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Voici l'effet nocebo, le frère maudit de l'effet placebo

Voici l'effet nocebo, le frère maudit de l'effet placebo

L'effet placebo possède un antagoniste négatif: l'effet nocebo. Le principe? Connaître les effets secondaires d'un médicament suffit à les provoquer. Comment faire pour l'éviter au mieux? Les médecins comme les patients ont un rôle à jouer.
17.02.2024, 16:0517.02.2024, 17:00
Felix Ott / ch media
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L'effet placebo est bien connu. Il consiste en des effets positifs, psychiques comme physiques, qu'un médicament ou une thérapie ne produisent initialement pas. Le simple fait de croire en l'efficacité d'un médicament, même si celui-ci est un faux, conduit à la guérison.

Mais son opposé négatif existe également, même s'il est nettement moins connu: l'effet nocebo. Le principe est le même, mais avec les effets secondaires d'un médicament: en craignant d'en souffrir, on les provoque. Comme sa racine latine l'indique, le «nocebo» est «nocif», au contraire du placebo.

Un autre scénario où l'effet nocebo fonctionne: si l'on vous dit que le médicament n'est pas toujours efficace, vous aurez plus tendance à ce que celui-ci le soit moins que prévu. La spécialiste dans les questions d'effet placebo, Cosima Locher, explique:

«Le traitement sera moins efficace ou l'on ressentira des symptômes négatifs alors qu'il n'y a pas de raison pharmacologique à cela»
Cosima Locher, hôpital universitaire de Zurich

Elle explique que la recherche dans le domaine des nocebos est moins établie que celle sur les placebos. Car le phénomène n'a été étudié et reconnu que plus tard, indique-t-elle.

Il n'existe pas de chiffres concrets sur le nombre de personnes qui subissent un effet nocebo. «Mais en principe, cela peut toucher tout le monde», explique Cosima Locher. Il est également important de préciser qu'une telle expérience n'a rien à voir avec la naïveté, souligne la psychologue.

La recherche sur les nocebos progresse

Mais ces dernières années, des recherches intensives ont été menées sur l'effet nocebo. Différents mécanismes ont été découverts. Un point important est ce que le médecin raconte lors d'une consultation. Par exemple, la manière dont un médecin prescrit un médicament pour l'hypertension et en décrit en détail les effets secondaires.

«Cela peut amener un patient à être beaucoup plus attentif aux symptômes. S'il a mal à la tête, il pensera aussitôt à un effet secondaire du médicament», explique Cosima Locher. En science, on parle de mésattribution des symptômes.

«Les maux de tête et les vertiges sont des choses habituelles et ils arrivent souvent, indépendamment de la prise du médicament»
Cosima Locher, hôpital universitaire de Zurich

Mais un patient pourra conclure à tort qu'il s'agit d'un effet secondaire de celui-ci. Un autre point est l'amplification des symptômes. «Si des maux de tête apparaissent le soir après la prise d'un médicament contre la tension artérielle et que l'on sait qu'il s'agit d'un effet secondaire du médicament, la douleur peut être perçue plus intensément.» Et ce, uniquement parce que l'on se concentre davantage sur la douleur en question.

Les effets secondaires connus et expliqués par le médecin ou la notice d'emballage ne sont pas les seuls à provoquer l'effet nocebo. Ce que dit la voisine ou ce que l'on aura googlé au préalable peuvent eux aussi avoir une influence.

Il peut compromettre un traitement

L'effet nocebo n'est pas mortel en tant que tel. Mais il peut fortement compromettre un traitement. «Si ce phénomène conduit quelqu'un à arrêter de prendre un médicament en raison d'effets secondaires supposés, c'est considéré comme un risque», analyse Cosima Locher.

Une étude a par exemple montré que concernant les statines, un groupe de médicaments anti-cholestérol, environ 30% des effets secondaires étaient dus à l'effet nocebo. Si un patient arrête de prendre ce médicament en raison d'effets secondaires présumés, le risque d'infarctus du myocarde augmente.

Eviter la communication anxiogène

Pour éviter l'effet nocebo, il existe deux perspectives: du côté du médecin et du côté du patient. Pour le premier, la communication doit éviter d'être anxiogène. Cet aspect positif est déterminant, estime Cosima Locher.

«Lorsque les effets secondaires sont expliqués lors de la consultation, il y a une différence entre les médecins qui vous disent que 3 patients sur 10 souffrent d'effets secondaires et ceux qui expliquent que le traitement fonctionne chez sept patients sur dix.»
Cosima Locher, hôpital universitaire de Zurich

Cela joue également un rôle dans la perception de la douleur et diminue les craintes du patient. Cosima Locher donne l'exemple des pédiatres, qui doivent se montrer pédagogiques pour éviter de faire peur aux enfants: «Un pédiatre qui doit vacciner un enfant et qui dit à l'enfant "Attention, je vais piquer!" aura moins de succès que celui qui dit "C'est presque terminé"». D'autres pédiatres distraient les enfants pendant la vaccination avec une boîte à musique. Des phrases comme «Attention, ça va faire mal» ont tendance à amener les enfants à se concentrer sur la douleur et à la percevoir davantage. C'est pareil pour les adultes.

L'importance du rôle des patients

Les patients eux-mêmes jouent aussi un rôle. «Ce que l'on oublie souvent, même dans la recherche sur les placebos, c'est que les patients peuvent participer à l'élaboration de leur propre thérapie», explique Cosima Locher. On peut et on doit aussi dire au médecin ce que l'on souhaite savoir sur les effets secondaires.

L'effet nocebo révèle un dilemme éthique qui n'est pas totalement soluble: le patient a le droit d'être informé de manière transparente sur les effets secondaires. En même temps, le médecin doit prendre garde à ne pas effrayer le patient. Il en va de même pour la recherche sur le nocebo: pour en savoir plus, il faudrait, dans le cadre d'une étude, faire du mal aux personnes testées.

Pour Cosima Locher, l'information est la voie à suivre. Lors de la consultation, les médecins pourraient par exemple d'abord expliquer l'effet nocebo et demander ensuite dans quelle mesure on souhaite en savoir plus sur les effets secondaires. Elle estime que pour pouvoir vraiment participer au traitement en tant que patient, il faut se connaître soi-même — et connaître l'effet nocebo.

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