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epaselect epa09286124 Supporters of Iranian president elect Ebrahim Raisi celebrate in Imam Hussein square in Tehran, Iran, 19 June 2021. According to an interior ministry official, Raisi with 17.9 million votes won the presidential election. More than 28 million Iranians out of 59 million eligible voters had cast their ballots in the Iranian Presidential election. EPA/ABEDIN TAHERKENAREH

Des partisans du vainqueur de l'élection présidentielle iranienne, Ebrahim Raïssi, manifestent leur joie. Téhéran, 19 juin 2021. Image: keystone

Analyse

De Téhéran à Alger, l'islam est-il toujours la solution?

Un religieux ultraconservateur est élu président de la République en Iran. En Algérie, un parti islamiste est arrivé en bonne place aux législatives du 12 juin. Dans les pays arabes, le slogan des Frères musulmans «l'islam est la solution» continue d'opérer, moins comme ferment révolutionnaire que comme ciment identitaire. Au désespoir d'une frange de la population plaidant pour une présence moins envahissante de la religion.



Les plis des turbans des mollahs ont parlé. L’élection présidentielle iranienne ne pouvait échapper à Ebrahim Raïssi, un religieux de réputation conservatrice, tendance ultra, élu vendredi. Les iranologues, comme autrefois les kremlinologues lisant dans les fonds de vodka soviétique, l’avaient vu dans les couvre-chefs des dignitaires chiites: le vainqueur, ce serait lui.

Pas même un réformateur, comme en 1997, pour chatouiller le guide suprême, l’ayatollah Khamenei, incarnation d’un pouvoir religieux aux commandes du pays depuis la révolution islamique de 1979. L’Iran reste une théocratie avec l’islam pour horizon idéologique. De toute manière, cela n’allait pas changer cette fois-ci.

Si les partis islamistes ne gagnent pas à tout coup dans l’ensemble des pays musulmans, ils ont tendance à s’imposer dans les Etats arabes, dès lors que les scrutins qui s’y déroulent sont non faussés. Etrange, si l’on considère l’image liberticide, totalitaire, associée à l’islamisme. En fait, rien d’étrange. Ces victoires renvoient aux rôle et statut de l’islam dans les sociétés arabes: maître et protecteur d’une part, de l'autre perçu comme libérateur, jadis face au colonisateur occidental, ces dernières décennies face aux autocrates qui leur ont servi de dirigeants depuis les indépendances.

Partis islamistes en force

C’est pourquoi les partis islamistes ont eu tant de succès, quand les occasions ont commencé à se présenter. En 1991 en Algérie, la victoire revint à un islamisme pur et dur, immédiatement renversé par l’armée, d'où la guerre civile qui s'ensuivit. Il fallut ensuite attendre les printemps arabes, vingt ans plus tard. Les islamistes, qui ne promettaient plus la révolution mais une gouvernance morale, s'imposèrent en Tunisie et en Egypte. Ils l’auraient certainement emporté en Syrie aussi. Le veto mis par Bachar el-Assad à toute expérience démocratique a produit le chaos que l'on sait.

Au Maroc, les islamistes sont au pouvoir, mais la personne du roi continue de peser lourd dans la vie politique du pays. En Turquie, non arabe, ils ont fait sensation aux élections parlementaires de 2002. Depuis ils sont la première force et tiennent le pays avec leur chef de fil Erdogan, qui entend restaurer la grandeur de l'empire ottoman.

Très faible participation

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Le président de la commission électorale, Mohamed Charfi, annonçant les résultats des élections législatives du 12 juin. Alger, 15 juin 2021. image: keystone

Au lendemain des législatives du 12 juin en Algérie, le parti islamiste MSP (Mouvement de la société pour la paix), décrit comme modéré, a revendiqué la victoire. Ce qui aurait été une ironie cruelle pour beaucoup, dans ce pays marqué par la guerre civile. Dans un scrutin au très faible taux de participation (23%), le MSP est en fin de compte arrivé troisième, derrière l'historique Front de libération nationale (FLN) et une myriade de candidats indépendants. Tout est rentré dans l'ordre. Façon de dire.

Deux mamelles

Les deux mamelles électoralistes des islamistes sont la promesse de justice et la chasse aux corrompus. Longtemps du gâteau, dans des pays où les injustices et la corruption passent pour des figures imposées de l'action politique. Face à la hogra, l'oppression, l'islam est devenu au XXe siècle un refuge, ainsi qu'une ressource inépuisable pour la contestation.

C'est probablement sur un plan sentimental que les formations islamistes jouent le plus «à domicile». Le dénominateur commun aux sociétés arabes, davantage que la langue, c'est l'islam. A la fois comme religion et comme civilisation. Le ramadan et l'appel à la prière dans les villes et villages y agissent comme d'importants marqueurs.

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Le 16 janvier 2015 à Alger, neuf jours après l'attentat qui l'a frappé, manifestation contre Charlie Hebdo. Dans son numéro du 14, l'hebdomadaire satirique a publié un dessin censé représenter le prophète de l'islam, accompagné de la mention «Tout est pardonné». image: keystone

Dévotions nationalistes

C'est au nom de l'islam, parfois mêlé de marxisme, que des peuples ont combattu l'Occident, la France en Algérie par exemple. L'islamisme – l'instrumentalisation de l'islam à des fins d'affirmation politique et identitaire, généralement en opposition à l'Occident dépeint comme un corps étranger – reste un levier de mobilisation. Il se réfère dès qu'il le peut à la cause palestinienne, où le parti islamiste Hamas, à la fois craint et adulé, fait office d'état-major de guerre contre Israël, comme autrefois le FLN luttant par les armes pour l'indépendance de l'Algérie.

Dans la première moitié du XXe siècle, pour la confrérie islamiste des Frères musulmans, l'islam, en tant que corpus juridique ayant prétendument réponse à tout, était la «solution». Il le demeure en partie, comme une évidence, un patrimoine, quelque chose qui oblige, au-delà des partis islamistes proprement dits. Bien qu'historiquement opposés aux islamistes, les partis nationalistes, qui ont fabriqué les autocrates, font leurs dévotions et donnent à l'occasion dans le registre islamiste, canal identitaire, pour couper l'herbe sous la sandale des «barbus».

De l'eau dans leur thé

De nos jours, l'islamisme comme projet politique et juridique, n'est sans plus capable d'emporter le morceau au Maghreb. Les sociétés en ont soupé des diktats. Les formations islamistes qui gouvernent au Maroc et en Tunisie, peut-être prochainement en Algérie, le font au sein de coalitions, au titre de partenaires majoritaires ou minoritaires. Elles ont mis de l'eau dans leur thé et se plient aux décisions des urnes. Un glissement s'opère en leur sein en faveur d'une conception démocrate-musulmane de la politique, compatible avec l'Etat de droit, à l'image de la démocratie-chrétienne européenne, croient observer certains.

Dans ces pays, une frange de la population, plutôt occidentalisée, mais ne rejetant pas le patrimoine des anciens, souhaiterait une laïcisation de l'Etat comme de la société. Il y a chez elle une lassitude face à une norme islamique omniprésente. Pour cette frange-là, à l'évidence minoritaire, les rappels fréquents à l'identité musulmane («n'oublie pas qui tu es») ont plus le poids du boulet que la légèreté de l'envol. La métaphore pouvant valoir à l'échelle des Etats. L'islam, comme acteur socio-politique inhibiteur, serait alors moins la solution qu'une partie du problème, celui de la stagnation.

Erdogan et la civilisation islamique

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Le président turc, Recep Tayyip Erdogan. Ankara, 17 mai 2021. image: keystone

Problème: placer l'islam en retrait de la vie politique, non seulement heurterait une part importante du peuple, pétrie de religion, mais fragiliserait des édifices identitaires bâtis sur un socle islamique donnant sa raison d'être aux indépendances même. Tout le discours du président turc Erdogan à l'endroit des musulmans, où qu'ils se trouvent, est fondé sur l'appartenance à la civilisation islamique. Celle des conquêtes, celle qui ne pliait pas, celle des grands apports à l'humanité, et dont il y a lieu d'être fier. Comprendre: nous n'avons pas à recevoir de leçons de l'Occident, l'islam pourvoit à tout. La confusion entre foi et civilisation est ici volontaire.

«Je me méfie...»

Dans une récente tribune au quotidien algérien Liberté, l'écrivain et chroniqueur Kamel Daoud craint de n'être représenté par aucun parti politique en Algérie, surtout pas par les islamistes, qu'il étrille comme à son habitude: «Je préfère Allah à ses courtiers et je me méfie des dieux quand ils ont des barbes et ne gardent pas le silence céleste. (...) En fait, je me méfie des gens qui ne voient pas de différence entre la vie et la mort, mais seulement entre les hommes et les femmes.»

Les sociétés arabes demeurent grosses d'un conflit culturel à l'intérieur d'elles-mêmes. Entre ceux qui font de l'islam le cadre de toute chose et ceux qui aspirent à plus de marge de manoeuvre existentielle.

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Pour rappel, des représentants des musulmans et de l'opposition avaient critiqué le fait que toutes les institutions islamiques étaient représentées sur la carte, qu'elles aient ou non des tendances islamistes anti-démocratiques.

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