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Comment Huawei menace la domination d'Android

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En mai 2019, Donald Trump a mis Huawei sur liste noire. Avec cette interdiction, les Etats-Unis pourraient s'être tiré une énorme balle dans le pied. Voici pourquoi.

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Les Etats-Unis dominent le monde des smartphones. La dernière enquête, réalisée par le service d'analyse Statista, montre ce que nous savons depuis des années: environ 72% des smartphones dans le monde fonctionnent sur Android, le système d’exploitation de Google. iOS d'Apple suit avec un pourcentage de 27%, et loin derrière, KaiOS, originaire de Hong Kong. La part des autres systèmes d'exploitation est si faible qu'ils ne représentent que 0,5% du total.

Mais cette domination pourrait maintenant commencer à se fissurer et, ironiquement, c'est une décision américaine qui en est à l'origine: lorsque Donald Trump a inscrit Huawei sur sa liste noire en mai 2019, il a mis en marche ce qui pourrait maintenant s'avérer être la plus grande menace à ce jour pour Android. En juin, Huawei lancera son propre système d'exploitation HarmonyOS, s'imposant comme la troisième force derrière Android et iOS.

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Huawei est prêt à faire des sacrifices

À première vue, cela ne semble pas vraiment être une menace pour Android. Par le passé, Microsoft et Samsung, entre autres, ont connu un échec retentissant avec leurs propres systèmes d'exploitation. Cependant, le point de départ sous lequel Huawei lance son HarmonyOS est complètement différent.

La différence la plus évidente est que HarmonyOS doit devenir un succès pour Huawei. L'entreprise phare chinoise est privée de tout logiciel Google depuis l'interdiction des Etats-Unis. Elle tente dès lors de se débrouiller avec des solutions provisoires. Bien qu'il soit désormais possible de vivre avec un téléphone Huawei, sans la base logicielle de Google, il faut tout de même faire quelques compromis. Huawei a donc besoin d'un système d'exploitation qui fonctionne comme s'il provenait d'une source unique.

Pour remplir son trésor de guerre, la société a même récemment vendu sa marque filiale Honor et a accordé des milliers de brevets à d’autres fabricants. Huawei s'est déjà complètement restructuré. Aujourd’hui, le groupe n'est plus un fabricant de smartphones, mais il propose une large gamme de services. Il se concentre principalement sur l'activité du Cloud business et des voitures électriques. En deux ans seulement, il est devenu le deuxième fournisseur de Cloud en Chine et a lancé sa propre solution logicielle pour les voitures électriques. Ce système s'appelle HiCar et fait partie de l'écosystème HarmonyOS qui, si Huawei parvient à ses fins, fonctionnera à l'avenir sur tous les appareils intelligents.

Des produits individuels tels qu’une télévision fonctionnant sous HarmonyOS sont déjà disponibles. Lorsque le lancement à grande échelle du système d'exploitation open-source commencera en juin 2021, 300 millions d'appareils fonctionneront sous HarmonyOS d'ici la fin de l'année, selon Huawei. 100 millions d'entre eux ne seront pas des appareils Huawei, mais ceux de partenaires logiciels. Huawei se concentre principalement sur la maison connectée (Smart Home) et l'Internet des objets (Internet of Things). Grâce à des partenariats avec quelque 600 marques pour des applications locales, la société compterait déjà environ 50 millions d'utilisateurs dans le monde.

En Chine du moins, HarmonyOS semble rencontrer un grand intérêt auprès des entreprises. À ce jour, 20 groupes automobiles ont accepté d'utiliser HarmonyOS pour leurs nouveaux modèles. Parmi eux figurent Volvo et BYD, l'un des plus grands constructeurs automobiles chinois. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour Google, qui se lance également dans les cabines de véhicules et les maisons connectées de ce monde avec Android.

Les fabricants chinois dominent Android

Cependant, le domaine le plus important pour Google reste le marché des smartphones, avec tous ses dérivés comme les montres connectées et les bracelets de fitness. Android semble être une forteresse imprenable qui a déjà survécu à de nombreux assauts.

Mais si l'on regarde comment le marché Android est actuellement divisé, on remarque rapidement un gros point faible dans cette forteresse. En 2013, il n'y a même pas dix ans, les principaux acteurs du monde Android étaient encore les suivants:

Et aujourd'hui? Si l'on regarde le top 5 des fabricants Android, on s'aperçoit que son monde est divisé en deux pays:

Les autres fabricants, qui ne viennent pas de Chine, ont abandonné entretemps ou alors sont tombés dans l’oubli.

Même après l'effondrement des ventes de Huawei, ces quatre marques chinoises ont représenté 39% des téléphones vendus dans le monde de janvier à mars 2021. Ils ont tous grandi à un rythme que Samsung ne peut pas suivre. Au niveau mondial, cela signifie qu'un téléphone Android vendu sur deux provient de l'une de ces quatre marques chinoises. Et même les 18% de parts de marché, que se partagent les petits fabricants, sont en grande partie constitués de marques chinoises comme OnePlus ou Poco.

D'autres fabricants de smartphones pourraient également opter pour HarmonyOS

Imaginez que Xiaomi, Oppo et Vivo décident de passer à HarmonyOS de Huawei. D'un seul coup, Android ne serait plus que le deuxième système d'exploitation le plus populaire, juste devant l'iOS d'Apple avec 15% de parts de marché. Il est peu probable que cela se produise, du moins en dehors de la Chine. Cependant, la situation est différente dans le pays d'origine de Huawei et actuellement, des indications nous disent que de telles considérations ont lieu en coulisse.

Ce qui est décisif, c'est que les services de Google n’ont aucune importance en Chine. Les applications Google y sont bloquées, y compris le Play Store. Pour Huawei, la suppression des services Google en Chine n'a eu aucun impact, car le monde des smartphones y est dominé par trois grands magasins d'applications:

Comme par hasard, l'AppGallery de Huawei est la première source d'applications parmi les Chinois, avec une part de marché de près de 38%. Rien ne changerait donc de manière significative pour les utilisateurs si les fabricants de smartphones passaient soudainement d'Android à HarmonyOS. Plusieurs applications populaires en Chine ont déjà intégré les services mobiles Huawei (HMS) nécessaires dans leurs applications. La semaine dernière, JD.com, l'Amazon de la Chine en quelque sorte, a annoncé qu'il avait intégré HMS et était prêt pour HarmonyOS.

Certes, Huawei a également perdu des parts de marché en Chine récemment, car elle ne peut presque plus construire de téléphones, en raison de l’interdiction des Etats-Unis. Toutefois, la société détient toujours 16% des parts de marché des ventes de téléphones mobiles, juste devant Apple (13%). Avant 2021, Huawei était en tête des ventes en Chine depuis des années, avec parfois bien plus de 30% de parts de marché. Après le passage à HarmonyOS, le système d'exploitation est immédiatement numéro deux devant iOS, grâce à la puissance du marché de Huawei, et dispose également de l'app store à la portée la plus large.

Voilà ce à quoi ressemble HarmonyOS:

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Vidéo: YouTube/Gadget View

Pour les vendeurs de smartphones chinois (et l'État chinois), il s'agit d'un point de départ attrayant: ils disposent enfin de leur propre système d'exploitation qui peut suivre le rythme d'Android et qui réduit leur dépendance envers les États-Unis. Au plus tard après l'interdiction de Huawei, l'industrie chinoise des smartphones a dû remarquer l'importance de cette indépendance. Xiaomi a également déjà reçu un avertissement de la part des États-Unis: pas plus tard qu'en janvier, Trump a fait placer l'entreprise sur une autre liste noire, peu avant de quitter ses fonctions. Les investisseurs américains se sont vus interdits d'acheter des actions de Xiaomi. En mai, le gouvernement américain est revenu sur cette décision.

Il n'est donc pas surprenant qu'une vidéo ait récemment fait surface sur YouTube, censée montrer un téléphone Xiaomi avec HarmonyOS. On peut voir l'écran de démarrage, avec écrit «Powered by HarmonyOS» et une animation du logo qui suit. Si l'authenticité du contenu n'a pas pu être vérifiée jusqu'à présent, des rumeurs circulent depuis quelques semaines, selon lesquelles d'autres fabricants de téléphones chinois seraient en pourparlers avec Huawei au sujet d'HarmonyOS.

La vidéo en question:

abspielen

Vidéo: YouTube/Huawei & Xiaomi Mobile

Le premier rapport à ce sujet a été fait par un leaker, connu sur l'équivalent chinois de Twitter, Weibo. Comme il a toujours eu raison lors de grosses fuites dans le passé, il est considéré comme fiable. Selon le rapport, plusieurs fabricants de renom sont en pourparlers avec Huawei. Xiaomi est la marque la plus connue qui est mentionnée dans ce contexte. Les autres marques, ayant fait l'objet de fuites, sont les fabricants plutôt petits Meizu et ZTE.

Bien sûr, toutes les entreprises nient les rumeurs, et Xiaomi n'a pas fait le moindre commentaire jusqu'à présent. Huawei, quant à lui, rejette les leaks comme étant fausses, mais souligne quand même que HarmonyOS est ouvert à d'autres fabricants. En conséquence, la société adapte actuellement HarmonyOS aux puces de Qualcomm et MediaTek. La majorité des smartphones chinois fonctionnent avec des puces de ces deux marques.

HarmonyOS pourrait briser la domination américaine

Tout cela n'est que spéculation à ce stade. Mais un coup d'œil aux chiffres montre que Google observe probablement cette évolution avec inquiétude. Huawei a vendu des centaines de millions de téléphones ces dernières années. Au milieu de l'année 2020, Huawei avait même brièvement conquis le trône des smartphones, malgré l'interdiction des Etats-Unis. Actuellement, environ 500 millions de smartphones Huawei seraient utilisés dans le monde, dont plus de la moitié sont des appareils de milieu ou de haut de gamme.

Huawei comptait 530 millions d'utilisateurs actifs quotidiens dans son AppGallery à l'échelle mondiale en mars 2021, d’après une déclaration de l'entreprise. Huawei dispose donc déjà d'une énorme base d'utilisateurs lorsqu'il déploie son propre système d'exploitation. Si cela fait immédiatement de HarmonyOS la troisième force derrière iOS, ce n'est probablement pas suffisant pour réussir. Huawei le sait aussi. Yang Haisong, vice-présidente du Consumer business de Huawei, a déclaré lors d'un événement HarmonyOS organisé le 18 mai :

«Le développement du système d’exploitation n'est qu'une goutte d'eau dans la mer et le taux d'achèvement n'est que de 1%. Les 99% restants dépendent des partenaires industriels et de leur volonté d'adopter le système d'exploitation»

La situation sera différente si les rumeurs, selon lesquelles d'autres fabricants chinois de smartphones passeront à HarmonyOS, s'avèrent être vraies. Si Xiaomi, Oppo et Vivo décident de le faire, ils le feront d'abord exclusivement en Chine. En dehors de leur pays d'origine, ils continueront à vendre leurs appareils avec Android et les services de Google. Étant donné que Google est de toute façon interdit en Chine et que le système Android sans logiciel Google est sans licence, cela ne semble pas être une grosse perte financière pour Google pour l’instant.

Mais l'effet symbolique que cela aurait est considérable: Huawei, Xiaomi, Oppo et Vivo représentent 78% du marché chinois. Plus de 1,6 milliard de contrats mobiles ont été signés en Chine en 2020. Cela mettrait potentiellement HarmonyOS sur plus d'un milliard de dispositifs. Pour la première fois, un système d'exploitation non américain serait à égalité avec Android et iOS en termes de nombre d'utilisateurs.

Article traduit et adapté de l'allemand par Anne Castella.

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