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Des séparatistes de la République populaire de Donetsk portent le corps d'un camarade.
Des séparatistes de la République populaire de Donetsk portent le corps d'un camarade.Image: itar-tass/imago-images-bilder

Les séparatistes enlèvent des Ukrainiens pour les forcer à combattre

Dans le Donbass, des séparatistes pro-russes kidnapperaient des Ukrainiens et les forceraient à se battre. Les femmes de ces hommes enrôlés de force rapportent des informations effrayantes.
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10.05.2022, 16:39
liesa wölm / t-online

Dans les «républiques populaires» du Donbass, dans l'est de l'Ukraine, des hommes sont apparemment contraints à se battre contre leur propre pays. Fin avril, le ministère ukrainien de la Défense se plaignait déjà du fait que le maître du Kremlin, Vladimir Poutine, prévoyait une mobilisation forcée dans les régions occupées des oblasts de Zaporijjia et de Kherson. «En fait, il s'agit d'une tentative de destruction de l'Ukraine par les mains des Ukrainiens eux-mêmes», pouvait-on lire dans un tweet.

Désormais, de plus en plus d'informations sur des recrutements forcés par des séparatistes pro-russes dans les territoires sécessionnistes sont rendues publiques. Dans un entretien avec le magazine d'information Der Spiegel, une femme originaire de Louhansk raconte qu'elle s'inquiète pour son frère qui vit encore dans la république populaire autoproclamée. Elle-même a fui en Allemagne, il y a quelques semaines, et essaie de téléphoner à son frère aussi souvent que possible:

«Je lui demande s'il n'a pas peur que les voisins le dénoncent»

L'homme de 35 ans se cache cependant. D'autres membres de la famille ont disparu et ont envoyé plus tard des messages du front. L'un d'eux aurait écrit qu'il était en vie, mais était obligé de se battre. Un autre ramasse probablement des cadavres, explique la femme au magazine allemand.

Un soldat ukrainien en surveillance.
Un soldat ukrainien en surveillance. Image: sda

Emmené par des hommes en uniforme

Sur un canal télégraphique appelé «Batman DNR» – DNR signifiant République populaire de Donetsk – on trouve une vidéo d'un prétendu enrôlement forcé à Louhansk. Un individu tente même de s'enfuir, mais il est encerclé par des soldats, un homme en uniforme lève son fusil d'assaut, un autre frappe le fuyard au ventre et le force à s'agenouiller – celui-ci crie et jure pendant qu'on l'emmène. «C'est tout ce qu'il faut savoir sur la mobilisation "volontaire" dans les républiques», écrit l'administrateur, qui souhaite garder l'anonymat par crainte de sanctions.

Selon le Spiegel, des habitants des républiques populaires font état de telles arrestations dans la rue ou de la formation médiocre, voire inexistante des hommes recrutés. Sur le canal Telegram «Batman DNR», l'administrateur a publié une lettre d'épouses et de mères d'hommes recrutés de force adressée au gouvernement. Elles y critiquent la «déportation légale», les représentants de la DNR enlevant les Ukrainiens sur le chemin du travail, de l'université ou du supermarché.

Ils reprochent en outre aux séparatistes de recruter également des hommes qui ont été exemptés du service militaire en raison de graves problèmes de santé. Selon la lettre, les premiers cas auraient déjà été signalés deux jours avant l'invasion russe de l'Ukraine. Il n'est, toutefois, pas possible de vérifier ces informations de manière indépendante.

Les hommes âgés de 18 à 55 ans sont recrutés de force

Mais le journal russe Novaïa Gazeta a lui aussi déjà fait état à plusieurs reprises de mobilisations forcées. Une jeune fille de Donetsk a raconté au média comment tous ses camarades d'université, parents et connaissances s'étaient volatilisés. Aucun d'entre eux n'avait auparavant servi dans l'armée.

Il y a des points de contrôle où les véhicules sont inspectés. Lorsqu'on y débusque un homme entre 18 et 55 ans, il est mis dans une camionnette et emmené vers des points de mobilisation, détaille la témoin. Il n'y a pas d'issue.

Elle déclarait à la Novaïa Gazeta à la mi-mars:

«De nombreux hommes sont simplement assis chez eux, au rez-de-chaussée, depuis trois semaines, marchent de manière à ne pas être vus par les fenêtres et essaient de ne pas allumer la lumière le soir.»

Selon un autre article du journal, les hommes sont arrêtés dès qu'ils entrent dans un magasin. Si l'on ne peut pas présenter de documents, on est conduit à la police pour établir son identité. Si une pièce d'identité est disponible, la personne est emmenée directement au point de mobilisation. Il n'y a aucune information sur le lieu où se trouvent les personnes concernées, car la plupart d'entre elles se voient confisquer fissa leur téléphone portable.

Les séparatistes utilisés comme «appât»

Une fois que les hommes sont arrivés aux points de rassemblement, l'entraînement à la guerre ne dure même pas 30 minutes, peut-on lire dans la lettre des femmes sur le canal Telegram. La nourriture serait également mauvaise. Les troupes des séparatistes seraient en partie utilisées comme «appât» pour repérer les positions de l'armée ukrainienne. Les femmes craignent que des milliers d'hommes aient déjà été tués.

En 2014, des séparatistes soutenus par la Russie ont occupé les parties orientales des districts ukrainiens de Louhansk et de Donetsk et y ont proclamé des «républiques populaires» indépendantes. Peu avant le début de la guerre russe contre l'Ukraine le 24 février, le chef du Kremlin, Poutine, a reconnu ces territoires comme indépendants. Depuis la mi-avril, les attaques de l'armée russe se concentrent sur l'est du pays et l'extension des territoires des républiques populaires. Selon le ministère russe de la Défense, les forces armées «exécuteraient systématiquement leur plan de libération des républiques populaires de Donetsk et de Louhansk».

(Adapté de l'allemand par svp)

Les réfugiés ukrainiens

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Les réfugiés ukrainiens
source: sda / amel pain
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Démonstration de gonflette. En déballant ses biscoteaux judiciaires, l'Ukraine a voulu à tout prix prévenir les troupes russes: les crimes sont jugés, les criminels condamnés. L'agression menée par Vladimir Poutine depuis deux mois a désormais un visage juvénile et un regard de chiot abîmé. Lundi, Vadim Chichimarine, 21 ans, a été reconnu coupable de crime de guerre et condamné à la prison à perpétuité. Il a tué, en février dernier, Oleksandre Chelipov, un civil ukrainien de 62 ans. Une balle de kalachnikov en pleine tête, depuis le siège passager d'une voiture volée.

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