Ce Romand a tout sacrifié pour créer «l'app numéro une pour faire du sport»
Derrière chaque grand projet, il y a une aventure humaine passionnante. Celui de Lénaïc Leal, 26 ans, ne déroge pas à la règle. En début d'année, cet habitant de Château-d’Œx (VD) a tout arrêté pour se consacrer entièrement à une véritable vocation: construire de A à Z, tout seul, une application qui permet aux utilisateurs de créer et rejoindre des événements sportifs. Son nom? Plezia. Elle est gratuite et disponible depuis quelques mois sur les plateformes principales de téléchargement, comme l'App Store (cliquez ici pour accéder au site).
Le jeune Vaudois a vu grand. Grâce aux cartes Google Maps, il a référencé un nombre incalculable de terrains de sport, dans seize pays – y compris la Suisse, évidemment. Les utilisateurs peuvent créer ou rejoindre des événements dans 25 disciplines différentes, avec plusieurs niveaux de jeu à choix. Celles qui marchent le mieux? «Foot, basket, volley, padel, course à pied et marche», liste Lénaïc Leal.
Le jeune homme du Pays d'Enhaut a pensé à tout. «L'application contient un mode "réservé aux femmes", pour leur permettre de faire du sport en toute sécurité et ne pas être la cible de prédateurs sexuels quand elles veulent courir en forêt, par exemple».
Et si les potentielles victimes tombent quand même sur un homme qui aurait truqué son identité numérique? «Elles peuvent faire un signalement sur l'application. Le coupable verra son compte bloqué, et ne pourra plus jamais en créer un via le même téléphone ou la même adresse IP».
Il est bien sûr toujours conseillé de se renseigner avant sur les personnes avec qui on va faire du sport, en discutant avec elles par exemple. Là encore, Lénaïc Leal a anticipé en incorporant une fonction chat sur Plezia. A la manière des notes sur Uber, les utilisateurs peuvent aussi attribuer des badges, après activité, aux autres participants.
«Ça facilite la vie pour tous les participants»
L'humain est justement au cœur de l'initiative du Romand. Grâce à son application, il veut unir les gens.
Il a pu lui-même s'en rendre compte à travers les nombreux sports – foot, volley, unihockey, ski, padel ou tennis – qu'il a pratiqués en amateur ou continue de pratiquer.
L'idée lui est venue en fréquentant des amis en Espagne: «Quand ils veulent jouer au foot, ils se donnent rendez-vous sur une application. Alors je me suis dit: "Ce serait top de pouvoir avoir la même chose en Suisse". Ça facilite la vie pour tous les participants. Moi j'habite dans un village: des gens avec qui faire du sport, il n'y en a pas tout le temps. C'est pareil pour les personnes qui veulent commencer un sport et dont l'entourage ne joue pas.»
Lénaïc Leal ne s'en cache pas: à terme, il aimerait pouvoir toucher des revenus grâce à Plezia, en ouvrant l'app à la publicité ou en commercialisant un abonnement premium. Mais il l'assure:
Autant dire que le Damounais voit loin:
Quand il affirme cela au bout du fil, on ne sent aucune arrogance chez le jeune Vaudois. Et ce même si Plezia ne compte pour l'instant qu'environ 200 utilisateurs. Il a simplement un rêve, et il met tout son cœur et son énergie pour le rendre réel. Et un peu d'argent aussi: il estime à 1 500 francs les dépenses, jusqu'à maintenant, pour son travail (il s'agit surtout des frais d'hébergement sur le web et l'App Store).
Le coup du sort et un autodidacte
Depuis mars, Lénaïc Leal consacre toutes ses journées, et parfois ses nuits, à développer son application. C'est un malheureux coup du sort qui a décidé cet ancien maçon à abandonner toute autre activité professionnelle.
Depuis, il vit de ses économies et est retourné habiter chez ses parents à Château-d’Œx. «Sans leur soutien financier et moral, je ne pourrais pas mener à bien mon projet», explique-t-il, reconnaissant.
Celui-ci a germé en février 2025. «Jusqu'en décembre, tous les jours après mon travail de maçon, je bossais dessus». Et du job, il y en a eu. «J'en suis à plus de 200 versions de l'application», précise Lénaïc Leal.
Avant de la développer, il a dû réfléchir à un tas de détails, comme les badges, l'option pour les utilisateurs d'ajouter des photos de terrains et des commentaires, ou encore ce fameux mode «réservé aux femmes» pour la sécurité des participantes.
Pour la réalisation, le créateur de Plezia a dû apprendre le codage informatique, en autodidacte. Et autant dire qu'il est parti de très loin, comme il le fait savoir en se marrant:
Mais Lénaïc Leal a d'autres qualités. Sa détermination, évidemment, et aussi son sens de l'écoute. «J'échange avec des amis qui étudient à HEC Lausanne pour avoir leur point de vue sur le business, le marketing et la communication liés à mon application. J'essaie de prendre des conseils partout où je peux».
Et visiblement, il en a retenu pour le nom de son produit:
Des projets de partenariats
Des idées, le jeune Vaudois en a aussi pour faire connaître et grandir sa plateforme. «Comme elle comporte des classements de joueurs, je souhaite contacter des magasins de sport pour des partenariats, histoire d'offrir des prix aux vainqueurs». Il veut aussi organiser lui-même des tournois de promotion dans plusieurs sports et à différents endroits.
Lénaïc Leal planche encore sur une nouvelle fonctionnalité de Plezia, une app qui est pour l'instant avant tout destinée au sport hors des clubs. Et cela passe par une collaboration avec ceux-ci.
Mais avant cela, l'habitant de Château-d’Œx mettra à jour régulièrement son application, en y incorporant petit à petit toutes les idées qu'il a listées sur son téléphone. Sans pression, malgré ses ambitions. Parce que sa démarche est bien plus profonde qu'une réussite commerciale.
«Même si l'app ne marche pas, j'ai envie que chaque jeune Suisse qui lira cette interview puisse se dire: "Lui, il a développé ça à Château-d’Œx, en devant regarder le clavier quand il écrit à l'ordinateur. Alors moi aussi je peux le faire, et je vais le faire". Avec de l'envie, n'importe qui peut créer quelque chose.»
