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Les incendies, l'autre guerre dévastatrice qui décime l'Ukraine

Les incendies, l'autre fléau qui ravage l'Ukraine à cause de la guerre

Les incendies, l'autre guerre dévastatrice qui décime l'Ukraine
L'ONU a signalé une «augmentation significative des incendies» en Ukraine.Image: sda
Le nombre de feux de forêt a explosé depuis le début de la guerre en Ukraine. A la fois conséquence indirecte des combats et tactique délibérée, les incendies ont des effets tragiques sur la biodiversité et la population, analyse un expert de l'ONU.
08.08.2022, 06:1308.08.2022, 08:42
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Le conflit en Ukraine nous a rappelé qu'une guerre ne se limite pas aux combats sur le champ de bataille, mais entraîne une longue liste de tragédies. L'une d'entre elles est sans doute la destruction de l'environnement.

Le risque de pollution et contamination des sols, de l'air et de l'eau est bien connu, l'Ukraine étant un pays fortement industrialisé. De multiples incidents impliquant des usines chimiques, pétrolières ou métallurgiques ont déjà eu lieu, indiquait début juillet l'Organisation des nations unies (ONU) dans un rapport qui mettait en garde contre «l'héritage toxique» laissé par le conflit.

Autre conséquence néfaste signalée par les Nations unies: une «augmentation significative des incendies» dans plusieurs zones naturelles. Les données récoltées par le Système européen d'information sur les feux de forêt (Effis) le montrent clairement.

783 feux de forêt fin mars

Depuis le mois de janvier 2022, plus de 380 000 hectares de végétation sont déjà partis en fumée dans le pays, rapporte l'Effis. C'est plus que la surface du canton de Vaud et, surtout, près de 27 fois plus que la moyenne mesurée au cours des 15 dernières années.

Signe évident de l'influence de la guerre, la courbe commence à monter vers début mars, soit quelques jours après le début de l'invasion russe. Le nombre d'incendies hebdomadaires a également explosé à partir de la même période. Le 26 mars, l'Effis signalait un pic de 783 feux de forêt.

«Nous constatons un impact environnemental négatif important lié au conflit en Ukraine», confirme à watson Stefan Smith, chef du service des catastrophes et des conflits au sein du Programme des nations unies pour l'environnement (Unep).

«Mais ce que nous voyons pour l'instant, ce sont les données brutes», nuance-t-il. «Il est donc prématuré de dire "ceci est causé par cela". Pour ce faire, il va falloir mener des évaluations sur le terrain.»

Reste que l'augmentation des feux est réelle. Nickolai Denisov, directeur adjoint de Zoï environment network, organisation à but non lucratif basée à Genève, fait le même constat en se basant sur une analyse préliminaire du Centre régional de surveillance des incendies d'Europe de l'Est (ECFF):

«La proportion de forêts brûlées cette année a été environ 10 fois plus importante dans la zone de combat actif par rapport aux autres parties de l'Ukraine, et environ 15 fois plus importante pour les forêts de conifères»
epa09788148 A big fire at a petroleum storage depot after a Russian missile attack, in Vasylkiv, near Kiev, Ukraine, 27 February 2022. Russian troops launched a major military operation on Ukraine on  ...
Un incendie provoqué par une attaque de missiles russes, à Vasylkiv, près de Kiev, en Ukraine, le 27 février 2022.Image: sda

«Bien que les données du Effis prennent en compte tous les incendies depuis le début de l'année, à l'intérieur comme à l'extérieur des zones de combat, nos chiffres corroborent généralement son analyse», poursuit Denisov.

Politique de la terre brûlée

L'augmentation des incendies n'a rien d'un hasard. «La destruction de l'environnement est un phénomène qui se produit dans presque tous les conflits, qu'il s'agisse d'une tactique délibérée ou d'une conséquence naturelle des combats eux-mêmes», explique Stefan Smith. «D'une manière ou d'une autre, cela arrive.»

Lorsque la destruction suit un plan délibéré, on parle de la politique de la terre brûlée, qui consiste à détruire l'environnement afin de priver l'ennemi de sources d'eau, de logements, d'abris, de nourriture ou de bois de chauffage. Les zones boisées peuvent être particulièrement touchées par ces attaques.

L'usage massif de l'agent orange pendant la guerre du Vietnam en est l'un des exemples les plus célèbres. L'armée américaine a déversé des millions de litres de cet herbicide pour anéantir la forêt où se réfugiaient les ennemis et détruire les récoltes.

Un avion américain largue de l'agent orange sur une forêt vietnamienne, 1969.
Un avion américain largue de l'agent orange sur une forêt vietnamienne, 1969. Image: Wikimedia Commons

Sans s'exprimer directement au sujet des incendies, Stefan Smith ajoute: «Nous constatons qu'en Ukraine, les zones boisées sont utilisées pour cacher les positions d'artillerie et les chars».

«Ces zones peuvent être touchées par l'ennemi et sont devenues un champ de bataille»
Stefan Smith, chef du service des catastrophes et des conflits de l'ONU
epa10096206 Ukrainian servicemen operate with US-made 155mm M777 towed howitzer at their positions in the Kharkiv area, Ukraine, 28 July 2022. Russian troops on 24 February entered Ukrainian territory ...
Des soldats ukrainiens en action dans la région de Kharkiv: la forêt devient une zone de combat.Image: sda

35% de la faune et de la flore du continent

Déterminer l'exacte étendue des dégâts va être la tâche de l'Unep: «Notre mission consiste à établir quels sont les dommages causés, comment les contenir et, enfin, comprendre comment y remédier», résume Stefan Smith.

En attendant, une chose est déjà sûre: les conséquences de ces incendies vont être tragiques. Et la nature en est la première victime. Dans son rapport, l'ONU indiquait que les feux ont ravagé des réserves naturelles et des zones protégées.

Il faut savoir que l'Ukraine est très riche en biodiversité. Le pays concentre à lui seul 35% de la faune et de la flore du continent et compte 39 parcs nationaux et 50 zones humides d'importance internationale, selon L'express.

150 espèces menacées sont présentes en Ukraine, dont le vanneau sociable.
150 espèces menacées sont présentes en Ukraine, dont le vanneau sociable.Image: Shutterstock

Des défis interconnectés

Les problèmes ne s'arrêtent pas là. «L'écosystème n'est pas quelque chose d'abstrait qui ne concerne que la nature, il est étroitement lié à la santé et à la qualité de vie des gens», analyse Stefan Smith.

Et d'ajouter: «Des communautés et des régions entières sont construites autour de certains moyens de subsistance, comme le bois ou la production agricole, qui risquent de disparaître». La déforestation pose également des problèmes très pratiques. «Lorsque l'électricité ou les sources d'énergie sont coupées en hiver, certaines personnes pourraient être obligées de sortir et de couper des arbres pour cuisiner ou chauffer leur maison», poursuit-il.

«Il s'agit de toute une série de défis interconnectés»

Dans son rapport de juillet, l'ONU appelait à «mettre fin à cette destruction insensée». Mais, même maintenant, les défis posés par la reconstruction vont être énormes, estime Stefan Smith.

«Le pays ne doit pas "seulement" reconstruire les villes, les routes et les ponts; les zones naturelles et vertes doivent également être restaurées», complète-t-il.

«Fondamentalement, c'est une question de droits de l'homme»
Stefan Smith, chef du service des catastrophes et des conflits de l'ONU
Attaque contre le grenier à blé: «Les Russes brûlent notre pain».
Video: watson
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