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Garri Kasparov alerte, il y aura pire que Poutine et la Russie

Super Rapid & Blitz Croatia 2026. Grand Chess Tour Mirko Filipovic CroCop and chess grandmaster Garry Kasparov during Opening Ceremony of Super Rapid & Blitz Croatia 2026. Grand Chess  ...
Garri Kasparov lors d'un tournoi d'échecs blitz, en 2026. Même loin de l'échiquier, il reste un esprit froid et analytique.Image: imago-images.de

«La Russie est un pays malade»: Kasparov alerte sur le «véritable danger»

L'ancien champion du monde d'échecs Garri Kasparov est considéré comme l'un des plus virulents critiques de la Russie et de Vladimir Poutine. Dans un entretien récent, l'intellectuel de 63 ans livre une analyse éclairante de la situation.
09.07.2026, 05:2709.07.2026, 05:27
Daniel Schurter
Daniel Schurter

Garri Kasparov a accordé une interview à plusieurs médias autrichiens. Il y évoque la guerre en Ukraine, les menaces qui pèsent sur les démocraties occidentales ainsi que les conséquences sociétales de l'intelligence artificielle. Voici les principales déclarations à retenir.

Poutine mettra-t-il fin à sa guerre en Ukraine?

L'un des journalistes commence par interroger Kasparov sur les contre-offensives militaires réussies de l'Ukraine. Ces derniers temps, des raffineries de pétrole ainsi que des cibles situées à Moscou et à Saint-Pétersbourg ont notamment été frappées par des drones.

Poutine pourrait être en danger si la population russe commence à ressentir les conséquences de la guerre? La réponse de Kasparov est sans appel:

«La Russie est un pays malade, dominé par la paranoïa. Si Poutine perd dix mille soldats, cela ne lui fait ni chaud ni froid. Il possède un instinct de survie exceptionnel, sans lequel il ne serait pas resté pendant 26 ans à la tête de la plus grande organisation mafieuse du monde. Poutine sait que mettre fin à la guerre dans les conditions actuelles constituerait un suicide politique. En Russie, les tsars comme les dictateurs ont toujours été renversés lorsque leurs guerres tournaient mal.»

La Russie va-t-elle étendre la guerre à l'Europe?

La réponse de Kasparov est tout aussi frappante:

«La probabilité que Poutine lance, après les simulacres d'élections de septembre, de petites attaques franchissant les frontières de l'Otan en Lettonie et en Estonie augmente de jour en jour.

Au fond de lui, Poutine sait qu'il n'obtiendra pas de victoire en Ukraine. Mais les autres capitales européennes résisteraient-elles à des attaques? Il part du principe que, d'ici deux ans, la plupart des pays européens auront des gouvernements qui lui seront très favorables.»

Kasparov cite notamment la France, qui élira un nouveau président en 2027 et qui, selon lui, devra choisir entre «deux sympathisants de Poutine». En Allemagne, ajoute-t-il, l'AfD, favorable à la Russie, ne cesse de gagner du terrain.

S'il estime que Poutine a perdu son «ami» Viktor Orbán en Hongrie, il considère en revanche qu'il en a trouvé un en Bulgarie. En Autriche enfin, le FPÖ est aujourd'hui le parti le plus populaire. Les nationalistes de droite sont réputés proches de Poutine et entretiennent depuis longtemps des liens étroits avec Moscou.

Que pouvons-nous faire face à Poutine?

Le critique du Kremlin, qui vit en exil, répond:

«Il faut s'assurer que les sanctions existantes soient réellement appliquées. Aujourd'hui, elles ne fonctionnent pas comme elles le devraient. La Russie trouve constamment de nouvelles failles. Les entreprises qui violent les sanctions devraient être sévèrement punies.

Je pense aussi qu'il est essentiel de faire pression sur l'élite de Poutine. Sa loyauté envers lui ne repose pas sur l'idéologie, mais sur l'argent.»

Kasparov estime que les membres du premier cercle du pouvoir et les bureaucrates enrichis doivent comprendre que cette guerre entraînera leur propre perte.

Génie des échecs et adversaire de Poutine
Garri Kasparov est considéré comme l'un des plus grands joueurs d'échecs de l'histoire. Né en 1963 en Azerbaïdjan, il a grandi derrière le Rideau de fer, sous la dictature soviétique. Il a officiellement détenu le titre de champion du monde d'échecs entre 1985 et 1993. Depuis son retrait de la compétition, il s'est engagé dans l'opposition politique et milite pour la démocratie. Il critique régulièrement Vladimir Poutine et le régime du Kremlin. En 2014, il a obtenu la nationalité croate. Il vit aujourd'hui en exil, entre les Etats-Unis et l'Europe occidentale.
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image: Sandra Day O'Connor Institute For American Democracy

Après Poutine, la situation pourrait-elle être pire en Russie?

Sur ce point, Kasparov se montre prudemment optimiste:

«Un dictateur qui gouverne depuis 25 ans constitue la colonne vertébrale de tout le système. Tout est construit autour de lui et de son entourage le plus proche. S'il disparaît, plusieurs centres de pouvoir rivaux émergeront. Et cinq criminels autour d'une table valent mieux qu'un seul. Ils seront obligés de négocier entre eux.

A un moment donné, l'un d'eux finira par dire: peut-être devrions-nous discuter avec Zelensky et avec l'Union européenne. Dès que les discussions porteront sur les intérêts et les affaires, une opportunité apparaîtra.»

L'influence des nouvelles technologies

Selon Kasparov, les nouvelles technologies, en particulier les drones, ont profondément transformé la manière de faire la guerre. Il prévoit que cela entraînera «des bouleversements politiques et sociétaux majeurs».

«Le véritable danger pour l'Occident, c'est que la Chine se tient derrière la Russie. Tout ce que la Chine apprend grâce à cette guerre est immédiatement intégré à ses propres systèmes.»

La Chine représente également une menace pour l'avenir de la Russie, poursuit-il. Pékin nourrit d'importantes revendications territoriales sur des régions russes. A ses yeux, il s'agit d'«une ambition expansionniste bien plus importante que Taïwan».

Les futurs dirigeants russes devront alors faire un choix: souhaitent-ils se rapprocher de l'Europe, verser des réparations pour les destructions causées par la guerre et reconnaître pleinement l'existence de l'Ukraine comme nation indépendante? Ou préfèrent-ils devenir dépendants de la Chine?

26 years ago, IBM computer defeated chess grandmaster Kasparov ANKARA, TURKIYE - ARCHIVE: A file photo dates December 09, 2011 shows World Chess Champion Garry Kasparov playing a game during his visit ...
Garry Kasparov avait également affronté Deep Blue, le puissant adversaire numérique développé par IBM.Image: imago-images.de

Quel est le principal danger lié à l'IA?

Interrogé sur les bouleversements provoqués par l'intelligence artificielle, Kasparov adopte un ton remarquablement mesuré. Selon lui, ChatGPT et les autres systèmes fondés sur les grands modèles de langage (LLM) suscitent une hystérie excessive.

«Il devient de plus en plus évident que ces systèmes ne sont pas ce que beaucoup imaginaient. Ce sont des outils importants, mais pas des machines destinées à nous remplacer. Mon message est simple: la véritable menace pour votre emploi ne vient pas de l'intelligence artificielle, mais d'une autre personne qui saura mieux l'utiliser que vous.»

Pourquoi les dirigeants occidentaux ne disent-ils pas que la Russie doit perdre?

Kasparov répond sans détour:

«Nous n'avons plus de véritables dirigeants, mais des gestionnaires dont le principal objectif est de préserver le statu quo. Beaucoup hésitent à dire que la Russie doit perdre, parce qu'ils ignorent ce qui viendra ensuite.»

Selon lui, l'histoire montre qu'il n'existe qu'un seul moyen de provoquer une évolution politique et sociale en Russie: une défaite militaire. Au cours des deux derniers siècles, rien d'autre n'a entraîné de changement durable.

Poutine utilisera-t-il des armes nucléaires tactiques?

Kasparov n'y croit pas:

«C'est du bluff. Ce régime mafieux cherche avant tout à s'enrichir. Personne n'est prêt à mourir pour Poutine. Poutine n'est ni Staline ni Hitler. Il ressemble davantage à Don Corleone. Mourir ne fait pas partie du modèle économique. En cas d'utilisation de l'arme nucléaire, tout le monde deviendrait une cible, y compris Poutine lui-même.»

Les Etats-Unis sont-ils perdus avec Donald Trump?

A l'occasion du 250ᵉ anniversaire des Etats-Unis, Kasparov conclut:

«Mon problème ne se limite pas au président, que je critique matin, midi et soir. La vie politique américaine est de plus en plus polarisée. Les positions se radicalisent dans les deux camps. C'est aujourd'hui le plus grand danger qui menace la démocratie américaine.»

(trad. hun)

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