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Image: keystone / shutterstock

Le plan de bataille des antifas contre la venue de Zemmour à Genève

Un membre d'Action Antifasciste Genève se livre à watson à propos de la présence d'Eric Zemmour à Genève à la fin du mois. Celle qui veut le faire venir se dit «combattive».
10.11.2021, 18:5311.11.2021, 13:07

Les opposants à la visite d’Eric Zemmour les 24 et 25 novembre à Genève ont remporté une première victoire. Et ceux qui se réjouissent de pouvoir l’entendre ont enregistré leur première défaite. Le restaurant du parc des Eaux-Vives n’accueillera pas la conférence-débat que le candidat potentiel à la présidentielle française devait y donner, comme l’a révélé le site GHI mardi 9 novembre. La municipalité, invoquant notamment des motifs sécuritaires, a mis son véto. Convergences, l’association organisatrice de la venue d’Eric Zemmour dans la cité de Calvin, en est quitte pour trouver une nouvelle adresse.

Joint mercredi par watson, l’avocat genevois Marc Bonnant n'était pas au courant de ce rebondissement. Commentaire plein d'ironie de celui qui doit justement débattre fin novembre avec le polémiste de la droite identitaire combattu par la gauche et l’extrême gauche:

«Je ne savais pas que, courageuse, la Ville avait dit non»
Marc Bonnant, avocat.

Zemmour est déjà venu trois fois à Genève

La présidente et fondatrice de Convergences, Colette Cellerin, une Française installée à Genève depuis 18 ans, accuse le coup mais demeure «combattive». Cette organisatrice de dîners-débats avec des personnalités françaises, généralement à l’occasion de la parution d’un livre, a déjà reçu trois fois Eric Zemmour à Genève, «en 2014, 2016 et 2018», détaille-t-elle. «A deux reprises, en 2014 et 2018, il avait fallu faire appel à une protection policière, plutôt discrète», précise-t-elle.

Le dispositif policier déployé pour la prochaine visite du quasi-candidat catalogué à l'extrême edroite, sera sans doute bien plus visible. «Il appartient à l’Etat d’éviter que les opposants d’Eric Zemmour sèment le trouble», lance Me Bonnant. «Il ne faudrait pas que le trouble soit le prétexte à une censure des bien-pensants», ajoute-t-il.

Développant un propos tenu la veille sur watson, le président du Parti libéral-radical (PLR) genevois, Bertrand Reich, a publié mercredi un tweet dans le même esprit que le commentaire de Me Bonnant:

Mobilisation massive espérée

Cette conception «libérale» de la liberté d’expression, Carlos*, la trentaine, l’assimile à de la «fumisterie». «L’histoire nous a montré que la vision libérale n’avait été d’aucune utilité face au nazisme», assure-t-il. C’est pourquoi, fidèle à sa logique, ce membre d’Action Antifasciste Genève entend empêcher la prise de parole d’Eric Zemmour fin novembre. «Qu’on ne vienne pas nous parler de censure!», prévient notre interlocuteur en bomber noir et foulard rouge des antifas.

«Il n’y a pas de censure de notre part, quand Monsieur Zemmour, lui, peut compter sur le soutien du milliardaire Bolloré et de sa chaîne CNews»
Carlos, membre d'Action Antifasciste Genève.

On fait remarquer au militant antifasciste que la CICAD, l'association genevoise luttant contre l'antisémitisme et le négationnisme, est opposée à la censure préalable. Sa réaction: «La CICAD, c'est des sionistes, et le sionisme est une forme de racisme et un projet colonial criminel.»

Des soutiens venant de «Berne, Bâle ou Zurich»?

Carlos et ses camarades de la gauche radicale vont engager une épreuve de force, dont une série de tags menaçants, apparus depuis peu, donne un avant-goût. «Notre but n’est pas d’aller à l’affrontement, mais d’être le plus nombreux possible dans la rue de façon à ce que l’événement avec Zemmour soit annulé», explique le jeune homme. Il espère une mobilisation massive de la gauche genevoise, partis et associations, allant de l’aide aux migrants aux mouvements féministes en passant par les groupes pro-palestiniens. Il compte même sur le soutien d’amis qui viendraient de «Berne, Bâle ou Zurich».

«En tant qu’antifascistes, nous ne pouvons admettre que celui qui veut réhabiliter la figure du maréchal Pétain, qui incarne l’un des visages de l’islamophobie, qui reprend à son compte la théorie du grand remplacement dont nous savons qu’elle a nourri, entre autres, l’attentat de Christchurch, ait micro ouvert à Genève»
Carlos, Action Antifasciste Genève

La sécurité d'Eric Zemmour pourra-t-elle être garantie?

En 2016, le trentenaire antifasciste était de ceux qui s’étaient opposés avec succès à une prise de parole à Genève du Franco-Suisse Alain Soral, alors déjà condamné pour antisémitisme. «C’était un coup de bol. Il se trouve que nous nous étions rassemblés, sans le savoir, à proximité d’un ancien cinéma où Soral devait intervenir. "Les antifas sont là", lui avaient dit les flics, et Soral avait annulé son intervention», rapporte-t-il.

La même chose se passera-t-elle avec Eric Zemmour? La police pourra-t-elle garantir la sécurité de ce dernier? Interrogée à ce propos, celle-ci répond qu’elle est à même d’adapter «à la baisse comme à la hausse» son dispositif de protection. Au point de bloquer une partie de la ville comme à l’occasion du sommet Biden-Poutine du mois de juin? Et si, de leur côté, les antifas donnaient dans l’intox en se faisant passer pour plus forts qu’ils ne le sont en réalité?

Quand Darius Rochebin animait des débats

Il y a «quinze jours», Colette Cellerin recevait pour Converges l’écrivain Jean-Christophe Rufin. Ces dernières années, elle a eu pour invités à ses tables-conférences Dominique de Villepin, François Fillon, Bruno Le Maire, Roselyne Bachelot, Jean-Louis Debré, rien que des personnalités de droite. «Avec les personnalités de gauche, les gens ne viennent pas», dit-elle, non sans humour.

A l'inverse, avec la droite, surtout avec Zemmour, elle est sûre de faire salle pleine, les spectateurs devant s'acquitter d'un billet d'entrée facturé 100 francs et comprenant un repas. «Beaucoup de ces débats, sauf ceux dont Eric Zemmour était la vedette, ont été animés par Darius Rochebin, qui venait à titre gratuit après avoir enregistré son émission Pardonnez-moi sur la TSR», poursuit-elle.

Pour qui, le dernier mot?

Si Colette Cellerin a convié une quatrième fois celui qui récolte aujourd'hui les vivats des uns et la rage des autres, c’est, dit-elle, pour qu’il parle de son livre, La France n’a pas dit son dernier mot. Mais à Genève, fin novembre, qui l'aura, le dernier mot? L'opposition réunie dans la rue ou le principe de la liberté d'expression?

*Prénom d'emprunt

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