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TikTok: des ados prennent des drogues dures pour faire le buzz

Sur TikTok, des ados prennent des drogues dures pour faire le buzz

Ce sont souvent encore des enfants. Ils prennent des drogues dures, se filment et montrent tout sur TikTok. Un reportage s'est penché sur ce phénomène et montre avec quelle facilité les jeunes se procurent des drogues sur le réseau social tandis que personne n'intervient. Et surtout pas TikTok.
04.09.2022, 15:0205.09.2022, 08:20
Chantal Stäubli
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Une femme extrêmement jeune retire une tétine de sa bouche. Ses yeux sont rouges, ses pupilles sont grandes. Une chanson est diffusée en arrière-plan de la vidéo. Elle parle de drogue.

Ici, les tétines est un terme utilisé pour décrire un accessoire qui protège contre les fortes morsures de la mâchoire lors de la consommation d'ecstasy (MDMA) et évitent que la langue ne soit avalée pendant un trip.
«Pas d'amour, mais de la MDMA. J'ai garé ma Bentley sur un nuage. Regarde dans tes yeux, tout ce que je vois est noir. Pupilles dilatées, la faute à la MDMA»

Une autre photo la montre avec une perfusion dans la main. Elle ne dit rien. Et n'écrit rien à ce sujet. Elle laisse parler la musique intégrée à la vidéo:

«Ton sourire si posé car tu meurs quand tu me vois. Tu meurs quand tu me vois. Oui, tu meurs quand tu me vois»

Une internaute demande dans les commentaires: «Que s'est-il passé?». Elle répond: «Overdose».

TikTok: les jeunes se filment en consommant des drogues dures
Pour protéger les personnes concernées ainsi que pour des raisons de protection des données, nous avons décidé de ne pas montrer d'images et de prises de vue de TikTok, même pixellisées. image: Shutterstock

Un hashtag regroupe les vidéos sur TikTok. Bien que, jusqu'à présent, ces dernières soient passées inaperçues sur le réseau social. Dans les vidéos, des jeunes se montrent en train de se consommer des drogues dures, sans retenue. Ils racontent leurs trips et échangent leurs expériences: Quel âge avais-tu lors de ton premier trip?

«13, pour être précis».

«A 11 ans (..), mais je le regrette beaucoup.

«14, mais je suis clean depuis deux semaines».

Si vous-même ou quelqu'un de votre entourage a besoin d'aide:
Ni l'alcool, ni la drogue ne sont des solutions. Addiction Suisse, et d'autres, vous soutiennent pour tout type d'addiction: drogue, alcool, écrans, tabac, etc.

Des vidéos de drogues accessibles à tous, sur les réseaux sociaux

TikTok, qui s'adresse particulièrement à un jeune public, est devenu le théâtre de la drogue. C'est ce que révèle une nouvelle recherche du réseau allemand Funk.

«Cette mise en scène de soi sous l'emprise de stupéfiants est nouvelle pour moi sous cette forme»
Markus Meury d'Addiction Suisse

Sur le réseau social, les images de drogue sont publiques. Et avec un phénomène totalement nouveau: faire son portrait sous l'influence de stupéfiants. Une petite recherche de watson montre qu'il suffit d'un seul mot-clé pour trouver les vidéos en question. Quelques clics de plus et même un simple internaute peut lire les différents échanges sur la consommation de drogues de chacun dans les commentaires.

Pour un obtenir des contacts de dealers, c'est simple.

L'accès aux stupéfiants est rapide

Un film-reportage du réseau allemand Funk montre comment les enfants et les adolescents se procurent des drogues via TikTok et comment le succès, en termes de clics, les incite à télécharger des vidéos sous l'influence de stupéfiants. Pour cette recherche, les deux journalistes Isabell Beer et Désirée Fehringer se mettent en contact avec des personnes concernées et tentent l'expérience sur elles-mêmes: à quelle vitesse peut-on se procurer des drogues dures sur TikTok?

Par le biais de différents hashtags, Isabell Beer tombe sur des personnes qui consomment des drogues. Elle entre en contact avec eux et se fait passer pour une personne intéressée. Via des groupes, des liens ou encore des QR codes, elle est dirigée vers des groupes Telegram ou WhatsApp, où toutes sortes de drogues sont proposées. Les groupes sont accessibles dès l'âge de 14 ans.

Demande d'entrée d'un groupe Whatsapp par lequel s'effectue le trafic de drogue.
Demande d'entrée d'un groupe Whatsapp par lequel s'effectue le trafic de drogue.image: funk/STRG_F

«Il n'y a vraiment rien que l'on ne puisse pas obtenir là-bas», conclut la journaliste Isabell Beer. Selon elle, il est effrayant de voir à quel point il est facile de se procurer de la drogue. Ce qui l'étonne encore plus, ce sont les milliers de messages échangés en un seul week-end sur des groupes où se trouvent de nombreux mineurs.

La journaliste Isabell Beer lit:

«Quoi de neuf ?» «Être défoncé :)».

«Qu'est-ce que vous consommez?» – «Weed, LSD, Ecstasy.»

«J'ai vraiment envie de me faire des lignes géantes qui vont me faire exploser le nez.»

Être défoncé sur TikTok – Pourquoi?

Voilà ce à quoi se résument les discussions de groupe. Mais qu'est-ce qui pousse les jeunes à poster des vidéos d'eux-mêmes, drogués, sur TikTok?

Une adolescente, prénommée Marie*, raconte à la journaliste Désirée Fehringer qu'elle a consommé des drogues dures telles que les champignons hallucinogènes, la coke, le LSD ou le speed à l'âge de 17 ans. Principalement parce qu'elle était harcelée à l'école. Et qu'elle voulait enfin être heureuse. Le meilleur moment pour elle était lorsque les vidéos, tournées sous l'influence de stupéfiants, devenaient virales.

Entre-temps, Marie ne fréquente plus les établissements scolaires. Elle affirme être clean et lorsqu'on lui demande ce qu'elle ressent lorsqu'elle voit d'autres jeunes se droguer sur TikTok, elle répond: «ça me déprime quand d'autres s'amusent ainsi». Parfois même, elle pleure et tremble.

«Ça me déprime quand d'autres s'amusent ainsi»
Marie*

Ce n'est pas la première fois que TikTok retire ses vidéos du réseau. Mais la consommation de drogue ouvertement affichée n'était apparemment pas le problème. «Très, très souvent, j'ai été bloquée parce qu'on pouvait voir mes cicatrices dues aux scarifications», dit Marie. «Mais les vidéos dans lesquelles je montre de grandes pupilles ou de la drogue n'ont jamais été supprimées par TikTok».

Tim* est passé de consommateur de stupéfiants à dealer via TikTok. Ceci afin de financer sa toxicomanie. Entre-temps, il a lui aussi arrêté. Il consommait jusqu'à quatre pilules de MDMA par jour. Il s'est livré au trafic de tout ce qui existe sur le marché: cannabis, crystal Meth ou encore héroïne.

La plupart des jeunes contactés par les journalistes ne voulaient pas seulement essayer les drogues. Ils voulaient s'échapper de leur quotidien parce qu'ils ne se sentaient pas bien psychologiquement. Les raisons sont multiples: harcèlement, chagrin d'amour ou problèmes familiaux.

«Je n'ai jamais vu ça»

«Oh, merde», c'est la réaction de Leyla lorsqu'on lui montre des vidéos de jeunes qui se filment en train de consommer des drogues dures sur TikTok. La jeune femme a vécu des choses similaires sur Facebook. Et pourtant, selon elle, une nouvelle dimension a été atteinte sur TikTok.

«Je n'ai jamais vu des gens aussi jeunes fumer de l'héroïne. Jamais en direct non plus. C'est la première fois que je vois ça», dit-elle. Sur Facebook, les images de drogue n'étaient disponibles au public, mais plutôt présentes dans des groupes fermés.

Ce n'est donc pas seulement le fait de se filmer sous stupéfiant qui est nouveau, mais aussi la désinhibition quant à la consommation de drogues dures qui est nouvelle.

#drff (au lieu de druff) pour contourner les directives

De telles vidéos ne sont-elles pas interdites sur TikTok? En fait, si. Des hashtags comme #drogue ou #mdma sont bloqués. Mais ces «noms de scène» ne sont apparemment pas sur le radar du réseau social. Au lieu de druff (défoncé), c'est le hashtag #drff qui est utilisé.

La diffusion des vidéos est donc possible parce que TikTok n'intervient pas suffisamment. «Les plateformes concernées ne cessent d'affirmer qu'elles agissent contre cela, mais elles ne sont manifestement pas très sérieuses à ce sujet», fait savoir Addiction Suisse, le centre de compétence national pour la prévention et la recherche dans le domaine des addictions, à la demande de watson.

La musique joue également un rôle important

Et il existe encore un autre moyen de tomber sur des vidéos faisant l'apologie de la drogue: la musique. Celui qui crée une vidéo sur TikTok peut ajouter des chansons à partir d'une grande base de données musicale disponible sur le réseau social. C'est aussi comme ça que des messages peuvent être passés à son audience.

Les plus populaires dans le milieu sont celles qui parlent de la consommation de drogues. Celles-ci ne sont pas non plus bloquées, bien que les termes «drogues», «MDMA» et autres apparaissent exclusivement dans les textes. Une icône de la scène de la drogue allemande est par exemple le rappeur Herzog, qui a sorti son premier album Ein Herz für Drogen en 2011, en français, Un cœur pour la drogue.

En recherchant ses chansons, on trouve des vidéos de jeunes aux pupilles dilatées et aux tétines dans la bouche qui font l'apologie de la drogue en vidéo, mais aussi en commentaires. Sur le réseau social, certaines de ces vidéos ont été diffusées plus de 50 000 fois, alors qu'elles enfreignent plusieurs règles de la plateforme.

Mais ce n'est pas seulement la portée qui rend TikTok si dangereux, mais aussi son algorithme notoirement sophistiqué. Les jeunes peuvent ainsi être rapidement attirés dans une bulle de filtres aux contenus dangereux. Comme presque personne ne parle des dommages induits, le seuil d'inhibition pour consommer des drogues diminue également, explique la pédopsychiatre Nina Grimm au Bild.

C'est ce que montre un exemple tiré de Funk-Repo: une jeune fille, qui a maintenant 15 ans, raconte que des vidéos glorifiant les drogues l'ont incitée à essayer elle-même des drogues chimiques.

«Sur TikTok, je voyais toujours des gens sous ecstasy. Et je me suis dit: je veux faire pareil. J'avais neuf ou dix ans.»

Elle aurait eu des contacts via TikTok. Depuis, sa consommation a nettement augmenté.

Scène numérique de drogue en Suisse

Le reportage concerne principalement les jeunes Allemands. En Suisse, le phénomène est encore largement inconnu, nous disent les services de prévention des addictions. Néanmoins, cela n'exclut pas le fait que des jeunes suisses se montrent sous l'emprise de stupéfiants sur TikTok. «Ce phénomène de mise en scène de soi est nouveau pour moi, sous cette forme, mais il y a quelques années, il y avait déjà des concours d'alcool entre jeunes sur les réseaux sociaux», explique Markus Meury d'Addiction Suisse.

Si vous-même ou quelqu'un de votre entourage a besoin d'aide:
Ni l'alcool, ni la drogue ne sont des solutions. Addiction Suisse, et d'autres vous soutiennent pour tout type d'addiction: drogue, alcool, écrans, tabac, etc.

Une chose est sûre: le marché de la drogue se déroule aussi sur les réseaux sociaux. C'est ce que montre un cas survenu à Lucerne qui a fait des vagues en 2019. Des jeunes âgés de 16 à 21 ans ont commandé des médicaments sur ordonnance ainsi que des drogues telles que des amphétamines, de la marijuana et de l'ecstasy, sur le darknet. Ils en consommaient eux-mêmes une partie et vendaient le reste sur Telegram.

Lorsque la police lucernoise a découvert ce réseau, de nombreux parents n'avaient pas conscience de l'ampleur de la dépendance de leurs enfants aux substances. Pour l'un des prévenus, l'arrestation a été une délivrance. «Pour moi, l'arrestation a été une bonne nouvelle. Cela m'a aidé à sortir de la dépendance».

* Les noms des personnes concernées ont été librement inventés par Funk. Le reportage est disponible sur Youtube depuis le 23 août.

Elle danse devant un feu de forêt et se fait incendier sur TikTok
Video: watson
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