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Comment le LHC est revenu du néant

Les lausannois laissent eclater leur joie a la fin du match du championnat suisse de hockey sur glace de National League entre le Lausanne HC, LHC, et le HC Ambri-Piotta, HCAP, ce dimanche 26 fevrier  ...
La joie est revenue à la Vaudoise aréna, des gradins aux sous-sols.Image: KEYSTONE

Comment le LHC est revenu du néant

Avant-dernier et presque déprimé, le Lausanne HC a réussi une formidable remontada. Cette saison irrationnelle, dans un club foncièrement excessif, n'a sans doute pas fini de dépasser les bornes.
28.02.2023, 17:1601.03.2023, 06:01
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Lausanne n’a plus rien à craindre: il ne sera pas relégué. Non que cette hypothèse ait eu le temps de devenir un psychodrame, entre deux polémiques sur la température de la bière et les origines russes du propriétaire, mais comme le relève un ancien joueur du club, «on avait perdu le contrôle de la situation. On avançait à un rythme de relégué, avec des mines de déterrés».

De la 13e place, le LHC a grimpé jusqu'à la 8e, à la force du jarret et la mâchoire serrée. Tout le monde est d'accord sur ce point: les Vaudois déménagent le piano plus qu'ils n'en jouent. Mais il n'y a pas de sots mérites, encore moins de basses besognes, dans un sport aussi dur que le hockey.

Joie des joueurs lausannois apres la seance de tirs au but lors du match du championnat suisse de hockey sur glace de National League entre Lausanne HC, LHC et HC Davos le vendredi 3 fevrier 2023 a la ...
Ils ne font qu'un.Image: sda

Car l'essentiel est bien là: Lausanne s'est endurci. Lausanne a dépassé sa condition de nouveau riche pour devenir une équipe qui ose, qui lutte, qui s'émancipe et s'organise. «Il y a une structure de jeu et une intensité que l'on ne voyait pas avant», observe l'entraîneur Laurent Perroton, aujourd'hui consultant pour Léman Bleu et Planète Hockey.

Le technicien relève que Lausanne «gagne les duels dans les zones de vérité, avec une énergie impressionnante», qu'il «a trouvé une organisation simple et rapide pour sortir le puck sous pression», qu'il «reste extrêmement concentré, pointilleux sur les détails». Rien à voir avec l'équipe «inconstante», capable de grandes étourderies, qui concédait «des surnombres» et s'emberlificotait dans «un jeu trop compliqué».

L'entraîneur canadien Geoff Ward, 60 ans, a construit quelque chose de plus carré et accessible. Mais d'autres attribuent la qualité des relances à son assistant Peter Andersson, ancien défenseur virtuose du HC Lugano. Quiconque a vu jouer Andersson dans les années 90 a envie de croire qu'un grand pianiste devient forcément un excellent professeur.

Un seul être vous manque et tout est relancé

Chacun aura noté que la remontada du LHC coïncide avec la chute de Petr Svoboda, son ancien actionnaire et chef des opérations hockey. «Je n'utiliserais pas le verbe coïncider, sourit un ancien joueur lausannois. Mais il est évident que les deux événement sont liés. Svoboda rongeait le club de l'intérieur. Il répandait la terreur et le chaos. Il intervenait dans tous les domaines, y compris la tactique. Il imposait une présence permanente, glaçante. Comment imaginer que l'équipe était sereine?»

Petr Svoboda, Directeur des operations hockey du LHC pose pour le photographe apres la conference de presse d'avant-saison du club de hockey sur glace de National League Lausanne Hockey Club, LHC ...
Petr Svoboda.Image: sda

Pour surmonter un certain mal-être, Geoff Ward a mandaté des professionnels de la psychologie sportive. «Il y a eu un gros travail à base de vidéos et d'entretiens individuels. Le nouveau coach a pris le temps d'écouter et d'observer, ce qui explique ses bonnes décisions», confirme Laurent Perroton.

La suite n'est «plus» qu'une inversion de tendance, un enchaînement naturel, une tournure d'esprit orientée plein sud. «Quand tu gagnes des matchs, indirectement, tu prends confiance. Tu essaies peut-être plus de choses et tu as aussi peut-être plus de réussite», témoigne Aurélien Marti dans 24 Heures.

Une main de fer
dans un gant de cuir

Mais le LHC en serait-il là, dressé sur ses ergots de vieux lion increvable, sans son gardien Eetu Laurikainen (une seule défaite en douze matchs), débusqué en Finlande où il jouait très peu pour relancer un club qu'il connaissait encore moins? Ce n'est pas qu'une question bassement statistique: un gardien est à la sérénité d'une équipe de hockey ce que la bigote est à celle du mari jaloux. Laurikainen, 30 ans, est un peu tout ça: le silence, le calme, l'intransigeance.

«Au début, j'étais un peu circonspect, avoue Laurent Perroton. Laurikainen n'était que le deuxième ou troisième gardien de son club. A Lausanne, certes, il profite d'un système où les joueurs sont bien regroupés autour de lui, mais il réalise les arrêts clés. Techniquement, il n'a rien de spectaculaire mais il est très tranquille. Il canalise son énergie pour les instants décisifs et il diffuse cette assurance autour de lui.»

A l'agence ATS, Laurikainen explique avec peu de mots que pour lui aussi, Lausanne fut un nouveau départ. «Oui, c'est comme ça que j'ai abordé mon arrivée ici.» Tout en validant la fiabilité du système: «On essaie de rester proches les uns des autres (...). Il est rare qu'un adversaire puisse se présenter seul face à moi.»

Eetu Laurikainen.
Eetu Laurikainen.Image: sda

Un agent de la place admet que le club a eu la main heureuse: «Laurikainen et Lausanne étaient faits pour se rencontrer, à un moment compliqué de leur carrière respective. Maintenant, le LHC devra gérer ses neuf étrangers, puisque deux nouveaux ont déjà signé....»

Cet agent souligne encore qu'«il y a eu une prise de conscience soudaine. Certains joueurs ont réalisé que la relégation devenait plausible et que dans ce cas, leurs contrats deviendraient caduques. Des contrats à 400 ou 600 000 francs par saison qu'aucun autre club ne peut leur offrir.»

Et maintenant?

Reste que l'on parle beaucoup moins d'argent au LHC que de travail bien fait et de vie meilleure (le labeur et l'argent du labeur). «Il reste trois gros matches, Rapperswil, Bienne et Zoug, rappelle Laurent Perroton. Sur ce que Lausanne montre actuellement, il peut parfaitement décrocher la huitième place. C'était encore impensable il y a quelques semaines.»

«Avec les victoires, l'ambiance est redevenue respirable. On sent aussi que Ward et Andersson ont redonné confiance à certains joueurs»
Laurent Perroton
Peter Andersson et Geoff Ward.
Peter Andersson et Geoff Ward.Image: sda

Cette sérénité n'en reste pas moins fragile. Dans 24 Heures, au sortir d'une victoire pénible contre Ambri, Igor Jelovac résumait assez bien le sentiment général: «Je crois que les mauvais souvenirs du passé, les flash-back de ces matches durant lesquels nous menions au score avant de tout perdre, remontent encore trop vite à la surface.»

Laurent Perroton partage ces doutes: «A la fin du match contre Ambri, j'ai senti Lausanne sur un fil, ou du moins très émoussé. Son style de jeu est énergivore. Il exige une concentration permanente qui, au fil du temps, coûte de l'influx nerveux. Mais Lausanne a gagné... Et on sait comment, en hockey, les dynamiques s'auto-nourrissent.»

On sait aussi comment à Lausanne, tout va vite, tout s'emballe. Il serait étonnant qu'une saison de cette trempe en reste là, décevante en bien, dans un bon ordre retrouvé. Qu'elle s'achève sans au moins un dernier rugissement, peu importe que ce soit de l'amour ou de la rage.

Henrik Tömmernes marque le but de la saison
Video: watson
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