personnages changent, la mécanique reste la même.
Un nom. Une imitation. Une pique.
Puis la réaction du public.
A mesure que le discours avance, l’alternative proposée aux électeurs se resserre. Voter républicain, ou laisser le pays basculer à nouveau «en enfer», avec les démocrates et leurs politiques «tristes et malades». Puis une nouvelle assurance: le Texas offrira une grande victoire aux républicains.
Après près de deux heures de spectacle, une impression domine: à 80 ans, Donald Trump a de l’énergie à revendre. Il plaisante, enchaîne les attaques, retrouve ses effets. Pas une seule fois il ne semble consulter ses notes. Surtout qu'il avait déjà tenu un meeting à Corpus Christi à la mi-journée. Celui de Lubbock a avoisiné les deux heures.
La cote de popularité du président est historiquement au plus bas, mais le public répond encore. Le président ne donne guère l’impression d’un homme fatigué par cette campagne. Reste à savoir si, le 3 novembre, cela suffira à faire gagner son camp.
