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Lionel Messi: Le PSG ne veut plus du petit chef et faux gentil

Lionel Messi: Le PSG ne veut plus du petit chef et faux gentil
Adulé des foules, Lionel Messi (PSG) montre un visage moins angélique.Image: EPA

Le PSG ne veut plus de Messi, petit chef et faux gentil

Lionel Messi impose ses volontés au PSG comme, depuis toujours, il sape l'autorité de ceux qui contestent la sienne. Son escapade en Arabie saoudite, sans demander l'autorisation à personne, va encore plus loin. Trop loin pour le club parisien qui a décidé de le punir.
02.05.2023, 16:5703.05.2023, 08:50
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Longtemps, il fut le gentil du film, taillé pour le rôle à la pince brucelle. Pas un poil qui dépasse. Pas un mot plus haut que l'autre. Pas un seul tatouage sur le corps, quand ses collègues étaient barbouillés comme des wagons-marchandises. Une vie bien rangée, avec des petits canetons à sa suite, quand d'autres préfèrent le bordel et les poules. Cet air absent quand il tire les coups-francs; quand «d'aucuns» adoptent des postures martiales et transforment le mur en peloton d'exécution.

Lui👇

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Dans l'inconscient collectif, Lionel Messi fut le gentil, le modeste, le lutin génial comme le gendre idéal. Le monde manichéen de l'idolâtrie sportive n'avait pas trouvé mieux que ce petit Argentin sorti de son quartier pouilleux avec une maladie hormonale qui l'empêchait de grandir et un talent surdimensionné qui le destinait aux plus hautes distinctions. Avec le temps, les choses ont un peu changé.

On l'a vu à moitié nu et on a recensé 18 tatouages. On l'a vu à fleur de peau et on a découvert sa nature profonde, nettement moins rose et paisible. On l'a vu au PSG, hors de son havre barcelonais, et on l'a constaté hagard, vicelard.

Exemples? Son retour au vestiaire avant la fin d'un entraînement parce que les exercices de Christophe Galtier n'étaient pas assez intéressants. Ses regards torves à Achraf Hakimi quand il ne lui donne pas la balle. Une poignée de main refusée à Mauricio Pochettino pour un changement à la 76e minute.

Là👇

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Lundi, Messi a courbé l'entraînement pour aller gratter des pétrodollars en Arabie saoudite, dont il vante la verdure luxuriante (si!) et les richesses inexplorées sur Instagram.

Certes, cet entraînement n'était pas inscrit au programme et n'est qu'une conséquence de la défaite contre Lorient. Certes encore, c'est la troisième fois que ce voyage était reporté et les fortes chaleurs à venir menaçaient la verdure légendaire de l'Arabie saoudite. Mais en ne demandant rien à personne, Messi s'est ostensiblement désolidarisé de son club. Il a placé ses intérêts botanico-pécuniaires au-dessus du PSG (accessoirement détenu par le Qatar, voisin et peu ami de l'Arabie saoudite), des problèmes de son équipe et de la crédibilité de son employeur.

C'est ainsi que pour la première fois de sa carrière, Lionel Messi a reçu une punition: le PSG l'a suspendu pour deux semaines sans salaire et ne prolongera vraisemblablement pas son contrat
Information de L'Equipe mardi à 20 h 45

C'est ainsi qu'au gré de ses humeurs capricieuses, Lionel Messi est devenu gentiment, tout gentiment, le méchant du film. Le lutin malin. Le gendre trompeur.

Insultes et mimiques
à la Coupe du monde

Contrairement à l'idée romantique que certains s'en font parfois, Lionel Messi a abandonné l'idée de caresser le ballon, de l'aimer et de l'accompagner jusqu'à ce qu'un tacle les sépare. La Coupe du monde a révélé une facette du personnage que les connaisseurs savent plus intéressée, que certains jugent obscène, et que les admirateurs occasionnels semblent toujours découvrir avec effroi.

On croit connaître les gens. Et puis un jour, on voit Leo Messi à la Coupe du monde, avec les yeux d'un fou et les mains plaquées sur les oreilles, narguant une alignée de Néerlandais atrabilaires après un but sur penalty.

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Image: EPA

Et puis on le voit prendre son courage à une main, cette fois, pour demander à Louis van Gaal de fermer son clapet.

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Et puis, on le voit haranguer l'arbitre Mateu Lahoz et le traiter de tocard. Puis interrompre une interview pour injurier Wout Weghorst, double buteur et double mètre néerlandais: «Qu'est-ce que tu regardes, abruti? Qu'est-ce que tu regardes? Tire-toi, abruti!»

Soudain, l'auréole ne tourne plus rond. Un autre Lionel Messi. Un peu comme ces faits divers où l'on apprend l'histoire abominable d'un voisin tellement aimable, «le monsieur qui aidait la vieille dame à porter ses courses et qui donnait toujours quelque chose pour le camps de ski des enfants», ce même homme qui, un jour, a fait disparaitre toute sa famille sous un planton de haricots. Un visage si doux qui, en un éclair, prend un air méchant, une gueule à creuser des trous dans le jardin.

La personnalité supposément fadasse et magnanime de Messi n'est pas loin d'être la plus grande imposture du football moderne, par la stature du joueur autant que par la différence de perception entre la finesse du style et la rudesse de certaines manières. «Messi est quand même beaucoup plus terne que Ronaldo», nous faisait remarquer un lecteur. Terne, peut-être, parce que moins exposé aux projecteurs. Discret parce qu'il ne parle pas; «mais il m'a tué d'un seul regard quand je ne lui ai pas fait la passe», notait Achraf Hakimi. Carré parce que sa tignasse et sa barbe sont taillées comme une haie de buis. Généreux parce qu'il donne des bons ballons à des coéquipiers qui, parfois, ne font rien pour les mériter. Réservé parce qu'il serait atteint du syndrome d'Asperger. Mais gentil?

Sous des dehors christiques, bras en croix vers le ciel comme pour le prendre à témoin de sa grandeur, Messi cache un tempérament relativement tyrannique, conscient de son pouvoir et de la fascination que, insidieusement, il exerce sur ses «semblables».

epa10358221 Lionel Messi of Argentina reacts after scoring the 2-0 during the FIFA World Cup 2022 quarter final soccer match between the Netherlands and Argentina at Lusail Stadium in Lusail, Qatar, 0 ...
Et encore une langue pour les Néerlandais.Image: EPA

Quand Jorge Sampaoli dirigeait l'Argentine et qu'il souhaitait apporter un changement, il demandait sa permission à Messi, parfois ses recommandations. En Russie, les micros avaient capté cette phrase: «Je fais entrer le Kun? (réd: Agüero) Je sors qui?»

Messi ne sera jamais Ronaldo, rictus amers et pectoraux offerts. Il ne voit pas la nécessité de porter sur la place publique des problèmes qu'il peut déposer délicatement sur le bureau du président. Pour caricaturer, Messi serait davantage un petit poucave qu'une grande gueule, des airs de chouchou du prof avec des colères froides - choisis ton camp, camarade.

«Messi sait que le collectif est important... du moment où on le laisse y faire ce qu’il veut. Ce n’est pas un type frontal, mais quand il a des messages à faire passer, il sait s’y prendre»
Alexandre Juillard, auteur du livre «Le mystère Messi»

Messi est comme tout le monde, avec ses grandes envolées et ses menues lâchetés. Il a eu des problèmes avec le fisc, avec ses chefs, avec quelques collègues. Il a séché l'entraînement sous de fallacieux prétextes (son préféré: la gastro-entérite), surtout pour bouder après un passage sur le banc. Il a tyrannisé Alexis Sanchez, un petit Chilien trop volontaire. «Comment tu as pu coûter autant, vu comme tu es mauvais? Contente-toi de me passer la balle.»

Il a humilié Pep Guardiola, qui avait interdit les sodas, qui a perdu tout ascendant le jour où, très gentiment, avec un sourire terne, Messi a dégoupillé une canette de Coca dans le vestiaire pour faire exploser les convenances. «Il a sapé l'autorité de Guardiola avec un seul geste», rapporte Hans Backe, ex-entraîneur du FC Copenhague et du Red Bull New York, très proche de certains joueurs barcelonais à l'époque.

Ceux qui le découvrent sur le tard peuvent s'en émouvoir, mais c'est à eux, et à eux seuls, qu'ils doivent en vouloir. Comme nous l'enseigne l'histoire de l'humanité, nul n'est parfait. Ni Roger Federer, surnommé Mr Perfect, qui sermonnait les arbitres les soirs de panade. Ni Leo Messi qui ne s'est jamais revendiqué ni gentil, ni terne. Pas même Michael Jordan qui, cigare au bec, expliquait aux profanes que nous sommes, voués à une destinée plutôt velléitaire et obscure, qu'«aucun athlète ne peut dominer son sport pendant de longues années sans la conviction d'être le meilleur, ni l'orgueil de penser qu'il est né pour cela.»

Ainsi soit Messi, pas toujours amène.

Le but libérateur de Messi
Video: watson
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