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Elizabeth Holmes cause des problèmes aux chercheurs suisses

L'arnaqueuse de la Silicon Valley gâche la vie de ces chercheurs suisses

Depuis le Covid-19, les autotests sont devenus populaires. Une start-up de l'EPFZ est convaincue qu'avec sa technologie, les tests sanguins réguliers feront bientôt partie du quotidien. Mais l'ombre d'Elizabeth Holmes plane sur le secteur.
14.08.2023, 07:3914.08.2023, 18:19
Pascal Michel / ch media
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Un test capable de détecter rapidement et avec précision des centaines de maladies à partir d'une seule goutte de sang? C'est impossible. Et pourtant? Il y a dix ans, Alex Tanno entend parler pour la première fois de l'appareil miracle de la société américaine Theranos. Il en est resté stupéfait. Sa fondatrice, Elizabeth Holmes, prétend avoir développé un test médical révolutionnaire qui ne nécessite qu'une très petite quantité de sang pour analyser d'innombrables maladies. Qu'il s'agisse du cancer, du sida ou du taux de cholestérol, les résultats seraient disponibles en une demi-heure seulement.

Comment se fait-il que Tanno, alors âgé de 28 ans et chercheur dans le même domaine à l'EPFZ de Zurich, n'ait jamais entendu parler de cette technologie soi-disant révolutionnaire? Il se penche sans plus attendre sur le sujet. Avec son directeur de thèse, un professeur spécialisé dans les biocapteurs, il arrive à la conclusion suivante: cette promesse avec une seule goutte de sang est intenable, même d'après les dernières avancées technologiques.

Elizabeth Holmes continue de travailler, mais à l'ombre

La culture dévastatrice de la Silicon Valley

Sans surprise, Theranos n'a jamais présenté l'efficacité de ses appareils d'analyse portables dans une publication scientifique. Et en effet, Elizabeth Holmes, la «Darling de la Silicon Valley» tant vantée, a trompé le monde entier de manière radicale. Ses tests sanguins n'ont jamais fonctionné. L'entreprise, évaluée un temps à dix milliards de dollars, est dissoute en 2018. Holmes va en prison en mai 2023. C'est l'une des dérives les plus lourdes de conséquences de la culture américaine du «Fake it till you make it»: pour attirer les investisseurs, les start-ups font de la publicité avec des promesses farfelues – qu'elles espèrent tenir un jour grâce aux capitaux récoltés.

Alex Tanno.
Alex Tanno.Image: dr

Cette histoire rocambolesque a causé du tort aux concurrents (sérieux) effectuant des recherches scientifiques semblables à Theranos. La start-up de l'EPFZ Hemetron, qu'Alex Tanno a cofondée il y a un an et demi, le ressent également.

«Dès que l'on parle devant des investisseurs, il y a inévitablement une question sur Theranos»
Alex Tanno

Il peut le comprendre, dit-il, mais il est tout de même «injuste» que tout un domaine de recherche soit suspecté après la débâcle de la start-up américaine.

Depuis peu, Tanno est armé pour réfuter de telles objections. En effet, Hemetron a fait tester son innovation en clinique à l'Hôpital universitaire de Bâle. Les médecins ont obtenu avec les appareils de la société les mêmes valeurs qu'avec des tests de laboratoire établis. L'objectif était de détecter le plus tôt possible une infection du Covid-19.

SAN JOSE, CALIFORNIA - SEPTEMBER 01: Former Theranos CEO Elizabeth Holmes arrives at federal court on September 01, 2022 in San Jose, California. Holmes appeared in federal court related to an attempt ...
Elizabeth Holmes.Getty Images North America

Adapté aux malades chroniques

Les appareils de Hemetron sont abordables et ne sont pas plus grands qu'un téléphone portable, contrairement aux appareils de test traditionnels utilisés dans les laboratoires, qui lisent généralement les valeurs sanguines par voie optique, sont relativement encombrants et coûtent cher. Alex Tanno explique:

«Il devient ainsi possible pour les patients de se tester eux-mêmes régulièrement à domicile»

Les gens souffrant de maladies chroniques pourraient tout particulièrement en profiter. Il pense, par exemple, aux patients atteints de la maladie de Crohn, une maladie intestinale, ou de troubles en général, chez lesquels les taux d'inflammation devraient être régulièrement mesurés. «Sur la base des valeurs relevées, ils peuvent mieux adapter leur traitement», explique Tanno.

L'appareil confectionné par Hemetron.
L'appareil d'Hemetron. Image: zvg

Le prix du test portable est de dix francs. Après une piqûre dans le doigt, la goutte de sang est déposée sur la bandelette de test. Comme dans les tests rapides traditionnels, par exemple pour les diabétiques, une ligne de test se forme. Celle-ci est décomposée en ions individuels. Grâce à leur mesure électrique, l'appareil reconnaît le niveau d'une certaine valeur dans le sang, même si la ligne de test n'est pas visible à l'œil nu. Il faut compter quinze minutes pour obtenir le résultat.

Alex Tanno est convaincu que grâce à des tests simples et réguliers à faire chez soi, les maladies pourront être détectées plus tôt. Et par conséquent, les coûts de la santé diminueront. Il espère que les caisses maladie intégreront sa technologie dans leurs offres de télémédecine. Un médecin pourrait d'abord faire passer un test sanguin à son patient à la maison, avant de décider si une visite au cabinet est nécessaire.

Tanno voit un autre champ d'application dans le domaine de la longévité. De plus en plus de personnes tentent de prolonger leur durée de vie à l'aide de toutes sortes de moyens. Une surveillance régulière de certaines valeurs est intéressante pour ce genre de clients. En règle générale, ils ont les moyens financiers de payer les tests de leur poche.

Le test peut lire jusqu'à trois valeurs différentes

Le chemin est encore long pour y parvenir. Actuellement, Tanno et son équipe s'efforcent de faire en sorte que leur prototype soit utilisable en grande quantité. La recherche de financements ne fait que commencer. «Nous promettons probablement trop peu», dit Tanno en faisant son autocritique. Et d'assurer:

«Ce que nous proposons, nous pouvons le tenir»

Le test d'Hemetron peut lire un à trois marqueurs dans une goutte de sang. C'est tout ce que l'on peut faire pour l'instant. «Il est possible que dans quelques années, nous puissions mesurer jusqu'à dix valeurs simultanément. Cependant, un dépistage plus large à domicile de toutes sortes de maladies, du cancer au sida, n'est ni réalisable ni judicieux à moyen terme», estime Tanno. «Pour les dépistages annuels à grande échelle, les tests de laboratoire traditionnels restent parfaitement adaptés». Les solutions portables conviendraient mieux pour des tests réguliers et spécifiques.

Alex Tanno la joue modeste. L'ombre de l'un des plus grands scandales de la tech oblige l'entrepreneur zurichois à l'être, sans doute. Mais connaître ses propres limites n'est pas un gage de succès. Certes, 93% des spin-offs créés à l'EPFZ survivent aux cinq premières années. Mais dans le domaine médical en particulier, il faut du temps et des moyens financiers pour la recherche. Alex Tanno est convaincu du potentiel de sa technologie, mais il lui reste encore du pain sur la planche avant que sa création ne perce. Cette année, il a décidé de faire une croix sur les vacances d'été. «J'espère que ce renoncement en vaudra la peine avec le recul».

Traduit et adapté par Nicolas Varin

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