Depuis 2022, la ville de New York élit chaque année un maire honoraire beaucoup plus poilu que la moyenne des politiciens américains. Un chien. Stephen Calabria, qui anime des podcasts pour le compte du Mount Sinai Health System – le plus imposant complexe hospitalier de la Grosse Pomme, voulait adoucir le quotidien des New-Yorkais en leur offrant un élu à quatre pattes tout mignon et, du même coup, «stimuler l'adoption des chiens de refuge de manière attendrissante».
Jamais il n'aurait pu prévoir que, deux ans plus tard, ce concours allait aimanter les pires travers de la joute politique, impliquant un mystérieux scandale de cryptomonnaie.
Alors que la victoire de Donald Trump semble s'être déroulée dans les règles de l'art (ou de la démocratie), l'élection de l'Honorary NYC Dog Mayor s'est terminée par un mort, après une série d'irrégularités qui réduit la course à la Maison-Blanche à une promenade de santé.
Le principe, pourtant, est aussi simple qu'une bonne rasade de croquettes ou un pipi contre un arbre: 16 candidats et candidates qui s'affrontent comme dans une Coupe du monde de foot, départagés par les votes des habitants. Début novembre, le premier tour s'était d'ailleurs déroulé sans encombre, avec notamment la victoire de Mello le Samoyède sur Puccini le Yorkiepoo et celle de Mr. Tobi le terrier soyeux sur Louie le bouledogue français.
Mais dès le deuxième tour, il y aura un problème avec la campagne de Bertie, l'adorable Loulou de Poméranie de Kathy Grayson, une propriétaire de galerie d'art à Brooklyn.
Bertram The Pomeranian, avec ses 400 000 abonnés sur Instagram, était logiquement l'un des grands favoris du scrutin. D'autant qu'il avait déjà eu droit aux faveurs des tabloïds américains, en 2018, en raison de sa ressemblance frappante avec l'ours Paddington.
Juste après sa victoire à la loyale face à Lucy le Malinois, Bertie a vu les votes en sa faveur grimper en flèche, jusqu'à paraître extrêmement louches. En parallèle, Olivia Caputo, la maîtresse d'Enzo le Shih tzu et influenceuse à plein-temps selon le New York Times, remarquera une étrange manigance sur les Internets: une nouvelle cryptomonnaie, baptisée d'après Bertram The Pomeranian et créée par des petits malins flairant le bon coup financier, s'affairait à promouvoir sa candidature.
Une opération agressive qui consistait à traiter ses adversaires poilus avec violence et mépris, mais permettra à Bertie d'engranger 4000 voix en quelques heures. Enzo le Shih tzu, qui échouera en demi-finale, s'en est manifestement pris plein le museau au passage.
Disponible depuis fin octobre, la pièce Bertram va d'abord monter en flèche avant de s'écrouler, un petit mois plus tard. En gros, plus le petit Spitz gagnerait en popularité, plus les acheteurs pouvaient espérer le pactole. Résultat, un bourrage virtuel des urnes va définitivement pourrir l'élection du maire honoraire de New York.
Alors qu'Enzo devait affronter Bertie en finale, Olivia Caputo décidera à la dernière minute de retirer son Shih tzu du concours, parce que cette tricherie monstre «a définitivement gâché tout le plaisir et foutu en l'air l'élection». De son côté, la maîtresse du Loulou de Poméranie affirmera n'avoir aucun lien avec la cryptomonnaie et cette campagne de sabotage.
Face au scandale, Bertie finira lui aussi par abandonner la course. Car la finale qui l'a opposé au remplaçant d'Enzo, Simon le basset, sera l'occasion pour les boursicoteurs de redoubler d'intensité sur Instagram, offrant parfois «des blocs de 2000 votes d'un seul coup» au Loulou, selon le fondateur du concours, Stephen Calabria. Histoire de lui éviter d'avoir à recompter tous les bulletins à la main, Kathy Grayson, bonne joueuse, a préféré «arrêter les frais». Comme dans un conte de fées, Simon sera ainsi élu maire honoraire de New York et Bertie devait officier en qualité d'adjoint. Sauf que le sort s'est acharné sur la pauvre petite bête.
Une petite semaine plus tard, Bertie, 11 ans, décédera dans son sommeil, «sans explication claire», dira sa propriétaire sur Instagram.
Le stress et les tricheries lacérant l'élection ont-ils achevé Bertie, lui qui venait de prendre sa retraite, après une carrière de dix ans en tant qu'influenceur canin? Mystère. Alors que Simon devra régner sur New York dans une atmosphère entachée par la violence et le deuil, le fondateur du concours ne sait pas encore s'il aura l'énergie de relancer la machine en 2025.
L'histoire, elle, est suffisamment folle et bourrée de rebondissements pour donner des idées aux producteurs du film d'animation Comme des Bêtes, qui a désormais tous les ingrédients nécessaires à l'écriture d'un troisième volet.