La Suède suffoque dans une sanglante guerre des gangs
Mercredi soir, 19h. Un jeune homme est abattu près d'un terrain de sport où se déroulait un entraînement avec des enfants. Une autre fusillade aura lieu à Stockholm quelques heures plus tard.
Au total, trois personnes perdront la vie.
La Suède est encore une fois le théâtre de violents conflits entre des dizaines de bandes de trafiquants de drogue. Ces derniers temps, presque tous les deux jours, quelqu'un est abattu – des écoliers également. Dans la banlieue de Stockholm, à Haninge, un enfant de treize ans a récemment été exécuté d'une balle dans la tête.
Selon la police, il s'agit de l'une des 30 000 personnes ayant des liens avec des gangs. A cela s'ajoutent des tentatives de meurtre à l'aide d'armes à feu et d'explosifs, au cœur de quartiers résidentiels.
L'escalade de la violence se poursuit malgré les nombreuses arrestations. La Suède n'a pas connu de situation aussi dangereuse depuis 1945, selon un chef de la police; le chef du gouvernement Ulf Kristersson parle de «conditions latino-américaines». En 2022, la Suède comptait déjà le plus grand nombre de victimes d'armes à feu en Europe, et le pays se distingue également par ses problèmes de gangs.
Guerre de clans et le «renard kurde»
La grande brutalité provient, selon la police, de combats acharnés entre clans. Au centre se trouve l'un des personnages plus puissants du trafic de drogue, surnommé le «renard kurde», qui a trouvé refuge en Turquie. En Suède, le dealer fait la guerre au gang d'un de ses rivaux âgé de 33 ans. Le mot d'ordre: œil pour œil, dent pour dent. Chaque meurtre est suivi d'une attaque de vengeance, les gangs s'attaquant désormais aussi à des proches qui n'ont rien à voir avec le milieu criminel.
La mère de l'homme de 33 ans a été tuée à Uppsala. Peu après, les beaux-parents du «renard kurde» ont échappé de justesse à un attentat. Au moins une personne non impliquée a été abattue; un membre du gang qui vivait dans la même maison. La police tente désormais de protéger les membres des familles, mais ses ressources sont limitées.
Les criminels trouvent refuge en Turquie
Plusieurs chefs de bande se trouvent désormais en Turquie. Là-bas, le «renard kurde», originaire d'Irak, a obtenu la nationalité grâce à des investissements dans le pays. L'homme de 36 ans ne sera donc pas expulsé, bien qu'il ait été condamné et inculpé à plusieurs reprises en Suède.
Il dirige donc sa bande suédoise depuis le Bosphore – et il n'est pas le seul: selon la chaîne de télévision SVT, «la police s'intéresse à 100 criminels en Turquie». Mais la coopération entre les autorités piétine. Cela ne manque pas d'ironie, car la Turquie continue de bloquer l'adhésion de la Suède à l'Otan. La raison: les Scandinaves n'en feraient pas assez contre les «terroristes kurdes».
Les délinquants sont extrêmement jeunes
Les jeunes de douze et treize ans ne sont pas rares dans la guerre des gangs. Ils servent de passeurs de drogue, mais on leur fournit également des armes et des missions de meurtre. En échange, les gangs offrent de l'argent, de la drogue, mais aussi un sentiment de statut et de pouvoir qui attire surtout les jeunes hommes immigrés sans perspectives; parallèlement, on les fait obéir par la menace.
Swedish 🇸🇪 National Task Force officers during an exercise. Swedish tactical police units are increasingly dealing with heavier armed gangs.#sweden #tactical #police #SOF #specialoperations pic.twitter.com/Fv1CdvQYTf
— Grey Dynamics (@GreyDynamics) September 25, 2023
En 2023, la police a déjà arrêté plus de 160 personnes de moins de 18 ans. Mais le calcul des gangs est malin: les enfants reçoivent des peines moins longues et sont rapidement de retour dans la rue.
Mélange explosif dans les banlieues
La criminalité provient des nombreuses banlieues construites dans les années 60 et constituées d'immenses lotissements. Au fil des décennies, ces zones sont devenues des quartiers sensibles avec une proportion croissante d'étrangers mal intégrés, un faible niveau de formation scolaire et un taux de chômage élevé chez les jeunes.
Les familles brisées, les autorités sociales débordées, le manque de policiers, le trafic d'armes et la forte demande de drogues dans la société ont contribué à ce mélange explosif. Les chercheurs en sciences sociales et les criminologues s'accordent à dire que le manque d'intégration, et donc le fossé social, s'est beaucoup trop développé en Suède, tant sous les gouvernements sociaux-démocrates que bourgeois.
La police n'en fait pas assez
Ulf Kristersson, conservateur, est au pouvoir depuis l'automne dernier. Malgré de grandes promesses, rien ou presque ne s'est amélioré depuis. Des lois pour des peines plus sévères, de nouvelles possibilités d'écoute et plus d'argent pour la police ont certes été annoncées, mais selon les experts, la main ferme de l'Etat ne suffit pas. Il faut en outre une coopération entre la police, les écoles, les services sociaux et les parents pour soustraire les mineurs aux gangs et sauver les banlieues. Il pourrait toutefois s'écouler des décennies avant que les manquements ne soient corrigés. (aargauerzeitung.ch)
Traduit et adapté de l'allemand par Tanja Maeder
