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Comment Poutine a saboté les ambitions européennes de Huawei

Comment Poutine a saboté les ambitions européennes de Huawei

Le groupe technologique chinois visait haut en Europe. Mais la politique zéro-Covid du régime de Pékin ainsi que l'agression russe contre l'Ukraine ont changé beaucoup de choses.
05.12.2022, 18:45
Daniel Schurter

«Huawei abandonne l'Europe». C'est par cette phrase que débute un article publié par Politico. La raison de ce renoncement n'a pas grand-chose à voir avec le potentiel économique de l'entreprise, il s'explique, en revanche, davantage par des causes politiques, peut-on y lire:

«Mis sous pression par les Etats-Unis et de plus en plus boudé par un continent qu'il considérait, autrefois, comme son marché d'outre-mer le plus stratégique, Huawei se tourne à nouveau vers le marché chinois et concentre ce qui lui reste d'attention européenne sur les quelques pays – l'Allemagne et l'Espagne, mais aussi la Hongrie – qui sont encore prêts à accueillir une entreprise largement considérée en Occident comme un risque pour la sécurité».

watson résume les principaux enjeux de ce dossier.

Que s'est-il passé?

La situation déplorable de Huawei a été résumée, en juillet dernier, par le fondateur de l'entreprise, Ren Zhengfei, dans un discours prononcé devant des cadres au siège de l'entreprise à Shenzhen, rapporte Politico. Le site met en lumière la santé de plus en plus dégradée de la firme.

Entre-temps, dans la nuit de vendredi à samedi, l'interdiction de l'importation et de la vente de smartphones Huawei ainsi que d'autres matériels chinois aux Etats-Unis a été rendue public. Ces appareils représentaient un risque inacceptable pour la sécurité nationale.

Politico avance trois raisons pour expliquer la crise de Huawei:

  1. L'hostilité de Washington.
  2. Les perturbations liées à la pandémie de Covid.
  3. L'invasion russe en Ukraine.

L'année dernière, le groupe technologique chinois aurait remercié ses lobbyistes occidentaux, réduit ses activités en Europe et mis en veilleuse son objectif de devenir un leader mondial, selon Politico.

«Autrefois, nous avions pour idéal une mondialisation qui aspirait à servir toute l'humanité. Quel est notre idéal aujourd'hui? La survie!»
Ren Zhengfei, fondateur de Huaweisource: politico.eu

La raison présumée de ce changement d'idéal? 👇

«Le retour après trois ans passés au Canada de Meng Wanzhou – directrice financière de Huawei et fille de Ren. Elle risquait alors d'être extradée vers les Etats-Unis pour l'orchestration de fraude bancaire, et la fraude sur les transferts de fonds».

L'élément déclencheur aurait été l'affaire d'espionnage économique présumé concernant la fille du fondateur de Huawei, âgée de 50 ans. En tant qu'héritière présumée de la direction de l'entreprise, Meng avait, comme l'explique Politico, joué un rôle clé dans la bataille juridique et de relations publiques entre Huawei et Washington.

Mais un virus passé par là aurait également eu une influence importante. Politico rappelle qu'avant la pandémie, Huawei recevait régulièrement des politiques, des journalistes et des dirigeants économiques européens à son siège de Shenzhen. La politique zéro-covid de la Chine a rendu cela impossible.

Finalement, pour beaucoup en Europe, le rapport coûts/bénéfices concernant Huawei a changé du jour au lendemain, lorsque les troupes de Poutine ont envahi l'Ukraine.

«Une question s'est alors posée: qu'est-ce qui est pire? Etre dépendant du gaz russe ou de l'infrastructure de télécommunication chinoise?»
John Strand, Analyst

Comment continuer?

Le retrait stratégique de Huawei est notable, analysent les journalistes de Politico. Pendant des années, l'entreprise a déboursé des millions d'euros pour payer des lobbyistes actifs en Europe.

L'entreprise serait connue pour ses cadeaux généreux, dont des téléphones à la pelle, et ses fêtes somptueuses dans des lieux glamour, avec des buffets extravagants et des spectacles de danse. Mais cela semble être terminé.

Désormais, le groupe réunit ses activités européennes en une seule division (au lieu de deux) dont le siège est à Düsseldorf. Elle met par ailleurs ses activités de lobbying à Berlin, Paris, Bruxelles et Londres «sous contrôle».

Toujours selon Politico, ces plans n'avaient pas encore été annoncés. D'après un porte-parole européen, la restructuration aidera Huawei à augmenter les synergies de l'ensemble de ses activités européennes. Les effectifs de l'entreprise, qui atteignent actuellement environ 12 000 employés, resteront dans l'ensemble «stables».

Avant la pandémie de Coronavirus, Huawei était régulièrement invité à d'importants salons de la technologie et de la téléphonie mobile.
Avant la pandémie de Coronavirus, Huawei était régulièrement invité à d'importants salons de la technologie et de la téléphonie mobile.Image: keystone

Début 2021, les lobbyistes de Huawei à Bruxelles étaient encore optimistes «à propos de la soif de l'Europe pour une installation 5G bon marché et rapide qui l'emporterait sur les préoccupations en matière de sécurité», constate Politico.

Aujourd'hui, les Chinois seraient relégués à la troisième place en matière d'équipement 5G pour les opérateurs de réseaux mobiles européens, bien derrière Ericsson et Nokia. Et l'avenir à long terme s'annonce sombre, préviennent les journalistes.

Selon les analystes du secteur, l'entreprise détient toutefois encore une solide part de certains grands marchés nationaux, dont l'Allemagne et l'Espagne.

Et la Suisse?

A première vue, la dépendance du secteur suisse des télécommunications vis-à-vis de Huawei ne semble pas inquiétante, constatait la NZZ en septembre dernier. Swisscom utilise principalement la technologie Ericsson dans la téléphonie mobile et les produits Huawei ne sont présents que sporadiquement dans ce domaine, par exemple pour les antennes.

La situation est différente pour le réseau fixe, où le matériel Huawei «joue un rôle important», qui ne concerne cependant pas les principaux éléments du réseau. Pour la «colonne vertébrale» de cette infrastructure, Swisscom est passée de Huawei au fabricant finlandais Nokia.

En revanche, les concurrents de Swisscom, Salt et surtout Sunrise, misent sur les Chinois pour la téléphonie mobile 5G. Selon les experts, il est difficile de prévoir comment «un arrêt soudain de la livraison et de la maintenance des composants Huawei» se répercuterait sur les réseaux de communication.

Pour rappel, le Parti socialiste (PS) suisse veut créer une «Lex Huawei», soit «une base légale pour protéger le réseau critique de communication contre une influence d'autres Etats», expliquait-il en septembre.

Alors que le siège européen a réduit la voilure de son équipe de lobbyistes auprès de l'Union européenne (UE), on ne sait pas ce qu'il en sera en Suisse. watson a demandé à Huawei une réaction à l'article de Politico. La question de l'avenir de Huawei Suisse a aussi été soulevée. Voici la réponse du service de presse:

«Nous restons engagés envers nos millions de clients et continuerons à vendre des produits innovants Huawei en Europe, et donc en Suisse, sans changement».
Pressestelle Huawei Consumer Business Group Schweiz

Traduit de l'allemand par Valentine Zenker

Alors lui, c’est un pas un voleur très malin…

Video: watson
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