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Le Covid long frappe-t-il les enfants? Ce que disent les études

Une infirmiere procede au depistage d'une enfant lors d'un depistage du (Covid-19) sur le site de NOMAD (Neuchatel Organise le Maintien a Domicile) le mercredi 9 septembre 2020 a Marin-Epagnier dans le canton de Neuchatel. Le Reseau hospitalier neuchatelois (RHNe) et NOMAD elargissent leur collaboration dans la lutte contre le Coronavirus (Covid-19) au secteur de la pediatrie. Une filiere pediatrique est mise sur pied afin de depister les enfants presentant des symptomes Covid. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

Image: KEYSTONE

Alors que la rentrée approche dans la plupart des cantons, une question se pose: dans quelle mesure le Covid long frappe-t-il les enfants? Les données à ce sujet sont encore très limitées, mais des études existent. Tour d'horizon.

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Dans certains cantons, comme Vaud et le Valais, l'école recommence ce lundi. Dans le Jura et à Neuchâtel, les vacances d'été sont terminées depuis un moment. Parallèlement, le nombre de nouvelles infections au Covid-19 – essentiellement dues au variant Delta – est à nouveau en hausse, en particulier chez les moins de 30 ans.

Les cas Covid en Suisse et au Liechtenstein

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Cas confirmés en laboratoire, Suisse et Liechtenstein, du 15 février 2021 au 15 août 2021, pour 100 000 habitants. graphique: OFSP

L’augmentation des cas au sein de la population jeune est probablement due, entre autres, au taux de vaccination plus important dans les groupes d’âge plus élevés. Actuellement, les enfants de moins de 12 ans ne sont pas vaccinés.

L'augmentation des nouvelles infections chez les plus jeunes inquiète les épidémiologistes, notamment en raison du phénomène du Covid long. Il s'agit d’un ou plusieurs symptômes qui persistent pendant plus de quatre semaines après une infection au Covid. Le monde scientifique n’a pas encore pu étudier ce phénomène en détail.

Le Covid long…

…est un terme générique désignant les symptômes qui persistent ou apparaissent à partir de quatre semaines après une infection aiguë au Covid-19. Les principaux symptômes sont l'épuisement et la difficulté à faire de l’exercice. Un large éventail d'autres symptômes peuvent également apparaître, comme les troubles du sommeil, les maux de tête, les douleurs abdominales, les douleurs musculaires et aux membres, les symptômes neurocognitifs tels que les troubles de la concentration et de la mémoire, la sensibilité à la lumière et au bruit, ainsi que des problèmes circulatoires, des troubles de la régulation thermique ou des symptômes grippaux, par exemple les maux de gorge et le gonflement des ganglions lymphatiques. La grande majorité des patients ne sont que légèrement affectés dans leur vie quotidienne et ne doivent pas recourir à un traitement médical. Les causes de cette maladie ne sont pas claires.

Une enquête non représentative menée par des membres de l'association Covid long suisse auprès de 400 personnes touchées par la maladie confirme que de nombreux symptômes peuvent faire partie des effets tardifs d'une infection au Covid. Toutefois, les plaintes les plus courantes sont l'épuisement continu (91% des répondants), la difficulté à faire de l’exercice physique (84%), les problèmes de concentration et de mémoire (75%), la respiration précipitée et l'essoufflement pendant l'effort (71%), les maux de tête (70%), les troubles du sommeil (67%) et les douleurs musculaires (64%).

Loan, 20 ans, sportif avec un Covid long

Vidéo: watson

L'enquête a également montré que 43% des répondants ont repris le travail à plein temps, 28% ont réduit leur charge de travail et 20% sont dans l'incapacité de travailler. 7% ont même besoin de soins ou d'un soutien extérieur.

De nombreuses personnes interrogées se sentent également impuissantes car elles ne peuvent pas être aidées et, dans certains cas, ne sont pas du tout prises au sérieux. Selon l’association Covid long suisse, cela pourrait être dû au fait que le diagnostic est difficile en raison des symptômes diffus.

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Les écoliers tessinois en mars s’essayant au test salivaire volontaire.

Actuellement, peu de recherches ont été menées sur le risque pour les enfants de contracter le Covid long, ce qui est particulièrement interpellant dans le cadre de la rentrée scolaire. Cela s’explique par le fait que les données à ce sujet sont encore très limitées. Il est clair que la grande majorité des enfants qui sont touchés par le Covid ne présentent que des symptômes légers.

Cependant, certains d'entre eux souffrent également de symptômes durables de diverses natures qui peuvent sérieusement affecter leur vie sur le long terme.

Les études sur le risque de Covid long chez les enfants aboutissent à des résultats différents. Ce qui est certain en revanche, c’est que si tous les enfants étaient infectés, par exemple, si la vaccination de cette tranche d'âge n’est pas autorisée, il y aurait probablement des dizaines de milliers de cas de Covid long chez les enfants en Suisse.

Les enfants hospitalisés sont deux fois plus susceptibles de présenter des symptômes sur le long terme

Une valeur de 6% d'enfants infectés par le Covid développant encore des symptômes trois mois après l'infection a été atteinte dans une étude canadienne menée par l'épidémiologiste Anna Funk et son équipe de l'Université de Calgary. Les résultats préliminaires ont été présentés lors du 31e Congrès européen de microbiologie clinique et des maladies infectieuses.

L’équipe scientifique a analysé les données de plus de 10 500 enfants qui se sont présentés à un service d'urgence dans différents pays entre mars 2020 et juin 2021 et ont été testés positifs au Covid-19. 3100 enfants ont été examinés 14, 30 et 90 jours après le test, en se concentrant sur les problèmes respiratoires, neurologiques et psychologiques.

Sur les 1884 enfants qui ont effectué un suivi de 90 jours, 447 ont été hospitalisés. Ces derniers ont décrit des symptômes persistants plus de deux fois plus souvent que les enfants qui n'avaient reçu que des soins ambulatoires. Des symptômes respiratoires sont apparus dans 2% des cas, de la fatigue ou de la fièvre également dans 2%, des symptômes neurologiques tels que des maux de tête ou une perte persistante du goût ou de l'odorat dans 1% et des symptômes psychologiques tels que la dépression également dans 1%.

Les enfants plus âgés ont un risque plus élevé

Une étude russe menée par Daniel Munblit et une équipe de chercheurs de l'Université de Sechenov a même conclu que 25% des enfants présentaient des symptômes du Covid à long terme. Il s'agissait néanmoins d'enfants qui avaient été hospitalisés. Les chercheurs ont mené des entretiens téléphoniques avec les parents de 518 enfants âgés de 0 à 18 ans. Tous les enfants avaient été admis dans un hôpital de Moscou entre avril et août 2020 et avaient été testés positifs au Covid. Les entretiens ont eu lieu sur une période d'environ huit mois après la sortie de l'hôpital.

Il s'est avéré que les enfants plus âgés et ceux qui souffraient d'allergies préexistantes avaient tendance à présenter un risque plus élevé de développer un Covid long. Les plaintes citées par les parents étaient principalement la fatigue, des changements dans le goût et/ou l'odorat et des problèmes de sommeil. Environ 10% des enfants présentaient des symptômes persistants touchant deux ou plusieurs organes ou systèmes organiques.

Toutefois, la valeur élevée de 25% ne doit pas être généralisée, car tous les enfants concernés avaient été hospitalisés auparavant. Le responsable de l'étude, Daniel Munblit, met en garde:

«Il est important de noter que les résultats de l'étude ne doivent pas être extrapolés à tous les enfants ayant eu le Covid, car seuls les cas les plus graves finissent à l’hôpital.»

De plus, il s'agissait d'une étude portant sur des enfants ayant déjà été malades. A noter que les enfants de l'étude canadienne mentionnée ci-dessus étaient également plus susceptibles de présenter des symptômes durables s'ils avaient été hospitalisés.

Pas de déficits neurologiques

En revanche, une étude préliminaire d'Erika Molteni et de son équipe du King's College de Londres, publiée dans la revue Lancet – Child & Adolescent Health au début du mois d'août, a quant à elle révélée de bonnes perspectives pour l’avenir. Les scientifiques ont analysé l'évolution de la maladie chez 1734 enfants âgés de 5 à 17 ans qui avaient contracté le Covid entre mars 2020 et février 2021.L'observation a commencé après que l'infection ait été détectée par un test PCR, parfois avant l'apparition des symptômes, et cela jusqu'à la guérison. L'état de l'infection a été suivi à l'aide de tests PCR, tandis que les parents et les enfants ont noté quotidiennement les symptômes dans une application.

Environ un quart des enfants ne présentaient aucun symptôme, les autres souffraient principalement de maux de tête, de fièvre, de maux de gorge et, chez les enfants plus âgés, de troubles olfactifs. La plupart des enfants se sont rétablis en une semaine. Dans 4,4 % des cas, les symptômes ont persisté au-delà de la quatrième semaine. Après huit semaines, la proportion de personnes touchées est tombée à 2 % chez les plus de douze ans et à 1,3 % chez les moins de douze ans. De plus, les effets tardifs semblaient être plus légers chez les enfants que chez les adultes. Il n'y avait pas de symptômes neurologiques tels que des troubles de la concentration, de l'anxiété ou des déficits cognitifs.

La proportion d'enfants touchés par le Covid long est donc nettement plus faible que celle des adultes. Les scientifiques avaient précédemment analysé les données d'adultes à l'aide de l'étude ZOE COVID Symptom Study et étaient parvenus à la conclusion qu'un adulte sur sept souffrait de symptômes du Covid pendant plus de quatre semaines, et un sur 20 même pendant huit semaines ou plus. Cependant, il est important de noter que le variant Delta n'était pas encore dominant pendant la période de l'étude.

Une étude de l’Université de Zurich n’aboutit qu’à une fréquence du Covid long de 2%

Une étude suisse publiée dans la revue Jama s'est également penchée sur la question de savoir dans quelle mesure le risque de Covid long est élevé chez les enfants. L’équipe scientifique, dirigée par Susi Kriemler et Milo Puhan, a analysé les données de l’étude «Ciao-Corona» et a présenté un premier calcul de l’incidence en Suisse.

L’étude «Ciao-Corona», c'est quoi?

Lancée par l'Université de Zurich, elle analyse la façon dont le Covid se propage parmi les écoliers en surveillant à long terme le développement des anticorps. Environ 2500 écoliers et adolescents âgés de 7 à 17 ans de 55 écoles choisies au hasard dans le canton de Zurich ont été testés pour les anticorps en trois phases jusqu'à présent : en juin/juillet 2020, en octobre/novembre 2020 et en mars/avril 2021. Via des questionnaires en ligne, les personnes testées répondent tous les deux mois à des questions sur leurs symptômes, leur état de santé, leur comportement préventif, leur mode et qualité de vie. La participation est volontaire.

Pour estimer la fréquence de Covid long, les chercheurs ont comparé les enfants et les adolescents dont le test d'anticorps était positif – c'est la preuve d'une infection passée – avec les enfants et les adolescents dont le test d'anticorps était négatif. Ce deuxième groupe a servi de groupe de contrôle.

Un total de 1355 enfants âgés de 6 à 16 ans ont été interrogés et suivis pendant six mois après le test d'anticorps en octobre/novembre 2020. 109 d'entre eux avaient été infectés, mais tous avec des symptômes légers. Aucun des enfants n'a dû être hospitalisé, ni en raison d'une infection au Covid, ni en raison de symptômes tardifs.

Parmi les enfants et les adolescents ayant un test d’anticorps positif, c’est-à-dire ayant été infectés par la maladie, 9% ont signalé au moins un symptôme tardif après quatre semaines: la fatigue, les problèmes de concentration et un besoin accru de sommeil ont été les plus fréquemment mentionnés. Cependant, dans le groupe sans détection d'anticorps, 10% se sont également plaints d'au moins un symptôme tardif. Les chiffres correspondants après 12 semaines étaient de 4% dans le groupe avec détection d'anticorps et de 2% dans le groupe de contrôle. Les chercheurs en déduisent que la fréquence du Covid long chez les enfants et les adolescents n'est que de 2%.

A noter que cette étude a également évalué les données recueillies avant que le variant Delta ne devienne dominant. En outre, le groupe d'enfants et d'adolescents avec des tests d’anticorps positifs était relativement restreint, et toutes les évolutions de la maladie étaient légères. D'autre part, les chercheurs ont comparé ce groupe à un groupe de contrôle – ce qui a été critiqué dans d'autres études publiées sur ce sujet jusqu'à présent.

On peut donc constater que les études considérées ici diffèrent à la fois en termes de résultats et de méthode choisie. Les valeurs sont naturellement plus élevées dans les études qui ont analysé uniquement les cas hospitalisés. Dans l'ensemble, le risque de Covid long pour les enfants est probablement assez faible – mais le fait que la fréquence du Covid long chez les enfants ne puisse pas encore être mesurée de manière fiable reste insatisfaisant.

Article traduit de l'allemand par Charlotte Donzallaz

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