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Présidentielle 2022

Zemmour à Genève: tags menaçants et partis politiques divisés

La venue fin novembre à Genève du sulfureux Eric Zemmour, candidat potentiel à la présidentielle française, toujours placé haut dans les sondages, divise fortement les partis politiques genevois. Apparition de tags menaçants.
10.11.2021, 06:0610.11.2021, 06:58

«Une grosse épine dans le pied.» La venue d’Eric Zemmour à Genève les 24 et 25 novembre ne réjouit pas la présidente du Parti socialiste genevois (PSG), Lydia Schneider Hausser. Comme le révélait lundi watson, le quasi-candidat à l’élection présidentielle française débattra à la fin du mois avec l’avocat Marc Bonnant, lui aussi grand pourfendeur du «politiquement correct». Celui que les sondages hissent pour l'heure au second tour face à Emmanuel Macron, en profitera pour dédicacer son dernier livre, La France n’a pas dit son dernier mot. Aux manettes de cet événement chargé en électricité: «Convergences», un cercle français de Genève.

Le programme pourra-t-il être tenu? Déjà apparaissent sur les murs de la cité de Calvin des tags pouvant s'interpréter comme des menaces dirigées contre l’ancien chroniqueur de CNews et du Figaro. Possiblement l'œuvre d'antifascistes, prêts à en découdre avec lui comme le 30 octobre lors d'un meeting à Nantes. Des comptes Twitter s'en sont fait l'écho:

PSG: «Dieudonné aussi a été interdit de spectacle»

Le PS genevois se réunira lundi prochain pour adopter une position officielle sur la venue d’Eric Zemmour à la fin du mois, indique Lydia Schneider Hausser. Le député socialiste cantonal Emmanuel Deonna a de son côté devancé l’appel en demandant au Conseil d’Etat d’«empêcher» la tenue de l’événement organisé en l’honneur de l’idéologue identitaire.

La présidente du PSG livre en avant-première une réflexion personnelle:

«Pour moi, cet homme, tant qu’il ne s'est pas déclaré candidat, reste un polémiste, un agitateur aux idées nauséabondes. Certains aspects de son discours s’apparentent à des appels à la haine raciale et donnent dans la misogynie et l’homophobie»
Lydia Schneider Hausser, présidente du PS genevois

Mais ce qui fait «le plus peur» à Lydia Schneider Hausser, c’est, dit-elle, «la façon qu’a Zemmour de refaire l’histoire à la manière d’un révisionniste, comme s’il s’agissait pour lui de rayer le fascisme d’antan pour en accoucher d'un nouveau». La présidente du PSG dit ne pas avoir lu encore la pétition mise en ligne sur le site change.org, qui demande aux pouvoirs publics d’interdire la manifestation prévue à Genève avec le Français en campagne. «Je la signerai peut-être. Après tout, Dieudonné aussi a été interdit de spectacle à Genève, suite à une première représentation au cours de laquelle il avait tenu des propos délictueux», rappelle-t-elle.

Les Vert.e.s: «Une campagne dangereuse»

La position de la présidente des Verts genevois, Delphine Klopfenstein, ne diffère guère de celle de son homologue socialiste:

«Je ne me prononcerai pas tant sur la venue ou non d’Eric Zemmour à Genève que sur sa campagne en général. Je la trouve dangereuse. C’est un type de campagne où le dérapage est fréquent et où se mêlent des appels à la haine»
Delphine Klopfenstein, présidente des Verts genevois

UDC: «Attachement au débat démocratique»

La tonalité est tout autre à droite au sein de l’UDC genevoise. Son secrétaire général, Yvan Perrin, tient à réaffirmer l’«attachement fondamental» de son parti au «débat démocratique». Il pourfend la gauche, qui, affirme-t-il, «choisit ce qui peut être dit et ce qui ne peut pas l’être».

«Cette opposition de principe à l’expression d’idées contraires à sa doxa est révélatrice de la façon dont la gauche conçoit le débat public.»
Yvan Perrin, secrétaire général de l'UDC genevoise

«Cela dit, nuance l'ex-conseiller d'Etat neuchâtelois aujourd'hui installé en terres genevoises, il convient, lorsqu’on s’exprime publiquement, de ne pas tomber sous le coup de la loi punissant le racisme et l’homophobie. C’est la limite.» Il n'empêche, Yvan Perrin s’oppose à «toute censure préalable envers Eric Zemmour», dont il dit apprécier «un certain nombre des déclarations», ne les partageant donc pas toutes.

MCG: «Aucune affinité avec Eric Zemmour»

Réputé populiste, le Mouvement des citoyens genevois (MCG) ne se veut «ni de droite, ni de gauche», selon une déclaration reproduite en 2018 par la Tribune de Genève. Joint par watson à propos de Zemmour attendu à Genève, son secrétaire Thomas Zogg y va d'abord d’un commentaire succinct. «C’est sans importance.» Avant de développer: «Au MCG, nous n’avons aucune affinité avec Eric Zemmour. Nous ne nous situons pas dans le même cadre de pensée».

Si, comme Yvan Perrin, Thomas Zogg estime qu’il ne faut pas exercer de «censure a priori» contre Eric Zemmour, il tempère ce principe d’un bémol. «Par les temps qui courent, il convient plus que jamais d’éviter les propos racistes et haineux.»

PLR: «Je le situerais plutôt avec les protestataires»

Bertrand Reich, président du Parti libéral radical genevois (PLR), n’ira pas voir Eric Zemmour débattre avec Marc Bonnant. Les 24 et 25 novembre ses soirées sont déjà réservées: un conseil de fondation, suivi le lendemain de l’assemblée de son parti. «J’irais surtout pour Marc Bonnant, non pas pour ce qu’il dit, mais pour la beauté de la langue», confie-t-il.

D’Eric Zemmour, le président du PLR genevois pense également que «sa parole ne doit pas être censurée au préalable». «Je le situerais plutôt dans le camp des protestataires qui dénoncent ce qui ne va pas», dit-il au sujet de l'ancien éditorialiste, qu’il hésite à qualifier d’extrême droite:

«Sur les constats, je trouve qu’Eric Zemmour appartient à la droite républicaine. Mais sur d'autres plans, il lui arrive de déraper gravement. Je pense à ses propos abominables sur Pétain et les Juifs et au fait de stigmatiser une population en raison de son appartenance religieuse»
Bertrand Reich, président du PLR genevois

A deux semaines de l'arrivée prévue d'Eric Zemmour à Genève, des signes de tension apparaissent. Les tags hostiles devraient se multiplier. Celui-ci était visible mardi 9 novembre dans le quartier de Plainpalais:

image: watson

En 2016, des groupes antifas avaient empêché une prise de parole à Genève de l'idéologue d'extrême droite Alain Soral, plusieurs fois condamné pour antisémitisme. La notion de «deux poids, deux mesures» imprègne les discours des plus fermes opposants à la venue d'Eric Zemmour, condamné de son côté pour incitation à la haine raciale. Comme si ceux-ci n'avaient pas l'intention de lui accorder le moindre traitement de faveur.

(Contacté, Le Centre-PDC n'avait pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication du présent article.)

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