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La NCAA, un championnat au gros budget et aux grosses conséquences pour les athlètes.
La NCAA, un championnat au gros budget et aux grosses conséquences pour les athlètes.Image: sda

Trop d'argent et de gloire détruisent les étudiants-athlètes

Les sportifs universitaires américains sont exposés à une détresse mentale qui conduit à des suicides. Pourquoi? De grosses sommes d'argent et des partenariats lucratifs sur les réseaux sociaux. Un poison qui se répand très vite.
13.05.2022, 07:4013.05.2022, 09:42
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Les milieux universitaires américains sont en pleine ébullition. Les diffuseurs et les marques s'agitent et tentent de dénicher la prochaine perle, de capitaliser sur des jeunes qui offrent un spectacle. Les affluences, l'argent, la popularité, ce cocktail de gloire et d'espoir aspire des sportifs dans la tourmente de la pression constante. Trop tôt? C'est le cas.

La gloire à portée de main, l'argent qui brûle les doigts, de nombreux spécialistes commencent à s'alarmer de la détresse (toujours plus grande) des athlètes universitaires poussés à bout par leurs désirs de s'en mettre plein les poches. Le sport en a sauvé plus d'un, il s'est aussi dressé comme un fossoyeur de rêves. Outre-Atlantique, la pression est infiniment plus élevée que sur le vieux continent.

L'Université de l'Alberta a sorti un rapport au début de l'année pour souligner des chiffres édifiants: environ 24% de l’ensemble des étudiants-athlètes canadiens ont déclaré des niveaux de détresse psychologique suffisamment élevés pour justifier une intervention clinique.

A contrario, selon un rapport norvégien sur les athlètes (élite) universitaires en Norvège, la santé mentale est meilleure:

«Les athlètes d'élite masculins et féminins avaient généralement une meilleure santé mentale dans la plupart des résultats, signalant moins de problèmes, moins de solitude, une plus grande satisfaction à l'égard de la vie, un affect plus positif et moins de problèmes d'alcool. Les athlètes d'élite des sports d'équipe avaient une santé mentale légèrement meilleure que les athlètes des sports individuels. L'augmentation du nombre d'heures d'exercice hebdomadaire était associée à une meilleure santé mentale.»

Autre détail particulièrement intéressant à relever: l'augmentation de la charge d'entraînement est plus nocive que bénéfique. Le rapport souligne que «les athlètes féminines qui s'entraînent 14 heures ou plus par semaine ont signalé une moins bonne santé mentale dans la plupart des mesures de résultats.»

Le côté pervers des circuits universitaires

Pourquoi? Outre des différences culturelles, la réponse se niche dans ces circuits universitaires: la NCAA aux Etats-Unis ou encore les U Sports au Canada peuvent devenir un véritable piège pour les jeunes athlètes. Une pression continue et bien trop rapide pour eux. Surtout, c'est une question de gros magots. La NCAA pèse 1,1 milliard de budget en 2019, selon le New York Times, mais la ligue ne verse rien à ses acteurs.

Dans le documentaire Netflix Bad Sport: triche organisée, le joueur de basket Stevin «Hedake» Smith, joyau de l'université Arizona State entre 90 et 94, se plaignait:

«On rapportait tout cet argent et on n'était pas payés du tout. Les gens qui oeuvraient dans les coulisses de l'université touchaient des millions»

Dans ce cas précis, Smith va truquer des matchs et céder aux sirènes de l'argent facile. Pour des gamins qui viennent de milieux modestes, l'offrande est trop belle. Et les vautours, les mafieux sont aux aguets et rôdent pour corrompre de naïfs sportifs. Une inégalité que la NCAA a décidé de conjurer: l'organisation universitaire a accepté en 2019 de rémunérer les sportifs.

Un modèle insidieux

Une bonne chose à première vue, mais insidieuse dans le fond. Pat Coyle, chroniqueur, s'est exprimé sur le site Sportico sur la toxicité des réseaux sociaux pour un jeune sportif. Il faut savoir que la NCAA a articulé une nouvelle règle pour les étudiants-ahtlètes: la Name, Image and Likeness (Nil). C'est là que le bât blesse.

L'appât du gain engendre une pression inédite, la quête effrénée de visibilité pour attirer les annonceurs; la popularité sur Instagram ou TikTok peut se transformer en épée de Damoclès. Cible numéro une des grandes marques en 2019, Zion Williamson est une victime d'un modèle qui avale un gamin de 19 ans - avant son entrée en NBA, Forbes dévoilait un futur contrat mirobolant de 120 millions de dollars. Une somme promise alors que la saison du prodige de UCLA n'était pas tout à fait finie en championnat universitaire.

Zion Williamson: révélé trop tôt et désormais dégoûté?
Zion Williamson: révélé trop tôt et désormais dégoûté?Image: sda

A ce jour, l'ailier-fort des Pelicans de la Nouvelle-Orléans est dans le creux de la vague, blessé, en net surpoids, et l'impact des réseaux sociaux n'est sûrement pas anodin. Si bien qu'il n'est plus très actif sur Instagram, par exemple.

Une bombe à retardement

Le modèle annoncé «juste et égalitaire», décrit par le président de la NCAA Mike Emmert, est une bombe à retardement dans les milieux sportifs universitaires. Ces nouvelles «opportunités» de capitaliser sur le nom, l'image, ont des conséquences psychologiques potentiellement graves, voire très graves pour les sportifs. Entre mars et avril, USA Today évoque pas moins de quatre suicides d'athlètes, la pression étant souvent trop forte.

Des associations commencent à mettre en place des «day off social» pour préserver les sportifs. L'impact des réseaux sociaux oblige des spécialistes à payer des athlètes pour se sauver. Pat Coyle est le fondateur de cette journée. Il explique:

«En prenant congé des réseaux sociaux, les athlètes universitaires non seulement s'aident eux-mêmes, mais donnent des exemples qui peuvent influencer leurs pairs sur le campus, ce qui contribuera à réduire la détresse mentale qui touche tous les étudiants universitaires.»
Pat Coyle dans Sportico

Coyle n'hésite pas à décrier cette fameuse recette surnommée NIL. Ces athlètes qui monnayent leur popularité deviennent accros à ces plateformes. Le «day off social» est censé aider les athlètes-universitaires à prendre du recul. Et pour qu'ils n'utilisent pas les médias sociaux, ils sont même payés pour ne pas y passer du temps - des fonds sont octroyés par des marques, des donateurs et des fans qui partagent ce désir commun de soutenir les athlètes universitaires.

Ce cocktail indigeste entre pression pour performer en classe, rester compétitif sur le terrain et briller sur les réseaux sociaux, ces tâches ne font qu'alourdir le quotidien de jeunes qui glissent dangereusement de l'accomplissement à la perdition.

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