La Russie a changé sa stratégie pour épuiser les défenses de Kiev
La Russie a de nouveau attaqué Kiev et sa région dans la nuit de lundi à mardi, à l’aide de drones et de missiles. C'est le sixième jour consécutif que la capitale ukrainienne est sous le feu. Au moins neuf personnes ont été tuées et quatorze autres blessées, selon Reuters, qui cite les autorités ukrainiennes.
Si l’on observe la tactique d’attaque russe de ces derniers mois, c’est surtout le déroulement des opérations qui a récemment changé. Jusqu’à présent, Moscou concentrait généralement ses attaques de drones et de missiles en grandes vagues nocturnes. Désormais, la Russie fait également décoller, en journée, de petits groupes de drones rapides à intervalles réguliers. Il s’écoule parfois moins d’une heure entre deux attaques. La défense antiaérienne ukrainienne se retrouve ainsi soumise à une pression considérable.
Drones toutes les 30 minutes
Le 27 août, selon une analyse de l’Institute for the Study of War (ISW), un groupe de réflexion américain, les forces russes ont lancé de nouveaux groupes de drones toutes les 30 à 60 minutes. A Kiev, l’alerte aérienne a ainsi duré 14 heures. Le lendemain, la capitale a connu 13 alertes aériennes, un record en une seule journée depuis le début de l’invasion russe à grande échelle.
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Viktor Kevliouk, colonel de réserve et analyste au sein du Center for Defense Strategies ukrainien, a expliqué au Kyiv Independent:
Cette mobilisation permanente pèse d’une part sur les soldats et les équipements. Mais les attaques perturbent également une partie de la vie quotidienne: pendant une alerte aérienne, la circulation du métro en surface au-dessus du fleuve Dniepr est interrompue, des entreprises ferment temporairement et les pendulaires attendent sur les quais. Lorsque de nouveaux drones approchent, les secours doivent eux aussi parfois interrompre leur travail sur un site déjà touché.
Moscou n’a toutefois pas complètement renoncé aux grandes vagues d’attaques. La Russie combine plutôt les deux méthodes. Les 28 et 29 août, une série d’attaques combinées s’est étendue sur plus de 28 heures; selon l’armée de l’air ukrainienne, la Russie a utilisé plus de 550 drones ainsi que d’autres engins volants. Les petits groupes permettent de maintenir la pression entre les attaques massives.
Des modèles plus rapides
La pression sur la défense antiaérienne augmente également parce que la Russie utilise de plus en plus de drones équipés de moteurs à réaction. Selon le président Volodymyr Zelensky, Moscou a lancé près de 1500 drones en quatre jours, dont environ 800 étaient propulsés par réaction. Des modèles comme le Geran-4 sont nettement plus rapides que les anciens drones Shahed équipés de moteurs à pistons. De nombreux drones intercepteurs ukrainiens, peu coûteux, ne sont pas capables de les suivre. Ces modèles rapides sont donc actuellement principalement combattus par des avions de chasse.
La Russie a fortement intensifié l’utilisation de ces drones ces derniers temps. Selon l’expert ukrainien des drones Serhii Beskrestnov, le nombre de drones à réaction utilisés est passé d’environ 1500 en juillet à plus de 2500 en août. La Russie les enverrait pratiquement directement de l’usine sur le champ de bataille, comme il l'a déclaré auprès de l'agence de presse Ukrinform. Ces informations ne peuvent pas être vérifiées de manière indépendante.
C’est dans cette combinaison que réside le nouveau cœur de la stratégie de Moscou. «La question n'est plus: l'Ukraine peut-elle intercepter 80 à 90% des drones, mais: est-elle capable de le faire chaque jour pendant des semaines et des mois, sans épuiser des ressources au coût disproportionné?», questionne l’analyste Viktor Kevliouk:
L’Ukraine travaille donc à mettre au point des moyens de défense à la fois plus rapides et abordables. En août, le ministère de la Défense a autorisé l’utilisation de l’«Alexa Spatium», le premier drone intercepteur à réaction développé dans le pays. Selon Volodymyr Zelensky, quatre entreprises ont mis au point des systèmes de ce type. Reste toutefois à savoir à quelle vitesse l’Ukraine sera capable de les produire et déployer à grande échelle.
Adapté de l'allemand par Tanja Maeder

