«Poutine vole nos maris»: la colère grandit contre le recrutement forcé
En Russie, l'inquiétude grandit: faute de soldats en nombre suffisant sur le front, Vladimir Poutine pourrait décréter dès cet automne une nouvelle vague de mobilisation. Les volontaires prêts à signer un contrat avec le ministère de la Défense sont de moins en moins nombreux. Le Kremlin en est donc de plus en plus souvent réduit à recourir à des mesures coercitives.
Cet été, plusieurs incidents survenus dans différentes régions du pays ont suscité l'inquiétude de la population. Le scénario est toujours le même: des policiers en patrouille, accompagnés d'hommes cagoulés, arrêtent une voiture. Le conducteur est d’abord contrôlé pour des infractions au Code de la route, puis arrêté et emmené dans un fourgon. Il y reçoit une convocation au commissariat militaire ainsi qu'une notification l'informant qu'il devra partir combattre en Ukraine.
Ces épisodes sont isolés, mais ils ont été recensés du centre à l'extrême est du pays. Pour de nombreux Russes, ces incidents montrent que Vladimir Poutine manque cruellement de soldats et se prépare à décréter une nouvelle vague de mobilisation dès cet automne.
Des rafles pour alimenter le front
Des hommes sont arrêtés sous les yeux de leur épouse, puis enfermés dans des fourgons. Dans la ville de Penza, à 600 kilomètres au sud-est de Moscou, des femmes ont encerclé un minibus et en sont venues aux mains avec des agents du commissariat militaire. La scène a été filmée.
Une habitante de Penza s'est indignée:
Depuis, bon nombre d'hommes ne quittent leur domicile qu'en cas de nécessité, de peur d'être enlevés par les employés du commissariat militaire.
Les représentants du ministère de la Défense ne se contenteraient pas de simples entretiens avec les personnes arrêtées. Selon plusieurs témoignages, certains hommes seraient contraints, parfois sous la violence, de signer un contrat d'engagement.
Arina, une habitante de Penza, raconte:
La famille de Iaroslav Koubov affirme qu'il a lui aussi été enlevé par des militaires à Vladivostok. Elle a déposé plainte auprès du parquet militaire et demandé l’ouverture d’une procédure pénale pour séquestration à l’encontre des agents du commandement militaire, mais sans succès jusqu'à présent.
Jusqu'à 500 000 hommes mobilisés
Dans un entretien accordé à Sky News, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a laissé entendre qu'une nouvelle campagne de mobilisation serait lancée après les élections législatives russes, qui doivent avoir lieu le 21 septembre. Les experts que nous avons interrogés partagent cette analyse. Selon Volodymyr Zelensky, Vladimir Poutine aurait l'intention de recruter entre 300 000 et 500 000 hommes dès le début du mois d'octobre.
Le président ukrainien a ajouté que la Russie se prépare à accueillir 30 000 soldats supplémentaires venus de Corée du Nord avant de les envoyer au front. Selon lui, cette aide militaire comprendrait aussi des lanceurs de missiles balistiques.
Deux scénarios pour une nouvelle mobilisation
Le Kremlin a plutôt mal vécu la «mobilisation partielle» décrétée par Vladimir Poutine en septembre 2022 et n'entend pas renouveler l'expérience. C'est la conviction d'Alekseï Tabalov, directeur de l'ONG École du conscrit. Cette mobilisation avait provoqué un vent de panique dans la société russe et un exode massif vers le Kazakhstan et la Géorgie.
Et à l'expert de déclarer:
Selon lui, «le Kremlin ne voudra sans doute pas traumatiser une nouvelle fois sa propre population».
La seconde option? Le Kremlin pourrait annoncer que les prétendus «héros de la guerre», blessés et épuisés, rentrent au pays et qu'ils doivent être relevés par des volontaires. En réalité, ces prétendus volontaires seraient des hommes recrutés de force.
La numérisation du système de gestion des obligations militaires permettrait désormais aux commissariats militaires d'identifier sans difficulté ces prétendus volontaires. Selon Alekseï Tabalov, ils sont même devenus la principale base de données de l'Etat sur les hommes en âge de combattre. Leurs fichiers contiennent notamment des informations sur leur emploi, leur état de santé, leurs antécédents judiciaires ainsi que les adresses de leurs proches. (trad.: mrs)
