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La Russie aurait attaqué sans préparation et ne pourrait pas gagner.
La Russie aurait attaqué sans préparation et ne pourrait pas gagner.Bild: shutterstock/watson

Propagande ou vérité? Un espion russe dégomme la stratégie de Poutine

Ce serait une critique dévastatrice de la guerre en Ukraine de la part d'un analyste des services secrets russes: la Russie aurait attaqué sans préparation et ne pourrait pas gagner.
08.03.2022, 06:1608.03.2022, 08:35
Lars Wienand / t-online
Un article de
t-online

Un prétendu collaborateur des services secrets russes, le FSB, dresse dans une analyse un tableau impitoyable de l'absence de planification de l'action de son pays en Ukraine. Comme les spécialistes ne savaient pas que la Russie allait effectivement envahir le pays, il n'y aurait pas eu de plan.

Des analystes auraient fourni à la politique ce qu'elle voulait entendre: des planifications prétendument hypothétiques. «Mais il s'avère ensuite que l'hypothèse est devenue réalité et que l'analyse que nous avons effectuée à ce sujet est une totale aberration», peut-on lire dans le rapport. «On est dans la merde jusqu'au cou». D’après ce rapport, il n'y a aucune chance que la Russie remporte une victoire.

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Quelle est l'importance du rapport?

Ce texte est un explosif, il donne un aperçu d'un pays qui, à cause de la guerre, est en train de s'enfoncer à l'aveuglette et n'a pas d'issue. C'est probablement pour cette raison que l'évaluation se répand à une vitesse fulgurante et qu'elle a déjà été traduite dans plusieurs langues.

«Il pourrait s'agir d’une illusion de la part de ceux qui sont attaqués – ou de propagande». C'est ce qu'a déclaré Wulf Schmiese, directeur de la rédaction du Heute journals. Mais il a également tweeté :«Si cela devait être authentique, alors Poutine s'est trompé». Des experts militaires auraient fourni à la télévision ZDF des estimations similaires.

Le journaliste et auteur Luke Harding, correspondant de longue date du Guardian à Moscou, l'a qualifié sur Twitter de «dénonciation dévastatrice d'un insider du FSB face à la guerre catastrophique menée par la Russie en Ukraine» - si le rapport s’avère être authentique.

Qu'écrit encore le prétendu collaborateur du FSB?

  • Il a l'esprit complètement embrouillé parce qu'il ne dort presque pas et qu'il doit travailler presque 24 heures sur 24. Tout le monde est en alerte et il y a de plus en plus de travail à faire.
  • Selon lui, l'idée d'une guerre éclair en Ukraine a échoué, la mission ne peut plus être remplie: «Je ne sais pas qui a inventé la ''guerre éclair ukrainienne''. Avec des informations raisonnables au préalable, nous aurions au moins indiqué qu'il fallait réviser beaucoup de choses, vraiment beaucoup de choses».
  • Les Ukrainiens sont extrêmement motivés, savent se battre et disposent de nombreux commandants compétents, d'armes et de soutien. «Nous allons créer un précédent pour les catastrophes humaines dans le monde». Le rejet de la population ukrainienne atteint des proportions astronomiques.
  • Une mobilisation générale est impossible pour deux raisons: d'une part, la Russie imploserait politiquement, économiquement et socialement et de l'autre, la logistique n'arrive déjà plus à suivre.
  • Dans les faits, la Russie s'est organisée pour un sprint de 100 mètres et s'est retrouvée à faire un marathon. Ce n'est pas tenable.
  • Des milliers de soldats russes seraient morts. Il pourrait y en avoir 10 000 ou 2000. «Même à la centrale, ils ne le savent pas exactement. Mais cela devrait être plus proche de 10 000». Des informations précises n'auraient été données que les deux premiers jours, le contact avec les grandes divisions aurait également été rompu.
  • Il y a une date limite, en juin, pour la durée du conflit: «Parce qu'en juin, il n'y aura plus d'économie en Russie – il ne restera plus rien».
  • D'ici une semaine ou deux, la Russie sera tellement touchée «que nous nous souviendrons des jours de famine des années 90». La directrice de la banque centrale réagit apparemment correctement, mais «c'est comme si on colmatait un trou dans une digue avec un doigt». Personne ne savait qu'il y aurait une telle guerre, donc personne ne s'était préparé à ces sanctions.
  • Il n'y a plus qu'à attendre qu'un conseiller cinglé convainque le sommet d'imposer à l'Europe le choix entre l'assouplissement des sanctions et la guerre.
  • Le souci, c'est que les dirigeants ouvrent sans cesse de nouveaux champs de conflit pour détourner l'attention des autres. Le conflit du Donbass a été attisé à cause de la Crimée, puis est venue l'intervention en Syrie.
  • Même dans le scénario idéal d'une destitution rapide de Selensky (le président ukrainien), il y a un problème. En effet, même dans l'opposition pro-russe en Ukraine, on ne trouve plus personne qui veuille collaborer avec la Russie.
  • L'Ukraine ne peut pas être contrôlée contre la volonté de la population: Même en cas de résistance minimale sur place, cela nécessiterait 500 000 soldats russes ou plus. «Si nous nous retirons, le gouvernement nouvellement formé (par nous-mêmes) sera renversé en dix minutes».
  • Une attaque nucléaire locale serait envisageable – certes peu utile sur le plan militaire, mais efficace pour faire peur à l'Occident.
  • La semaine prochaine (en Russie), l'un des camps s'effondrera – partisans ou opposants à la guerre –, car les tensions actuelles ne seront pas tenables.

Est-ce que le rapport est authentique?

Personne ne peut répondre avec certitude à cette question. Mais au moins Christo Grozev suppose que oui. Le journaliste de Bellingcat est un bon connaisseur des services secrets russes: en 2019, il avait remporté le Prix européen de la presse pour ses recherches d'investigation sur l'identification des auteurs présumés de l'empoisonnement de Sergueï et Ioulia Skripal. L'Ukraine aurait déjà fait fuiter de faux écrits pour mener une guerre psychologique.

Mais la lettre serait inhabituellement longue. Cela plaide donc en faveur de son authenticité: plus elle est longue, plus le risque pour les faussaires de faire une erreur augmente. Deux contacts, des interlocuteurs actuels ou anciens du FSB, n'auraient eu aucun doute sur le fait que la lettre provenait effectivement d'un collègue – même s'ils n'étaient pas d'accord avec toutes les conclusions. La source plaide également en faveur de son authenticité.

D'où vient le rapport?

C'est Vladimir Osechkin, le fondateur de l'organisation russe des droits de l'homme gulagu.net, vivant en France, qui l'a diffusée. Il dit l'avoir reçu directement du collaborateur du FSB, qui est depuis longtemps l'une de ses sources. Il l'aurait publié tel quel.

Homme d'affaires, Osechkin a fondé l'organisation et le centre de signalement des agressions en 2011, après avoir lui-même été emprisonné dans une prison russe à la suite d'un complot. Il n'aurait pas voulu payer de pots-de-vin. Il se présente désormais comme un combattant contre la torture et la corruption dans le système pénitentiaire russe. En 2014, il a dirigé un groupe de travail chargé d'élaborer des réformes pénitentiaires pour la Douma, le Parlement russe.

Que sait-on du prétendu collaborateur du FSB?

Seul Vladimir Osechkin sait qui a rédigé le rapport. Par le passé, la source aurait à plusieurs reprises transmis des informations, par exemple sur des démissions, qui n'auraient été publiées que plus tard dans les médias russes.

Osechkin tente également de prouver sa crédibilité avec une capture d'écran d'un mail de sa source. Le nom et l'adresse de l'expéditeur y sont masqués, mais la date est visible: le 19 février, l'auteur a donc averti que la Russie planifiait de fausses manifestations en Ukraine contre de prétendues tortures dans les prisons ukrainiennes. En effet, le 23 février, un porte-parole du ministère de l'Intérieur ukrainien a annoncé qu'une telle manifestation, dont les participants étaient selon lui rémunérés, avait été dispersée à temps.

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