DE | FR
Marcus Rashford a demandé pardon après son pénalty raté

Euro 2021

Implorer le pardon, une mode chez les footballeurs

Marcus Rashford a présenté ses excuses aux fans anglais sur les réseaux sociaux après son pénalty raté en finale de l'Euro. Une tendance qui prend de l'ampleur, pour plusieurs raisons.



Depuis qu'il a raté son tir au but dimanche en finale de l'Euro 2020, Marcus Rashford ne vit pas bien. Avec les deux autres tireurs anglais malheureux Jadon Sancho et Bukayo Saka, ils sont les cibles d'insultes racistes. L'attaquant de Manchester United a fait part de son mal-être mardi sur ses réseaux sociaux. Dans son long message, il s'insurge contre les attaques racistes et affirme sa fierté d'être noir. Mais il présente aussi ses excuses aux fans pour son échec face à Gianluigi Donnarumma:

«J'ai eu l'impression d'avoir laissé tomber mes coéquipiers (...) d'avoir laissé tomber tout le monde. Tirer un pénalty était tout ce qu'on m'avait demandé de faire pour l'équipe. Tout ce que je peux dire, c'est "désolé"»

Marcus Rashford, sur ses réseaux sociaux

Le numéro 11 des Three Lions s'inscrit dans la lignée des footballeurs qui demandent pardon sur les plateformes numériques après un échec sur le terrain. Avant lui, il y a par exemple eu Kylian Mbappé après son tir au but raté face à la Suisse lors du même Euro 2021 ou le portier de Liverpool Loris Karius suite à ses bourdes en finale de la Ligue des champions 2018.

«Il existe une culture de l’excuse liée aux réseaux sociaux», analyse le sociologue du sport de l'Université de Neuchâtel (UNINE) Christophe Jaccoud. «Ils créent une sorte de toile d'araignée où les sportifs deviennent très exposés et où chaque utilisateur peut donner son avis. On ne peut plus rien faire sans être vu. Cette situation oblige à rendre des comptes, on ne peut plus simplement détourner le regard devant le mécontentement des autres.»

A la place de Marcus Rashford, l'académicien neuchâtelois ne se serait pas excusé.

«Rashford n’a pas commis de faute. Il n'a pas fait preuve de nonchalance. Rater un pénalty, ça ne dit rien sur les qualités morales de la personne. Et personne ne va mourir, ni perdre son emploi à cause de ça»

Christophe Jaccoud, sociologue du sport

Martin Zinser n'est pas du même avis. «Je trouve la démarche de Rashford positive», applaudit le fondateur de l'agence thurgovienne sportlifeone, qui gère la carrière de sportifs d'élite et notamment leur communication avec les médias. «Il a pris le taureau par les cornes en assumant ainsi son échec, et ça lui permettra d'aller de l'avant et de revenir plus fort, comme il le dit lui-même.»

S'il trouve la réaction de Marcus Rashford normale, «parce qu'il est une personne avec des sentiments et a besoin de les exprimer», le coach en media training est persuadé que l'attaquant mancunien n'aurait pas pris cette initiative s'il n'avait pas été la cible d'attaques racistes.

Image à soigner

De son côté, Christophe Jaccoud formule lui aussi une hypothèse: «Je ne suis pas sûr que l'idée de présenter des excuses vienne de Rashford. La fédération anglaise de football pourrait en être à la source». La raison, selon le sociologue neuchâtelois? Comme les autres sélections nationales de premier plan, les Three Lions sont devenus une véritable marque dont il s'agit de soigner l'image. «Il y a par exemple des maillots à vendre», argumente-t-il. «Les supporters d'une équipe nationale sont devenus des clients.»

Fans Angleterre football Wembley Euro 2020

Le merchandising est une part importante des recettes des fédérations nationales de football. image: keystone

Chaque entreprise digne de ce nom se dote d'un service après-vente pour parer aux réclamations de ceux-ci. D'autant quand les biens ou services proposés sont onéreux, comme le sont les stars du ballon rond. «Avec la hausse de la mercantilisation du football, les joueurs de ce niveau ont aujourd'hui une valeur monétaire très forte», analyse le professeur basé à Neuchâtel. «Les équipes les paient chèrement, alors les fans en attendent beaucoup. Il y a nécessité d'assurer une certaine qualité.» Et les demandes de pardon en ligne y participent.

Confessionnaux et mémoire collective

Après la finale de dimanche, le sélectionneur anglais Gareth Southgate a formulé la sienne en avouant lors d'une interview son entière responsabilité dans le choix des tireurs. Des propos tenus dans la fameuse zone mixte, cet espace où les journalistes et protagonistes se rencontrent.

Pour Christophe Jaccoud, ce genre de lieu joue aussi un rôle dans l'incitation à présenter des excuses: «Avant, pour obtenir l'interview d'un acteur du foot, il fallait l'appeler au téléphone ou lui courir après. Mais aujourd'hui, ces dispositifs spatiaux sont mis sur pied dans le but que les sportifs rendent des comptes à la presse et au public, qu'ils passent aux aveux».

Juste après la finale, Gareth Southgate a avoué avoir choisi lui-même les tireurs

Ces déclarations, comme toute publication sur le web, sont enregistrées pour toujours. La portée historique de l'échec est amplifiée. Et on pourra se souvenir facilement, longtemps et sur la planète entière de qui a raté son pénalty en l'envoyant sur le poteau lors de la finale de l'Euro 2020, par exemple.

Alors qu'avant l'arrivée d'internet, les amateurs de sport devaient faire travailler davantage leurs méninges ou leurs cassettes VHS pour retrouver les «coupables».

«Aujourd'hui, avec cette manie du Big data, il y a toujours quelqu'un ou une statistique pour nous rappeler qui a échoué», déplore Christophe Jaccoud. «Ça augmente la pression et pousse les joueurs à présenter des excuses»

England's Harry Kane, center, consoles Bukayo Saka after the penalty shootout of the Euro 2020 soccer final match between England and Italy at Wembley stadium in London, Sunday, July 11, 2021. (Laurence Griffiths/Pool via AP)

Le capitaine anglais Harry Kane consolant Bukayo Saka après son pénalty manqué et la défaite des Three Lions contre l'Italie. image: keystone

Une réalité numérique qui tranche avec celle du terrain: à Wembley, les malheureux Rashford, Sancho et Saka n'ont pas eu à demander pardon à leurs coéquipiers pour être réhabilités. Ils ont tout de suite été consolés après le traumatisme de la défaite par le sélectionneur et les autres joueurs des Three Lions, tous solidaires. Et tous plus à même que les internautes de savoir que l'empathie est bien plus adéquate que la condamnation. Parce qu'aussi, ce n'est et ça ne restera que du sport.

Plus d'articles sur le sport

Netflix entretient le mystère autour de Michael Schumacher

Link zum Artikel

Pour les sportifs, un petit joint ne fera bientôt plus de mal

Link zum Artikel

Berne était le Bayern du hockey, désormais il ressemble à Ajoie

Link zum Artikel

La Nati est virée du jeu FIFA, mais qui la pleure vraiment?

Link zum Artikel

Roger Federer réussit un coup de maître avec son entrée en bourse

Link zum Artikel

Young Boys a épaté tout le monde, à commencer par lui-même

Link zum Artikel

Novak Djokovic a dû attendre de perdre pour être aimé du public

Link zum Artikel

Née qu'avec 8 doigts, Francesca Jones est une pépite du tennis

Link zum Artikel

Lausanne-Sion? Laissez tomber, voici les cinq vrais derbys romands

Link zum Artikel

Les Suisses cartonnent en contre-la-montre, depuis un sacré temps

Link zum Artikel

Yann Sommer est le chouchou des Suisses et voici pourquoi

Link zum Artikel

Il distribuait des beignes mais au fond, il n'était pas si méchant

Link zum Artikel

Les supporters ont-ils attrapé la grosse tête?

Link zum Artikel
Montrer tous les articles

Explosion de joie de la Nati après l'arrêt de Sommer

1 / 14
Explosion de joie de la Nati après l'arrêt de Sommer
source: keystone
Share on FacebookShare on TwitterShare via WhatsApp

Les supporteurs anglais, c'est des fous!

Euro 2021

Attroupements et embrassades à Wembley: une folie?

Avec 60 000 spectateurs, Angleterre - Danemark nous a ramené au temps où le Covid n'existait pas; alors qu'il semble revenir en force. L'Europe entière en a eu des frissons, pas toujours pour les mêmes «raisons».

Le temple a retrouvé ses choeurs, et d'une seule voix, le football a crié de joie, une joie de (re)vivre: 60 000 spectateurs à Wembley, deux-tiers de la capacité maximale pour une folie totale. Telle est la question: est-ce bien raisonnable?

Ce moment-là, les fans du monde entier l'attendaient depuis plus d'un an, tantôt au bord du désespoir, tantôt dans les bas-fonds de leur canapé, la quarantaine mugissante - siffler toute la bibine et attendre avec un petit bouquet d’églantine, comme …

Lire l’article
Link zum Artikel