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La possible arrivée de Marine Le Pen au pouvoir ravive des tourments intérieurs.
La possible arrivée de Marine Le Pen au pouvoir ravive des tourments intérieurs.image: shutterstock
Présidentielle 2022

Voter Macron l’«islamophobe», pour sauver le citoyen Mohamed

Dilemme chez les mélenchonistes: ne pas donner sa voix à Emmanuel Macron, c'est courir le risque d'une élection surprise de Marine Le Pen, dont le programme fait peur aux musulmans, qui ont voté en très grand nombre pour Mélenchon.
20.04.2022, 06:1520.04.2022, 11:19

La famille Le Pen a toujours suscité des craintes dans les familles immigrées, en particulier chez celles originaires d’Algérie. C’est moins le spectre de l’extrême droite que les rancunes du père, Jean-Marie Le Pen, partisan de l’Algérie française, à l’égard des immigrés algériens en France, qui ont longtemps nourri ces peurs. A commencer par celle de la «remigration», un thème repris par Eric Zemmour durant sa campagne présidentielle.

La possible arrivée de Marine Le Pen au pouvoir, dimanche 24 avril, ravive ces tourments intérieurs. Ils ne sont pas tant liés à la perspective d'une éventuelle remigration forcée des «immigrés», dont plusieurs millions sont aujourd’hui français et souvent nés en France, qu’aux risques que son élection ferait courir aux «Arabes», cette catégorie de Français dont l’histoire en France n’est pas un long fleuve tranquille.

Alors, votez Macron, faites-le pour eux, s'évertue de convaincre une partie des électeurs de Jean-Luc Mélenchon face à une autre, incapable de s'y résoudre. Si le leader des insoumis, arrivé troisième au premier tour, à présent arbitre du duel entre les deux finalistes, a demandé à ses électeurs qu'aucune voix n'aille à Marine Le Pen, il n’a pas formellement appelé à voter pour Emmanuel Macron.

Le «bourgeois islamophobe» ou la «haineuse raciste»?

La consigne du chef est moyennement comprise. Un sondage montre que si 37% (+4) d’entre eux prévoient de donner leur voix à Macron et 40% entendent s’abstenir, 23% (+5) sont prêts à glisser un bulletin Le Pen dans l’urne. Certes, le «ni-ni» recule et le vote Macron monte, mais le vote Le Pen monte aussi et même, ici, d’un point de plus.

Cet entre-deux-tours est celui des cas de conscience chez les électeurs de Mélenchon. Beaucoup parmi eux détestent aussi bien Le Pen la «raciste» que Macron le «riche» et l'«l’islamophobe», père de la loi séparatisme, qui entend combattre l’islamisme en prônant «le respect des principes républicains». Mais, à tout prendre, mieux vaut avoir au pouvoir un «bourgeois islamophobe» qu’une «haineuse raciste» qui s’emploierait à détruire l’Etat de droit afin d’appliquer ses mesures contre l’immigration et l’islam, pensent certains anti-Macron.

«Grosse raclure»

Moralité: il faut voter Macron, même si c’est une «grosse raclure», enjoint menininha93 sur Twitter:

La grande crainte, pour ces partisans de Jean-Luc Mélenchon, est que si Marine Le Pen est élue, les «flics se lâchent», ce que suggère la militante Sihame Assbague dans le premier tweet ci-dessus: on y voit des policiers appréhender sans ménagement deux femmes voilées. La candidate du Rassemblement national l’a écrit dans son programme, même si depuis quelques jours elle ne semble plus tellement sûre d’elle à ce propos: elle veut interdire le voile musulman dans la rue.

La peur des passages à tabac, des bavures et des assassinats grandit à l’idée que Marine Le Pen puisse être élue. Une mère a ainsi demandé à son fils qui partait jouer au foot avec des copains de ne pas mettre son maillot de l’équipe d’Algérie. Elle redoute les mauvaises rencontres, confie-t-elle à watson:

«On ne sait pas ce qu’il peut arriver, je sens que les gars qui gravitent autour de Le Pen, ils sont galvanisés»
Une mère de famille d'origine maghrébine

Les électeurs de Mélenchon sensibles à cet aspect de choses commencent à s’énerver face au dogme du «ni-ni», réaffirmé par cette proche du leader insoumis dans une interview au Journal du dimanche et qui prend ici une volée de bois vert de la part d’un adversaire «historique» de la loi de 2004 interdisant le port de signes religieux ostensible à l’école, dont le voile:

Au demeurant, les électeurs de Mélenchon, en faisant réellement barrage à Marine Le Pen, c’est-à-dire en votant dimanche pour Emmanuel Macron, feraient preuve de reconnaissance envers les «musulmans», qui ont été nombreux à voter pour le candidat des insoumis. Un sondage, commandé par le quotidien La Croix, indique que 69% des musulmans ont voté pour Jean-Luc Mélenchon (40% des catholiques ont donné leur voix à l’ensemble des candidats d’extrême droite: Marine Le Pen, Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan). Sans eux, sans les «quartiers», où le leader des insoumis est apparu tel un protecteur, à la fois des sans-grades et des musulmans, le résultat de ce dernier aurait été moins élevé.

«Je pense à mes élèves, mes neveux et nièces»

Adversaire résolue de Jean-Luc Mélenchon, qu’elle accuse de s’être compromis avec les «islamistes», mais remontée contre Emmanuel Macron, auquel elle reproche sa «brutalité», l’enseignante et militante laïque Fatiha Agag-Boudjahlat, annonce qu’elle votera pour le président sortant. Non pas parce qu’elle a «peur de Le Pen», mais parce qu’elle pense à ses «élèves», ses «neveux», ses «nièces».

«Ils ont déjà assez souffert pour que l’on permette qu’ils se sentent rejetés à cause de leurs origines. Mais de là à être reconnus, flattés en fonction de ces mêmes origines, voilà un pas non républicain qui n’aurait jamais dû être franchi. Encore moins par un parti de gauche (réd: un pique à la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon).»
Fatiha Agag-Boudjahlat, enseignante et militante laïque

Comme Fatiha Agag-Boudjahlat, Nadia Henni-Moulaï appartient à la deuxième génération de l’immigration algérienne, celle née en France. Fille d’un ancien membre du Front de libération national (FLN), un père dont elle a raconté l’histoire dans un livre («Un rêve, deux rives», éditions Slatkine, 2021), Nadia Henni-Moulaï, jointe par watson, se souvient de propos sans détour tenus par son père lorsqu’elle était petite:

«Nous habitions en France, mais il construisait une maison en Algérie, pour la famille, et il nous disait: "On ne sait jamais, si on vous dégage." Dans ma tête, à l’époque, ça n’imprimait pas. Pourtant, ce qu’il disait alors est resté dans un coin de ma tête, avec ce sentiment de ne pas être français à 100%, parce qu’en face, comme chez Marine Le Pen aujourd’hui, on vous fait ressentir cela.»
Nadia Henni-Moulaï (propos recueillis par watson)

«Tous les Français issus de l’immigration ne sont pas égaux face à l’extrême-droite, estime Nadia Henni-Moulaï. Les plus élevés socialement, ceux qui ont pu se constituer une épargne, pourront toujours partir vivre ailleurs qu’en France. Mais les familles au Smic avec enfants, elles, n’ont pas vraiment d’échappatoires.»

«Cela dit, je connais une femme d'origine maghrébine qui m'a dit qu'elle allait voter Le Pen, parce qu'elle déteste tout ce que Macron représente»
Nadia Henni-Moulaï

C'est, là, l'autre dimension de ce second tour: l'envie de renverser la table, de tenter le tout pour le tout, de faire enfin bouger les choses, même s'il doit y avoir de la casse.

Mardi, à un jour du débat de l’entre-deux-tours, l’écart se creusait entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, le premier étant donné à 54,5% (+1), la seconde, à 45,5% (-1).

Les abris antiato­miques – un phénomène suisse

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source: wikimedia/kecko
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