Une organisation exige l’arrêt des ventes de ces «lunettes pour pervers»
Selon l'organisation de défense des droits humains dans l'espace digital Hateaid, les plaintes pénales visent des dirigeants allemands du groupe technologique américain Meta, les marques de lunettes Ray-Ban et Oakley, ainsi que de grands distributeurs et opticiens allemands comme Mediamarktsaturn, Fielmann, Apollo-Optik et Mister Spex. Le Spiegel a révélé l'affaire mercredi.
Une pétition en ligne accompagnant les plaintes pénales exige elle aussi une interdiction de distribution. Selon Hateaid, la vente des lunettes doit être stoppée, pas seulement chez Meta, mais aussi chez les opticiens et dans les magasins d'électronique.
Où est le problème?
Hateaid affirme que les lunettes connectées actuelles sont visuellement presque impossibles à distinguer de lunettes de vue ou de soleil classiques. L'organisation s'appuie sur le droit allemand de la protection des données, qui interdit la fabrication et la distribution d'appareils d'émission ou d'espionnage déguisés.
La directrice générale de Hateaid, Josephine Ballon, voit le risque d'une pression de surveillance permanente dans l'espace public si les enregistrements ne sont pas suffisamment identifiables pour les autres personnes. Outre les plaintes, l'organisation exige des améliorations techniques et une régulation plus stricte. Elle affirme:
Les lunettes connectées signalent généralement les enregistrements vidéo en cours par un signal lumineux. Sur les lunettes de Meta, une petite LED blanche située à l'avant clignote pendant l'enregistrement. Des critiques doutent toutefois que ce signal soit suffisamment perceptible, par exemple en plein jour ou à plus grande distance.
Que disent les fournisseurs?
Meta et les distributeurs rejettent les accusations. Une porte-parole a expliqué que les lunettes connectées avaient déjà été examinées en 2022 par l'Agence fédérale allemande des réseaux (Bundesnetzagentur).
Les lunettes vidéo disposeraient de dispositifs de protection des données allant au-delà de ceux des smartphones. Quant à la LED d'enregistrement, celle-ci ne pourrait pas être désactivée. De plus, si elle est recouverte ou endommagée, la caméra serait désactivée.
Les distributeurs allemands concernés ont également réagi avec surprise. Mediamarktsaturn a indiqué ne vendre que des marchandises juridiquement contrôlées et légalement commercialisables, et se faire confirmer par ses fournisseurs le respect des prescriptions. Mister Spex entend d'abord attendre les communications officielles des autorités et, le cas échéant, collaborer avec les services d'enquête.
Le délégué à la protection des données de Hambourg, Thomas Fuchs, avait estimé fin juillet qu'une interdiction en Allemagne était possible. Son autorité avait testé les lunettes et constaté que la petite lumière signalant un enregistrement en cours était à peine perceptible au quotidien, comme l'écrit T-Online.
Et la Suisse?
Les lunettes connectées Ray-Ban Meta sont disponibles en Suisse auprès de divers fournisseurs officiels et locaux, aussi bien dans le commerce en ligne que dans les magasins d'optique.
Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) avait mis en garde en juin, auprès de watson, contre un usage abusif de la fonction caméra. Une porte-parole a également souligné que les lunettes connectées disponibles présentaient un «risque accru pour les droits de la personnalité de tiers».
La justification de l'autorité de protection des données est qu'en tant qu'objets du quotidien, les lunettes passent très inaperçues, et les enregistrements ainsi réalisés peuvent se propager en un éclair sur les réseaux sociaux.
Le préposé fédéral suisse souligne que les porteurs de lunettes filmant dans l'espace public sont responsables. Ils doivent informer les personnes présentes d'un enregistrement. Les personnes concernées doivent en outre consentir au traitement des données correspondantes. Le non-respect de ces principes peut avoir des conséquences non seulement civiles, mais aussi pénales.
En Suisse, les enregistrements clandestins réalisés avec des «lunettes pour pervers» sont devenus un sujet politique, rapportait début août le portail d’information Bluenews. A Lucerne, les Verts ont déposé un postulat pour réclamer des règles dans les piscines publiques et les lieux ouverts au public.
Le rapport mentionne également une application iPhone baptisée «AntiZuck», au prix de trois francs. Celle-ci est capable, par Bluetooth, de détecter la présence de lunettes-caméras à proximité. Elle ne peut en revanche pas déterminer si un enregistrement est réellement en cours. Pour les utilisateurs Android, il existe une application équivalente appelée «Nearby Glasses».
Les lunettes connectées équipées d'une caméra vidéo affichent une histoire relativement courte, mais controversée. Tout a commencé en 2012-2013 avec les Google Glass aux Etats-Unis. Les utilisateurs qui filmaient d'autres personnes sans leur consentement étaient alors traités de «Glasshole», un mot-valise formé à partir des termes anglais «Glasses» (lunettes) et «Asshole» (trou du cul). (dsc, trad. ysc)
