Comment une trahison a radicalement changé Ambri
Ambri défie les ZSC Lions ce vendredi à Zurich (19h45) dans un choc au sommet. Oui, un choc au sommet! Le club qui incarne la souffrance et la passion, aux moyens sportifs et financiers limités, et que de nombreux experts tessinois voyaient terminer à la dernière place cette saison, tient tête à l’une des formations les plus riches d’Europe.
Comment est-ce possible? Grâce à moins de romantisme, moins d’émotions, moins de folklore, mais davantage de tactique, de discipline, de sang-froid et de réalisme.
Beaucoup de choses ont changé en Léventine. Les joueurs étrangers sont meilleurs, le jeu est plus structuré et, derrière la bande, Jussi Tapola privilégie la rigueur tactique à l’exaltation et aux discours galvanisants.
Cette nouvelle stabilité rend le gardien Philip Wüthrich meilleur. Il réalise la meilleure saison de sa carrière. Lorsque la défense fonctionne, le dernier rempart gagne lui aussi en solidité. Wüthrich profite de ce nouvel ordre.
Ce changement de style apparaît le plus clairement dans une statistique précise. Ambri figure traditionnellement parmi les équipes les plus «méchantes» du championnat. En 2022/2023, elle était même celle qui avait écopé du plus grand nombre de minutes de pénalité. Aujourd’hui, elle est devenue la plus fair-play de la ligue. Avec seulement 99 minutes de pénalité au compteur, la formation tessinoise fait figure de bon élève, loin devant Ajoie, Lausanne et Bienne, qui ont déjà franchi le cap des 200 minutes.
Cette évolution n’a rien d’un hasard. Elle témoigne d’une équipe qui canalise mieux son énergie. Une équipe bien organisée n’a pas besoin de courir après ses adversaires. Une équipe disciplinée maîtrise mieux ses émotions et se retrouve moins souvent sur le banc des pénalités. Dans ce contexte, Ambri peut largement se permettre d’être la formation la moins performante de la ligue en infériorité numérique.
Cette transformation trouve son origine dans une révolution qui, la saison dernière, a balayé une grande partie de la direction tessinoise: le président, le directeur général, le directeur sportif et l’entraîneur. A l’origine de ce bouleversement, une trahison au sommet. Le président Filippo Lombardi voulait remplacer le coach Luca Cereda par Christian Dubé dans le dos du directeur sportif Paolo Duca. Cette manœuvre a précipité les démissions de Cereda et Duca. Sans cette crise, jamais un changement de style aussi profond n’aurait été possible.
Avec Jussi Tapola et Lars Weibel, deux dirigeants pragmatiques ont pris les commandes de la direction sportive. Moins intimement liés au club que leurs prédécesseurs, qui étaient des enfants de la vallée, ils abordent leur mission avec davantage de distance. Il leur est plus facile de prendre des décisions délicates sans se laisser gagner par l’émotion. Ils n’ont pas cet attachement susceptible de nourrir l’agitation et la nervosité dans le vestiaire.
Les deux hommes n'ont pas non plus à se soucier de la culture du club. Leur mission est de gagner des matchs. Tant que les victoires sont plus nombreuses que les défaites, personne ne se plaint du management de Tapola qui, signalons-le, a tout de même réussi à redonner des ailes à Inti Pestoni.
Jusqu’où la tactique, la discipline, le sang-froid et le réalisme peuvent-ils mener cette équipe? Cette approche continuera-t-elle de fonctionner lorsque les adversaires se seront adaptés au jeu d’Ambri? Que se passera-t-il lorsque la passion et les émotions redeviendront indispensables pour remporter des matchs face à des formations plus coriaces? Ambri peut-il réellement rester une équipe calme et pragmatique sur la durée? Cette embellie n’est-elle qu’une parenthèse avant le retour de la crise? Le club parviendra-t-il à conserver des joueurs comme Philip Wüthrich, en fin de contrat et dont la valeur risque d’augmenter? La suite de la saison apportera les premières réponses.
En attendant, le début de saison d’Ambri semble encore irréel. Les Tessinois occupent la deuxième place du classement. Ils sont disciplinés sur le plan tactique et terriblement efficaces en attaque. Vendredi, à Zurich, Ambri aura une nouvelle occasion d’ajouter un joli chapitre à cette incroyable transformation hockeyistique.
