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En difficulté, la Russie tente de détourner l'attention des Ukrainiens

Les troupes ukrainiennes ont endommagé des ponts situés autour de la ville stratégique de Kherson dans le sud du pays. Qu'est-ce que cela signifie réellement?
17.08.2022, 18:3718.08.2022, 08:00
En difficulté: les Russes à Kherson.
En difficulté: les Russes à Kherson.image: keystone
Un article de
t-online

Bien que l'évolution de la guerre en Ukraine semble quelque peu stagner, de rares événements continuent encore de faire sensation. Dans le sud du pays âprement disputé, des commandants russes auraient quitté leurs postes ce week-end sur la rive droite du Dniepr afin de se replier sur la rive gauche du fleuve. Les troupes russes seraient-elles désormais en difficulté autour de Kherson, ville éminente autant d'un point de vue stratégique que symbolique? Car il faut savoir que des frappes d'artillerie ukrainiennes ont déjà sensiblement touché les routes de ravitaillement de la région.

A l'Est, cependant, la situation est complètement différente. Les attaques russes se sont multipliées, ces derniers jours, autour de l'importante ville industrielle de Donetsk. Peut-on émettre un lien entre les situations des deux régions?

Au Sud: des troupes russes dans la tourmente?

La situation est particulièrement tendue dans le Sud. C'est dans la région de Kherson que se concentrent actuellement les efforts ukrainiens de contre-offensive. Cette région stratégiquement importante est limitrophe de la péninsule de Crimée. Si l'Ukraine parvenait à reprendre Kherson, importante tête de pont russe sur le fleuve Dniepr, l'approvisionnement de la Crimée serait en danger.

Vue sur Kherson et le pont
Vue sur Kherson et le pontimage: pd/wikicommons

Importante, Kherson l'est également pour la Russie d'un point de vue symbolique. Depuis le début de l'invasion fin février, elle est la seule capitale régionale à avoir été conquise.

Ces dernières semaines, les troupes ukrainiennes ont réussi à endommager des ponts et des voies ferrées dans la région – et donc mettre à mal d'importantes voies d'approvisionnement russes. Le week-end dernier, d'ailleurs, de nouveaux rapports ont suscité le débat: des commandants russes dans la région auraient quitté leurs postes sur la rive droite du Dniepr pour se retirer sur la rive gauche du fleuve, selon le gouverneur ukrainien de la région de Mykolaïv, Vitaliy Kim. C'est ce qu'a notamment rapporté le journal ukrainien The Kyiv Independent.

Un retrait du commandement russe de Kherson pourrait également indiquer un retrait prochain des troupes russes de la zone ou que la Russie s'attend à une contre-attaque ukrainienne avec de lourdes pertes pour son propre camp. Le député régional ukrainien Serhij Chlan a déclaré dimanche matin:

«La Russie déplace ses centres de commandement de la rive droite à la rive gauche du fleuve, car ils se rendent compte qu'ils ne pourront pas être évacués à temps en cas d'escalade»
Serhij Chlan, député régional ukrainien.

Cela serait dû aux ponts endommagés ou détruits dans la région. «La seule possibilité pour les occupants de traverser le fleuve, ce sont des pontons à proximité du pont Antonivsky», a ajouté l'homme politique. Ceux-ci ne sont toutefois pas suffisants pour les besoins russes.

Les services secrets britanniques considèrent aussi que la position russe à Kherson est nettement affaiblie. Le ministère britannique de la Défense a déclaré, samedi, qu'il n'était plus possible, pour les Russes, d'acheminer des équipements militaires importants dans les zones occupées à l'ouest du fleuve via les deux ponts routiers principaux.

En gris-bleu l'armée russe, en jaune en bas la Crimée occupée depuis 2014.
En gris-bleu l'armée russe, en jaune en bas la Crimée occupée depuis 2014.T-online

Même après de nouvelles réparations, les ponts demeureraient probablement un point faible pour l'armée russe. Le ravitaillement et l'approvisionnement de milliers de troupes russes sur la rive ouest du Dniepr dépendraient de deux liaisons provisoires par ferry.

Pour l'Ukraine, il ne suffit, toutefois, pas de faire un blocage du fleuve, explique l'expert Wolfgang Richter. Pour lancer la contre-offensive annoncée au Sud, l'Ukraine devrait établir une supériorité de ses forces dans la région et coordonner ses troupes, ses mouvements et ses tirs dans le cadre d'une opération offensive de grande envergure. «Ce n'est qu'ainsi que l'Ukraine pourrait réellement gagner de l'espace», explique le scientifique de la Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP). Des frappes d'artillerie qui n'endommageraient que les ponts ne suffiraient pas pour cela. L'Ukraine parviendrait certes à conquérir des villages isolés, mais on ne verrait jusqu'à présent aucune avancée à grande échelle.

Pour une éventuelle prise de la ville de Kherson, l'expert voit deux possibilités compte tenu des difficultés considérables: «Soit l'Ukraine devrait encercler la ville, être en mesure de maintenir cet encerclement à long terme et forcer ainsi les défenseurs locaux à se rendre. Ou alors, ils devraient pilonner la ville avec une grande puissance de feu pour repousser les Russes», explique Richter:

«Cela conduirait à la destruction de la ville»

A l'Est: une diversion?

Dans l'est du pays, les troupes russes continuent d'essayer de s'emparer de la région Donetsk après avoir conquis la région de Lougansk. Dans le Donbass, la Russie a déployé des «ressources colossales» en termes d'artillerie, de personnel et d'équipement, a déclaré le président ukrainien Zelensky dans une allocution ce week-end.

«A Donetsk, les troupes russes déploient de gros efforts»
Wolfgang Richter, expert de la crise russo-ukrainienne.

Avec un certain succès: «Elles avancent lentement en établissant une supériorité locale et en concentrant une grande puissance de feu dans un espace restreint», poursuit le scientifique Richter.

Selon le célèbre think tank américain Institute for the Study of War (ISW), les attaques contre les localités proches de la ville industrielle importante de Donetsk ont repris depuis jeudi dernier. Plus tôt, on avait appris que les troupes russes avaient commencé à déplacer leurs réserves du Donbass vers le Sud – quelques unités aéroportées, selon l'état-major ukrainien. Cela pourrait indiquer un changement de stratégie de la part de la Russie, comme l'indiquent les experts:

«Les forces russes pourraient donner une nouvelle priorité à leurs avancées dans le nord-est de l'oblast de Donetsk afin de détourner l'attention des contre-offensives ukrainiennes dans le sud de l'Ukraine»

Pour ces spécialistes, l'intensification des attaques autour de la ville de Siversk ainsi que les attaques sur Bakhmout pourrait indiquer une tentative de détourner l'attention et les forces de combat ukrainiennes du Sud. Il est possible que les forces russes aient espéré déplacer le «centre de gravité tactique» mais aussi «rhétorique» du sud - et ainsi réduire la pression sur leurs propres opérations le long de l'axe sud.

Richter estime qu'il est même probable que la Russie tente de faire les deux: continuer à avancer en intensifiant les frappes d'artillerie à Donetsk tout en transférant des réserves et du matériel vers le Sud. «Pour cela, le camp russe dispose de suffisamment de ressources dans lesquelles elle peut puiser», explique l'expert.

Ainsi, selon les informations russes, des cibles dans des dizaines de localités de Donetsk ont été bombardées ce week-end. L'état-major ukrainien a également fait état d'attaques massives à l'Est – mais la situation dans l'ensemble de la région est restée largement inchangée. Une tentative de l'agresseur de percer la ligne de défense en direction de la ville de Sloviansk a été repoussée, selon les informations de Kiev.

La situation autour du village de la banlieue de Donetsk, Pisky, est particulièrement incertaine: ce week-end, les forces russes ont à nouveau déclaré s'en être emparées. L'Ukraine a contesté cette décision. L'état-major ukrainien a fait savoir samedi que les combats y étaient toujours aussi violents. «Les assaillants tentent de percer les lignes de défense de nos troupes en direction d'Olexandropol, Krasnohorivka, Avdiivka, Marïnka et Pisky», a-t-on indiqué.

Des informations contradictoires ont également été données sur la situation dans la région de Kharkiv: le président Zelensky a fait état de nouvelles attaques de la Russie. Mais la défense tiendrait bon. Le ministère russe de la Défense a en revanche fait savoir que la localité d'Udy avait été prise. Ces informations n'ont pas pu être vérifiées de manière fiable.

Centrale nucléaire de Zaporijia: un cessez-le-feu envisageable?

La situation est également incertaine à la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, dans le sud du pays. Les craintes d'une catastrophe nucléaire imminente se sont récemment accrues dans le monde entier, suite à des informations faisant état de combats à proximité immédiate.

Ce week-end, les belligérants se sont à nouveau accusés d'avoir tiré sur cette installation hautement sensible. La Russie aurait endommagé des parties de la station de pompage du centre thermal et un atelier de communication souterrain, ont rapporté les experts de l'ISW à Washington en se référant aux services secrets ukrainiens.

Le rapport de situation de l'ISW de dimanche cite, en outre, des représentants du gouvernement ukrainien. Selon ces derniers, un employé de la centrale nucléaire aurait été tué par l'impact de six projectiles russes. Un ambassadeur de la République populaire autoproclamée de Louhansk aurait parlé de neuf projectiles ukrainiens qui auraient été tirés sur la centrale. Selon les spécialistes, il existe des images géolocalisées d'une pièce d'artillerie russe positionnée à environ 11 kilomètres de la centrale nucléaire.

Dimanche, 42 Etats et l'Union européenne ont exigé dans une déclaration commune le retrait immédiat des troupes russes de la centrale nucléaire occupée. «Le stationnement de militaires et d'armes russes sur le site nucléaire est inacceptable», était-il notamment indiqué. La Russie viole les principes de sécurité envers lesquels tous les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) se sont engagés.

Le camp russe a réagi en demandant une accalmie: «Les dirigeants des Nations unies et le chef de la diplomatie de l'UE ne devraient pas parler de démilitarisation, mais de l'instauration d'un cessez-le-feu», a déclaré lundi Vladimir Rogov, un représentant des autorités d'occupation russes, à l'agence de presse publique russe Ria Novosti.

«Apparemment, la Russie a déplacé des troupes, du matériel et des emplacements de tir à la périphérie de la centrale nucléaire, ce à quoi l'Ukraine répond régulièrement par des coups de feu. Des actions de combat aussi proches des réacteurs sont très risquées», explique l'expert Richter. «Les deux parties se renvoient mutuellement la responsabilité.»

Il est très improbable que la Russie accepte de retirer ses troupes de la centrale nucléaire, selon Richter. Il estime en revanche qu'il est possible d'obtenir un cessez-le-feu: «Depuis le début de la guerre, nous avons déjà vu quelques petits succès dans les négociations: les navires céréaliers peuvent quitter les ports et des échanges de prisonniers ont eu lieu. Comme les deux parties sont manifestement conscientes du risque de catastrophe nucléaire, un cessez-le-feu local semble possible.» On pourrait ainsi éviter que le site de la centrale nucléaire soit utilisé pour des positions de tir ou qu'il soit lui-même la cible de tirs.

Sources:

((lib,ld ))

Traduit de l'allemand par Léon Dietrich

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