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Pourquoi l'IA risque de causer une très grave crise énergétique

L'énergie est au centre des débats concernant l'intelligence artificielle (IA).
L''intelligence artificielle viendra en aide à l'écologie.Image: Montage watson

Pourquoi l'IA risque de causer une «très grave crise énergétique»

L'expansion de l'intelligence artificielle exige une consommation d'énergie astronomique. Pour faire face à la demande, des centrales au charbon sont maintenues en activité aux Etats-Unis. En Suisse, une entreprise propose des solutions innovantes.
11.02.2024, 18:5611.02.2024, 21:45
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L’intelligence artificielle (IA) est présentée comme un remède contre pour la lutte contre le dérèglement climatique. Mais, ironie du sort, l’IA n’est pas gratuite en énergie et pompe beaucoup d'électricité dans le réseau mondial.

La montée en flèche de l'industrie de l'IA exerce, par exemple, une forte pression sur le réseau électrique vieillissant des Etats-Unis. En conséquence, un article de Bloomberg souligne que les centrales à charbon (ultra polluantes) restent d'actualité. Le média américain avance l'exemple de la région de Kansas City, où le groupe Meta (Facebook, WhatsApp, Instagram) est en train d'injecter de grosses sommes d'argent dans l'IA.

Le média américain pointe un détail intéressant: la société de production énergétique qui dessert la région, Evergy, a annoncé en juin qu'elle retardait de cinq ans, soit 2028, la fermeture d'une centrale à charbon.

Des data centers différents des traditionnels

Comme le détaille Bloomberg, les centres de données IA sont différents des centres de données traditionnels, qui sont déjà de redoutables consommateurs d'énergie. La différence est liée aux unités de traitement graphique spécialisées qui effectuent des tâches plus exigeantes que les puces informatiques classiques. L'intelligence artificielle générative, du type ChatGPT, est très énergivore. Nous parlons là de machine learning, un processus très gourmand en énergie.

Le boss d'OpenAI, Sam Altman a expliqué que sa société devait trouver des solutions pour dénicher de nouvelles sources d'énergie. Il a par ailleurs investi plusieurs centaines de millions dans une start-up nommée Helion Energy, en 2021, active dans la fission nucléaire. Une source d'énergie qui est sujet à de nombreux débats.

Interrogé par Yahoo Finance, le professeur d'ingénierie électrique et informatique Sajjad Moazeni détaillait:

«La consommation d'énergie de ChatGPT, par exemple, sera probablement 10 à 100 fois plus gourmande en énergie que votre boîte mail.»

Des propos qui remettent une pièce dans la machine et exposent l'impact carbone de l'intelligence artificielle. Arijit Sengupta, CEO et fondateur d'Aible, parlait même «d'une très grave crise énergétique à cause de l'IA si des problèmes concernant les sources d'énergie n'étaient pas résolus».

Pour Thomas Jacobsen, porte-parole d'Infomaniak, le problème n'est pas le data center en tant que tel, mais la manière dont ces infrastructures sont bâties:

«Les géants du Web construisent d'énormes data centers loin des villes, ne revalorisent pas l’énergie qu’ils consomment et refroidissent encore massivement les serveurs avec de l’eau ou des solutions de climatisation énergivores.»

Gourmands en énergie et capables de chauffer des villes

Face aux défis actuels, l'entreprise suisse cherche des solutions. Ses centres de données en production ne sont pas climatisés et utilisent exclusivement de l'air naturel. Le nouveau data center d’Infomaniak revalorisera même la chaleur émise par les serveurs pour chauffer des ménages. «Le numérique consomme de l’électricité qui est transformée en énergie thermique. Cette énergie peut être intégralement réutilisée», explique Thomas Jacobsen. Pour résumer la manœuvre:

«Avec cette nouvelle génération de data center, les serveurs sont refroidis avec le froid qui est dégagé par les pompes à chaleur en élevant la température pour le réseau de chauffage à distance de la ville de Genève»
Thomas Jacobsen

Ainsi, aux yeux de la société suisse, il est primordial de rapprocher ces centres de données des zones urbaines afin que l'énergie puisse être réutilisée au mieux.

La Big Tech, elle, préfère mettre la gomme et s'empresse à générer du profit alors que les questions environnementales sont au centre des préoccupations de notre époque:

«Les grands groupes veulent se positionner à tout prix avec l'intelligence artificielle et pensent à leur capitalisation boursière. On ne se pose pas les bonnes questions et poursuivre avec les centrales à charbon est inenvisageable.»
Thomas Jacobsen, reponsable communication Infomaniak

Johan Rochel, chercheur à l'EPFL et philosophe valaisan, co-fondateur du laboratoire sur l'innovation Ethix, ne cache pas la forte demande en électricité de ces armées de data centers. D'après lui, «les outils de l'intelligence artificielle vont fournir des arguments pour améliorer l’efficience écologique». Il l'affirme:

«Les transitions écologique et technologique doivent converger»
Johan Rochel

Selon la société Infomaniak, si le numérique n’est plus un problème d'un point de vue de sa consommation énergétique, «ça ne veut pas dire que les IA ne consomment pas des matières premières qui ont un lourd impact sur la planète». Or, «plus le temps avance, plus il devient urgent de revaloriser au moins l’énergie thermique des data centers», renseigne Thomas Jacobsen.

En effet, rien qu'aux Etats-Unis, la consommation électrique de ces seuls centres de données devrait tripler par rapport aux niveaux de 2022 d'ici la fin de la décennie. L'information provient d'une analyse du Boston Consulting Group.

Problème: les énergies renouvelables (solaire, éolien et gaz) ne suffiront pas à couvrir ces nouveaux besoins, selon des experts interrogés par Bloomberg.

Pour Thomas Jacobsen, ce sont les décideurs politiques qui doivent prendre en main ces changements:

«Il n’y a aucun cadre qui régule l’efficacité ou la revalorisation énergétique des data centers. En Suisse, politiquement parlant, ils sont dépassés et se font conseiller par des organismes qui représentent des entreprises puissantes qui ne priorisent pas l’environnement et la souveraineté numérique. C'est du lobbyisme pur et nous faisons le maximum pour changer les choses dans cette industrie qui est obsolète.»
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