La peur d'une mobilisation en Russie a des effets inattendus dans 3 pays
La crainte croissante d'une nouvelle vague de mobilisation en Russie a apparemment aussi atteint les marchés du logement de plusieurs pays d'émigration prisés. Depuis fin juillet, des agents immobiliers en Géorgie, en Serbie et en Arménie rapportent une hausse nette des demandes de clients russes. Dans le même temps, ils constatent une offre plus rare et des loyers en hausse. C'est ce qui ressort d'une enquête récente du média russe indépendant en exil Meduza.
Le nombre de personnes qui quittent réellement la Russie en ce moment n'est pas connu. Des organisations d'aide signalent toutefois davantage de demandes de départ depuis l'été. t-online avait déjà rapporté que les services de conseil concernés recevaient ces derniers temps quotidiennement des dizaines de demandes supplémentaires.
Le président russe Vladimir Poutine rejette quant à lui les rumeurs d'une nouvelle mobilisation. Début septembre, il a qualifié les informations à ce sujet d'«absurdité complète».
Une forte augmentation des loyers constatée
La Géorgie était déjà l'une des principales destinations des Russes quittant leur pays après la mobilisation partielle de septembre 2022. Cette année aussi, les jeunes hommes en âge de servir y sont attirés. Selon les agents immobiliers géorgiens interrogés par Meduza, la vague de départs est de nouveau nettement perceptible depuis l'été dans ce pays du Caucase situé au sud de la Russie.
Une agente immobilière rapporte que les bons appartements ne restent souvent disponibles qu'un ou deux jours. Des biens pour lesquels l'équivalent d'environ 500 à 580 francs par mois était demandé il y a un an coûtent désormais parfois environ 660 à 743 francs, soit une augmentation d'environ 25 à 30%. L'une de ses collègues observe elle aussi une hausse des loyers, mais dans une moindre mesure.
Les indications d'agents individuels ne peuvent cependant pas être transposées sans autre à l'ensemble du marché du logement. TBC Capital (réd: la filiale d'investissement et de courtage de l'institution financière géorgienne TBC Bank) tablait encore en février sur une évolution stable du marché, soit des mois avant que les rumeurs de mobilisation actuelles n'apparaissent en Russie.
Du jamais vu depuis 2022
Des agents immobiliers font des observations similaires en Serbie. A Novi Sad aussi (nord), la demande de logements en location de longue durée a nettement augmenté depuis fin juillet. Lors des visites, les intéressés tombent désormais souvent directement sur d'autres candidats, ce qui était inhabituel auparavant. Certains proposeraient même spontanément plus que le loyer demandé.
Un agent immobilier de Belgrade parle de la plus forte affluence depuis 2022. Parfois, cinq ou six intéressés attendent pour une visite. Selon son estimation, les loyers dans la capitale serbe ont augmenté de 20 à 30% depuis fin juillet.
Les citoyens russes figurent depuis longtemps en Serbie parmi les plus grands groupes d'immigrants étrangers. Selon l'office statistique serbe, plus de 17 000 ressortissants russes sont arrivés dans le pays en 2024 pour une durée d'au moins un an.
Même constat en Arménie
En Arménie aussi, des indices montrent que la nouvelle immigration en provenance de Russie met le marché immobilier sous pression. Selon la Banque mondiale, presque deux fois plus d'appartements ont été vendus à Erevan en juillet qu'un an auparavant. Dans le centre-ville, les prix étaient supérieurs de 12,7%.
Des agents interrogés par Meduza rapportent en même temps une nette hausse des demandes de Russes en quête de logement. Une intermédiaire parle d'environ deux fois plus d'intéressés qu'en hiver et au printemps. Un autre agent observe même, depuis le début de l'année, des hausses de loyers de 30 à 50%. Ces indications ne sont pas confirmées officiellement.
Selon l'appréciation des intermédiaires, la nouvelle vague de départs russes se distingue de celle de 2022. A l'époque, beaucoup étaient arrivés avec des emplois stables, des budgets et des projets à plus long terme. Aujourd'hui, certains partent à court terme et avec moins de sécurité financière.
Au Kazakhstan, la ruée n'a pas lieu
Un autre tableau se dessine jusqu'ici au Kazakhstan: aucun rapport ne fait état, pour l'instant, d'une nouvelle vague d'immigration plus importante en provenance de Russie. Selon les agents interrogés, ils sont même devenus moins nombreux. Un intermédiaire d'Almaty (sud-est) dit qu'auparavant, environ 90% de ses clients étaient des émigrés russes. Aujourd'hui, leur part n'est plus, selon son estimation, que d'environ 10%.
Il cite comme raison les conditions désormais plus difficiles pour un séjour prolongé dans le pays. Meduza rappelle en outre que des émigrés russes au Kazakhstan peuvent être arrêtés à la demande des autorités russes et renvoyés en Russie. (trad. ysc)

