Embolo vide son sac: «Il y a des choses inacceptables au sein de la Nati»
Il s’en est fallu de peu. Atlanta United s’incline 3-2 face au Chicago Fire samedi dernier, en Major League Soccer (MLS). Si le suspense renaît en cours de rencontre, c’est grâce à Breel Embolo. Arrivé à United en août, l’international suisse aux 92 sélections ramène les siens à 3-2 après la pause.
Atlanta – encore battu entre-temps, ce jeudi, par New York (2-1), avec à nouveau un but d'Embolo – est avant-dernier du classement de la Conférence Est. Le club a d'ores et déjà manqué les play-off. On est allé rencontrer la star de la Nati aux Etats-Unis pour une grande interview.👇
Breel Embolo, pourquoi sommes-nous ici, à Atlanta? Pourquoi êtes-vous un joueur de Major League Soccer?
BREEL EMBOLO: J’ai toujours été un joueur qui voulait savoir pourquoi on avait besoin de lui. Pourquoi veut-on de moi dans une équipe? Cela a toujours été décisif à mes yeux.
Parmi tous les clubs intéressés, seul Atlanta United pouvait vous donner ce sentiment?
Contrairement à d’autres équipes, ils ont très vite su ce que je pouvais leur apporter, comment ils voulaient m’utiliser et comment obtenir des résultats durables avec moi. Cette reconnaissance a toujours été quelque chose qui m’attirait. Mais lorsque j’ai entendu parler de l’intérêt d’Atlanta pour la première fois, je n’ai pas non plus dit: «Waouh, je veux absolument y aller!» Je dois l’avouer honnêtement.
Ce transfert en a surpris beaucoup. Vous aussi, malgré tout?
Si vous m’aviez dit il y a six mois que je jouerais ici aujourd’hui, je n’y aurais probablement pas cru, oui. Si je devais choisir une destination exotique, la tendance était plutôt à l’Arabie saoudite, car j’avais déjà eu des contacts avec deux clubs là-bas. Ou, bien sûr, à rester en Europe. J’avais aussi d’autres offres, de grandes équipes.
Pourquoi vouliez-vous absolument quitter Rennes?
Je regarde toujours les objectifs à long terme. Lorsque je suis allé à Gladbach, nous voulions atteindre la Ligue des champions. Nous y sommes parvenus. A Monaco, je devais également aider le club à se qualifier pour la Ligue des champions, et cela a aussi fonctionné. A Rennes, l’objectif était l’Europe. Aujourd’hui, le club joue la Ligue Europa.
Mais il y avait aussi des facteurs extrasportifs qui ont accéléré mon envie de partir.
Lesquels?
Il n’y avait pas d’école internationale pour mes enfants. C’était un facteur important. Et ce que très peu de gens savent aussi: nous avons subi trois tentatives de cambriolage. Lors de la troisième, j’ai même fait fuir les cambrioleurs masqués.
Mais si vous aviez attendu plus longtemps durant le mercato, vous évolueriez peut-être encore dans un grand championnat européen.
Je sais que, sur le plan sportif, la MLS n’a pas la même qualité que les championnats anglais et italien. Et oui: si j’avais attendu la fin du mercato, je jouerais peut-être aujourd’hui dans une autre équipe, ou dans une meilleure équipe.
Cette fois, ma famille m’a plutôt poussé à venir ici, parce que les miens étaient encore un peu dans l’euphorie du Mondial. Mes enfants avaient adoré cet endroit. C’était plutôt moi qui avais besoin de temps. C’était un grand changement. Mais il y a autre chose.
On vous écoute!
Si j’étais revenu en Suisse, personne n’aurait rien dit. Tout le monde se serait probablement réjoui en disant: «Super, Breel est de retour!». Tout le monde aurait présenté les choses sous un beau jour. Car je compare la MLS à la Super League et je trouve que la qualité est probablement à peu près la même. Mais je sais qu’ici, je peux beaucoup apprendre en tant que footballeur. Notamment grâce aux confrontations, chaque semaine, avec des joueurs de classe mondiale comme Lionel Messi ou Antoine Griezmann. Je suis heureux d’avoir pris cette décision. Pour moi, venir ici n’est pas un pas en arrière.
Que peuvent vous apporter les Etats-Unis qui vous manque en Europe?
De la tranquillité. Une tranquillité d’esprit. Pouvoir être tranquille, à l’abri des regards. C’était aussi un élément, je dois le dire honnêtement. Regardez: si Lionel Messi peut se promener sans pression aux Etats-Unis, imaginez ce qu’il en est pour moi. Tout le monde se fiche complètement de savoir si je suis quelque part. C’est ce que j’apprécie énormément. Ne vous méprenez pas: bien sûr que c’est beau d’avoir été l’un des piliers de la Nati ces dernières années. Mais cela fait du bien de simplement se lever, faire son travail, rentrer auprès de sa famille et pouvoir se concentrer jour après jour sur l’essentiel.
«Ce sont les Etats-Unis. Il existe des lois sur les armes qui disent que toute personne sans antécédents judiciaires peut posséder des armes. Ce genre de choses entre dans mes réflexions depuis que j’ai deux enfants. Mais le club a pu me rassurer et le basketteur suisse Clint Capela, qui a joué ici pendant quelques années et qui est un ami très proche, m’en a dit beaucoup de bien. Les choses se sont donc faites petit à petit. Un matin, je me suis levé et j’ai dit: "D’accord. Je le fais."»
Vous avez très souvent été au centre de l’attention. Dernièrement, lorsque vous n’avez pas été autorisé à rejoindre la Nati après la publication de votre ordonnance pénale, tout comme Granit Xhaka. Comment avez-vous vécu la décision de l’Association suisse de football (ASF)?
C’est un sujet délicat pour moi. J’adore jouer pour la Suisse et je sais ce que cette équipe peut encore accomplir. Concernant Granit: il sait qu’il a commis des erreurs. Mais en tant que coéquipier et ami, je ne trouve pas normal qu’on doive constamment écrire et parler de son rôle.
Et dans votre cas?
Le seul élément nouveau, c’était l’existence d’une ordonnance pénale. Les faits eux-mêmes étaient connus depuis longtemps.
Cela n’en reste pas moins une erreur de ma part et je ne veux pas la minimiser. Je l’ai reconnue. J’ai aussi dit à l’ASF que je pouvais comprendre qu’elle soit sous pression en tant que fédération, notamment après l’affaire Patrick Fischer et celle de Granit.
La révélation de cette condamnation, en septembre 2026, lui a coûté le rassemblement de la Nati et quatre matchs internationaux. Le 27 octobre, l’ASF a autorisé son retour dès novembre, sans sanction supplémentaire.
Mais?
Je n’ai pas compris que l’ASF renonce finalement à me convoquer en septembre simplement parce que mon ordonnance pénale avait été rendue publique. Comme je l’ai dit, les faits étaient connus depuis plusieurs années. L’ASF et moi n’étions pas sur la même longueur d’onde, aussi parce que nous avons des perspectives différentes. J’ai bien sûr respecté cette décision et souhaité bonne chance à l’équipe en septembre. Je le ferai toujours et je serai toujours derrière elle.
C’est ce qui m’a un peu déçu sur le plan humain. Mais c’est passé. Nous allons maintenant voir ce qui se passera en novembre.
Vous estimez donc que votre affaire a pris une dimension disproportionnée?
Si quelqu’un de l’équipe perdait maintenant son permis de conduire, on dirait que Breel avait lui aussi perdu son permis en Allemagne en 2018, et qu’on allait donc me punir également maintenant. C’est ce que je ressens actuellement.
On sent à quel point vous êtes blessé. Qu’est-ce que cela signifie pour votre avenir en équipe nationale?
Je suis à un moment où je ne sais pas quelle est la bonne décision pour l’avenir. Car je serai toujours la même personne en novembre.
A vous entendre, vous ne savez pas si vous souhaitez rejoindre l’équipe nationale en novembre.
Jusqu’à récemment, j’étais à 50-50 concernant un retour en équipe nationale en novembre. Mais j’ai maintenant décidé d’être présent.
Je n’ai jamais renoncé à rejoindre la Nati, que je sois blessé, diminué ou que mon club souhaite que j’y renonce. En 2024, je suis allé à l’Euro directement après ma rupture du ligament croisé. J’ai reçu plusieurs injections pour pouvoir être là pour les gars. Ils le savent en interne. Je n’ai pas non plus demandé qu’on me protège cette fois. J’ai commis une erreur.
Vous échangez souvent avec Xhaka au sujet de vos affaires respectives.
Oui, mais l’affaire de Granit et la mienne sont deux choses complètement différentes. A l’époque, il avait décidé avec l’ASF qu’il ne viendrait pas (réd: au rassemblement de septembre). Moi, je n’ai rien décidé du tout. Mais une pression extérieure ou politique n’est pas une raison à mes yeux. Désolé. La politique n’a rien à voir avec le football. Si l’un de nos coéquipiers ne pouvait pas bien jouer au football à cause de moi ou de Granit, ce serait aussi, à mes yeux, une mauvaise manière d’aborder les choses. Il faudrait plutôt se demander si Granit ou moi pouvons être performants. C’est pourquoi je n’ai pas compris une partie du raisonnement de l’ASF. Mais je leur ai facilité la tâche.
En quoi?
Le jour où Pierre-Luigi Tami m’a appelé pour me dire ce qu’ils envisageaient, j’ai dit: «Dans ce cas, je ne viens pas. Tout simplement».
Tami était-il votre interlocuteur dans ce conflit?
J’ai bien sûr aussi parlé avec Murat Yakin, avec qui j’avais un projet sportif. Il a également repris contact récemment et souhaitait que je revienne. Les dirigeants de la fédération le souhaitaient aussi. Je n’ai aucun problème avec Murat, avec Tami et avec l’équipe. Cette équipe est sacrée pour moi, elle compte beaucoup. J’adore faire partie de ce groupe et je sens qu’on m’y apprécie.
Qu’en disent vos proches au sein de l’équipe?
Ils le comprennent tous. Murat aussi. Mais ils voient également l’ampleur des répercussions possibles pour l’ASF. C’est difficile. Je ne fonctionne pas en fonction de la pression médiatique. Cela n’a jamais été le cas. Et pourtant, je vois l’ensemble du tableau et je sais que si je rejoins l’équipe, on dira que je me donne trop d’importance. Si je n’étais pas venu, cela n’aurait pas convenu non plus.
Avez-vous d’autres réserves à l’égard de la Nati?
Il y a des choses qui ne sont tout simplement pas acceptables. Je vais vous donner un exemple.
Volontiers.
Prenez l’article de presse publié pendant le Mondial, dans lequel Granit Xhaka était présenté comme un tyran. Cela me fait comprendre une chose: il y a des gens qui font fuiter des informations. Qui ne sont loyaux ni envers vous ni envers votre équipe. Mais Granit n’est pas un tyran. Il veut simplement toujours gagner.
Mais il lui arrive de hausser un peu trop le ton.
Oui, il me crie aussi dessus. Et alors? Il ne maîtrise peut-être pas toujours ses émotions. Mais tout ce qu’il fait, il le fait pour que nous progressions en tant qu’équipe nationale. Après cet article, pourtant, j’ai vu pendant trois jours un Granit aussi touché que jamais au cours des quinze dernières années. Vous voyez, chacun mène son combat.
Quel est votre plus grand combat?
Le fait d’avoir eu le sentiment que mon interdiction de rejoindre l’équipe en septembre était, en quelque sorte, une punition collective. Que le problème avec l’ESTA (réd: retenu à l'aéroport de Zurich, Embolo n'avait pas pu voyager avec l'équipe vers les Etats-Unis au Mondial) et l’affaire des tests Covid avaient été mis dans le même panier. J’ai le sentiment que quelqu’un s’est dit: «C’est le bon moment pour marquer le coup». C’est en tout cas comme cela que je le perçois.
Sur le plan sportif, vous n’en avez pas encore terminé avec cette équipe.
Oui, bien sûr, surtout après ce Mondial. Je vois jusqu’où nous aurions pu aller. Nous connaissons tous le moment qui a rendu cela impossible. La dynamique était de notre côté. Je suis aussi convaincu que nous aurions pu battre l’Argentine. Nous aurions alors été en demi-finale. Dans le dernier carré.
Vous avez toujours des regrets?
Cela ne sert plus à rien de regarder en arrière. Dans ma tête, je pense déjà à l’Euro. A aller au-delà des quarts de finale. Un quart de finale est presque devenu un minimum, désormais. Chacun dans cette équipe se demande: «Que peut-on encore améliorer?» Peut-être atteindre les demi-finales. Ou même une finale. Ou peut-être même gagner?
Cette élimination fait plus mal que les problèmes avec l’ASF?
Oui. Je n’aime jamais regarder en arrière. Ce n’est pas quelque chose qui me stresse. Mais j’ai ma vision des faits. Je sais que Leandro Paredes m’a touché. Je ne suis pas quelqu’un qui tombe comme ça. Lorsqu’on regarde le match sans émotion, il faut dire que la Suisse a globalement été victime de nombreuses petites décisions.
Comment avez-vous digéré cela?
Après le match, je me suis levé dans le vestiaire et je me suis excusé devant l’équipe. Pas pour le carton rouge, mais pour ce rêve que nous n’avons pas réalisé. A mon avis, l’Argentine était la moins bonne des équipes que nous avons affrontées dans la phase à élimination directe. Mais nous avons échoué. Aussi parce que nous jouions avec un homme de moins.
Le football vous avait-il déjà fait pleurer auparavant?
Non. Non. De manière générale, je ne pleure pas beaucoup. Enfin si: lorsque je me suis rompu le ligament croisé, j’ai pleuré. Mais sinon, non. Je ne suis même pas certain d’avoir pleuré à la naissance de mes enfants. Mais cela montre peut-être à quel point ce rêve était grand, avec cette équipe, avec cette conviction que nous avions et avec notre manière de jouer au football.
Vous sentiez-vous coupable d’avoir brisé ce rêve?
Non, pas coupable. Mais mon action a fait que nous n’avons finalement pas passé ce tour et que notre rêve nous a été enlevé. Le rêve de remporter le titre. Nous en étions à deux étapes. Tout le monde a essayé de me remonter le moral. Mais nous avions tous travaillé quatre ans pour ce moment, pour passer ce tour. Les gens ne le comprennent pas assez.
Le public et les médias ont-ils une fausse image de vous?
Il y a quelques années, j’ai décidé que je ne voulais plus autant m’exposer. Peu m’importe que mon nom fasse les gros titres pendant des années. Cela ne me fait gagner ni plus ni moins. Je ne dors ni mieux ni moins bien. Je dois gagner le samedi. C’est la seule chose qui compte.
Je sais que j’ai fait jusqu’ici une super carrière. Elle pourrait être un peu moins belle, elle pourrait l’être un peu plus. Mais je suis extrêmement heureux et fier.
En même temps, beaucoup de supporters vous adorent. Comment conciliez-vous les deux?
Dans l’une de mes premières interviews à Bâle, j’ai dit que je resterais toujours authentique. C’est ce que je souhaitais pour ma carrière. J’ai mes défauts, mes bons et mes mauvais côtés. Mais à ce jour, je suis le seul joueur de la Nati à avoir une chanson. Est-ce moi qui l’ai décidé? Non. Mais cela en dit long.
Embolo n’a jamais voulu qu’on le présente sous un jour plus favorable que la réalité. «C’est précisément ce que je déteste. Si je suis mauvais, je suis mauvais. Si je suis bon, je suis bon. Point. Ni plus ni moins.» Aujourd’hui encore, raconte-t-il, il rencontre des personnes qui lui disent: «Tu es complètement différent de l’image qu’on donne de toi!»
Cela l’étonne. Mais cela a aussi un lien avec cette nuit de mai 2018 à Bâle. Cette nuit qui a fait de lui un délinquant condamné par la justice à 45 jours-amende à 3000 francs avec sursis, pour menaces lors d'une altercation. Durant l’entretien, il explique très ouvertement ce qui s’est passé à l’époque selon lui. Que, de son point de vue, il est innocent. Mais aussi qu’il ne s’est pas comporté correctement lors de la première audience au tribunal. Il aurait perdu patience. Et il dit: «Je jure sur mes enfants que je n’ai menacé personne. J’ai réagi, c’était peut-être mon erreur.»
Avec le recul, referiez-vous tout de la même manière?
L’histoire des tests Covid, je ne le referais plus. Je réglerais aussi l’autre affaire différemment. Je me défendrais, mais autrement. Parce qu’aujourd’hui, je vois les conséquences et je sais tous les soucis et toutes les discussions que cela m’a valus. Je regrette l’image que cela a donnée et la dynamique que cela a déclenchée. Si l’on me considère comme un délinquant, j’en suis désolé. Théoriquement, j’en suis un. Mais il y a faux dans les titres et faux dans les titres. Il y a délinquant et délinquant. Mais oui: je ne referais pas les choses ainsi.
Comment conciliez-vous ces condamnations avec votre rôle de modèle, auprès du public, mais surtout auprès de vos propres enfants?
J’ai certainement un rôle de modèle. Mais nous, les footballeurs, sommes aussi des êtres humains. Le regard du public ne définit pas une personne. Nous avons tous, et je dis bien tous, un rôle de modèle dans ce monde. Si mes enfants lisent un jour quelque chose sur moi, je pourrai le leur expliquer.
Vous disiez tout à l’heure que votre carrière aurait pu être beaucoup moins belle, mais aussi beaucoup plus belle. Etes-vous satisfait?
Je ne suis pas satisfait, car ma carrière n’est pas encore terminée. J’ai toujours faim. Et je suis croyant. Je sais donc qu’il y a une raison à tout. Il faut aussi provoquer sa chance. Je connais mes points forts. Je sais comment me situer dans le football actuel. Et je sais tout ce qui aurait pu se passer. Je suis extrêmement reconnaissant.
Pour quoi, en particulier?
Mon histoire n’a pas commencé en Suisse, mais au Cameroun. Je sais d’où je viens. Je sais que c’est uniquement grâce à mes amis que j’ai commencé le football dans le Petit-Bâle. Quand je vois où je suis aujourd’hui et ce que j’ai pu vivre, six phases finales, tous ces clubs, je suis extrêmement reconnaissant. Cela montre aussi ma résilience. Mais je ne suis jamais allé quelque part simplement pour y être.
Puis, à 19 ans, il y a eu cette grave blessure. Il faut déjà réussir à s’en remettre. Ma foi me montre que nous ne pouvons pas maîtriser certaines choses. Je suis arrivé à un stade où je sais ce que je vaux.
Vous êtes-vous déjà demandé à quel point votre carrière aurait été différente sans cette première grave blessure?
Oui. A cent pour cent. Parce que je pense qu’elle aurait pris une autre direction. Cette blessure ne m’a pas seulement coûté du temps. Ensuite, on a toujours dit: «Breel est sujet aux blessures». On vous colle une étiquette. Je ne peux rien faire contre ces doutes. C’est pourquoi j’apprécie d’autant plus que quelqu’un soit convaincu. Comme Atlanta l’était à mon sujet. Mais cette blessure a surtout changé quelque chose d’important.
Quoi exactement?
Dans la période qui a suivi, il s’agissait surtout de comprendre comment un corps évolue après une blessure. Vous n’êtes plus la même personne. Aujourd’hui, je suis un autre joueur. Chez les juniors, j’étais milieu défensif et relayeur, puis j’ai joué sur une aile.
Mais je progresse au fil des responsabilités qu’on me confie. Et il y a autre chose.
Allez-y.
Depuis que je me suis remis de ma rupture du ligament croisé (réd: subie en août 2023), je n’ai plus manqué un seul match sur blessure. Cela me montre que je suis sur la bonne voie et que mon travail paie. Mais au total, à 29 ans, j’ai passé environ deux ans blessé. Sans cela, mes statistiques seraient différentes.
Vous aurez 30 ans l’année prochaine. A quel stade de votre carrière estimez-vous être?
Je suis dans le meilleur âge pour un footballeur. J’ai subi trois blessures graves et je ne sais pas si beaucoup de joueurs auraient réussi à retrouver ce niveau. C’est pourquoi je suis fier d’être là où je suis aujourd’hui.
Aujourd’hui, toutefois, je ne suis plus seul. Je prends aussi des décisions pour ma famille. Ce n’est pas le nouveau Breel, mais c’est une différence par rapport à avant. Mes enfants ont six et huit ans, ils ont développé leur propre personnalité. Quand j’ai dû les retirer de leur école à Monaco, où ils avaient leurs premiers amis, cela a été terrible. Beaucoup ne le voient pas. Mais aujourd’hui, il y a tout simplement le footballeur, le père et l’homme, Breel Embolo.
Adaptation en français: Yoann Graber
