Cet opposant respectait les règles, Poutine l’a quand même arrêté
Les autorités russes ont arrêté le libéral-conservateur Boris Nadejdine et l'ont exclu des élections à la Douma d'Etat russe (le Parlement du pays). «La police est arrivée. Ils m'emmènent au commissariat de Dolgoproudny», a prévenu Boris Nadejdine sur Telegram.
Agé de 63 ans, Boris Nadejdine avait défié le président russe Vladimir Poutine lors de l'élection présidentielle de 2024. Les autorités avaient déjà empêché sa candidature à cette occasion. «Lorsque le régime se rend compte qu'il ne bénéficie pas d'un large soutien, il cherche à se prémunir», avait-il expliqué à l'époque dans un entretien accordé au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung.
Son arrestation s'inscrit dans un contexte tendu, le Parlement russe, sera renouvelé en septembre. Il y a quelques jours, Vladimir Poutine a annoncé, à la surprise générale, qu'il participerait lui-même à la campagne électorale. Les observateurs y ont vu le signe d'une inquiétude face au manque de soutien dont souffrirait son parti, Russie unie.
De son côté, Boris Nadejdine est actif dans la vie politique russe depuis plus de trois décennies. Il a d'abord travaillé aux côtés de Boris Nemtsov, qui deviendra par la suite un célèbre critique du Kremlin. Il s'est toutefois toujours efforcé d'agir dans le cadre du système:
Je ne suis ni en prison ni en exil parce que, premièrement, je respecte scrupuleusement toutes les lois. Et, deuxièmement, je n'ai jamais insulté Poutine. Je n'ai jamais utilisé de propos injurieux à son égard ni critiqué sa vie privée.»
Une spécialiste met en garde contre la radicalisation de Poutine
Pendant longtemps, Boris Nadejdine est resté toléré par le système. Même après le déclenchement de la guerre contre l'Ukraine, il était encore invité dans des émissions de télévision comme voix de l'opposition. Ce n'est qu'après avoir annoncé sa candidature contre Vladimir Poutine à l'élection présidentielle de 2024 qu'il a disparu des écrans. L'opposant s'interrogeait sur sa liberté:
Mais, cette fois, le système de Vladimir Poutine est passé à l'action. La spécialiste néerlandaise de l'extrémisme Beatrice de Graaf, de l'Université d'Utrecht, observe depuis longtemps un phénomène chez le président russe. Dans son livre Poetins tsaristische Droom (comprendre: le rêve tsariste de Poutine, non traduit), elle décrit la radicalisation progressive du chef du Kremlin au fil de son exercice du pouvoir.
Désormais, Vladimir Poutine s'en prend même à une opposition respectueuse des lois dans son propre pays. Dans un récent entretien, Beatrice de Graaf expliquait:
Le sort de Boris Nadejdine demeurait incertain mardi. La semaine précédente, le ministère russe de la Justice l'avait inscrit sur la liste des «agents de l'étranger». Le régime du président Vladimir Poutine utilise cette qualification pour stigmatiser ses opposants politiques. (trad. hun)

