BFMTV se déchire autour d'une journaliste: que se passe-t-il?
Les jours de Sonia Mabrouk à BFMTV sont-ils comptés? La journaliste star fait face à une fronde au sein de la chaîne info française. Celle qui anime 100% Mabrouk en début de soirée, au pic de l’audience, est accusée par des syndicats internes de faire la part belle à l’extrême droite et de ne pas assez réagir en plateau à des propos jugés racistes ou xénophobes. Ce qu'elle réfute en bloc.
L’attentat qui a coûté la vie à un homme et blessé cinq autres personnes, dont une enfant de 12 ans, le 23 octobre à Trappes, dans les Yvelines, a comme opéré une bascule en amplifiant l’opposition à la présentatrice franco-tunisienne, née à Tunis en 1975. Comme si cette dernière incarnait le procès en dérive droitière intenté par une partie de la gauche à BFMTV.
Jeudi 5 novembre, rapporte Le Figaro, le rendez-vous quotidien de Sonia Mabrouk a failli ne pas avoir lieu. Des rumeurs faisaient état de l’intention de la journaliste de ne pas présenter son émission, voire d’annoncer en direct son retrait de l’antenne pour protester contre les pressions dont elle fait l’objet. Elle aurait posé un ultimatum à la direction de la chaîne:
«Lui», c’est Igor Sahieri, un reporter «respecté» de BFMTV. Invité lundi 2 de l’émission Quotidien de Yann Barthès sur TMC, il déclare: «Sonia Mabrouk cristallise la haine au sein de BFMTV.» Il précise sa pensée: «Pas au sein de BFMTV, à l’extérieur. Mais au sein de BFMTV, on ressent cette haine, en direct sur le terrain». Il ajoute:
«C’est avec le passage d’Igor Sahieri sur Quotidien que les choses ont vrillé», rapporte Le Figaro, citant «en off» un journaliste de la chaîne. D’où l’ultimatum qu’aurait posé la journaliste, qui juge déloyaux les propos tenus par son collègue à son endroit.
Joint ce vendredi matin par watson, le directeur général de BFMTV, Fabien Namias, l’assure:
Il ajoute:
Lors de son passage sur Quotidien, Igor Sahieri faisait part de la «haine» ressentie par les équipes de la chaîne sur le terrain. Elles se sont rendu compte de cette hostilité parfois assortie de menaces lors de la manifestation nationale du 24 octobre contre la vie chère, une semaine après celle du 17 qui avait tourné à l’émeute et à la casse sur l’ensemble du territoire.
Le 23 au soir, quelques heures après l’attentat raciste et antimusulman de Trappes, le maire de cette ville, Ali Rabeh, invité de BFMTV, mettait en cause la chaîne info, qu’il accusait d’avoir laissé diffuser la parole raciste. Il en profitait pour appeler à «rendre illégale» la théorie du grand remplacement qui «fait du mal à notre société».
Le lendemain, la direction de BFMTV déprogrammait la venue prévue ce jour-là à l’antenne d’Eric Zemmour, connu pour ses propos radicaux sur l’islam et l’immigration.
C’est dans ce contexte exacerbé, avec l’éléphant dans la pièce qu’est l’élection présidentielle qui arrive et dont la victoire est promise par les sondages à l’extrême droite de Marine Le Pen, que la fronde anti-Mabrouk a pris de l’ampleur dans la chaîne qui l’emploie.
Les mots accusateurs de Mathieu Kassovitz
La «rue» subordonnera-t-elle la tranquillité des reporters de BFMTV au départ de Sonia Mabrouk? Interrogé par watson sur la sécurité de ses journalistes, Fabien Namias affirme qu’«elle est et sera garantie».
Une scène témoigne d’une forme de joie mauvaise dirigée contre BFMTV. Elle a eu lieu jeudi matin dans Les Grandes Gueules, diffusées sur RMC, qui appartient au même groupe que BFMTV. Invité de l’émission, l’acteur et réalisateur Mathieu Kassovitz, questionné sur les raisons du «très mauvais accueil» des équipes de BFMTV sur le terrain, a répondu, souriant:
Mathieu Kassovitz se tourne alors vers l’avocat Charles Consigny, chroniqueur aux Grandes Gueules et le soir sur BFMTV, présent sur le plateau: «Monsieur en est l’un des auteurs.»
Sur ces mots, Charles Consigny quitte le plateau, après avoir signifié au comédien le caractère diffamatoire de ses paroles.
Comme le rappelle Le Figaro, la fronde anti-Mabrouk a commencé dès l’entrée en fonction de la journaliste sur BFMTV, une partie des salariés de l’antenne n’admettant pas l’embauche de ce transfuge de CNews. Le 26 août, la nouvelle recrue était ciblée dans un communiqué commun de la CGT et du SNJ, deux syndicats, le premier étant clairement marqué à gauche:
Les défenseurs de la journaliste font valoir les plateaux équilibrés de 100% Mabrouk, où toutes les tendances sociétales et politiques seraient représentées.
«Censure»
Nommé porte-parole de la campagne de Marine Le Pen, le député UDR (Union des droites pour la République) Charles Alloncle, l'ex-rapporteur de la commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public, a réagi d'un tweet à la polémique Mabrouk:
Sonia Mabrouk avait quitté la «chaîne Bolloré» CNews à la suite d’un différend sur le maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini, finalement écarté pour corruption de mineurs.
