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Pékin 2022

JO 2022: comment rendre sexy le short-track, le curling, le skeleton?

Skeleton sport. The athlete descends on a sleigh on an ice track. Winter sports
Image: Shutterstock
Pékin 2022

Comment le short-track, le curling et le skeleton recrutent des adeptes

Ce sont des disciplines sans stars populaires à afficher contre le mur de sa chambre et qui triment parfois pour draguer de nouveaux adhérents. Watson est allé à leur demander comment elles se rendent sexy.
12.02.2022, 17:3114.02.2022, 15:51
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«Je veux faire du short-track!» Tel un coup de foudre, des sportifs ont décidé de sauter le pas et de s'initier à un sport moins évident que d'autres, mais aussi moins médiatisé et peut-être considéré comme peu sexy. Comment font les principaux intéressés pour sortir leur discipline d'un certain anonymat et recruter des passionnés? Quatre questions pour mieux comprendre.

Petit, vous ne rêviez pas de pratiquer ce sport?

«Alors ça non. Mon sport de prédilection, c'était le hockey que je pratiquais depuis l'âge de neuf ans. Je suis tombé sur le short-track à la TV et j'ai commencé bien plus tard, à 42 ans», explique le vaudois Patrick Schweizer, adepte du patinage de vitesse sur piste depuis cinq ans. Le médaillé d'or en 2020 aux Winter Masters Games (compétition réservée au plus de 30 ans) s'est accroché à cette discipline par amour de la vitesse, mais pas seulement.

«Contrairement au hockey, le short-track est un sport qui ne fait pas de bruit et ce silence donne l'impression qu'il est facile à maîtriser. Lorsque l'on patine, ce silence est si présent que l'on a l'impression d'être dans une cathédrale, c'est magnifique.»
Patrick Schweizer, médaillé d'or au Winter Masters Games 2020
Patrick Schweizer, ancien hockeyeur amateur, s'est initié au short track à 42 ans. Il fait partie du Club des Patineurs de Lausanne-Malley (CPLM)
Patrick Schweizer, ancien hockeyeur amateur, s'est initié au short track à 42 ans. Il fait partie du Club des Patineurs de Lausanne-Malley (CPLM)Carole Alkabes

Le hasard est régulièrement évoqué par les sportifs «Ça t'intéresse de faire du curling?» demande un ami à Jacques Dussez, skip et désormais président du Curling club de Champéry.

«Ce qui m'a plu dans ce sport, c'est le fameux "spirit of curling", c'est une mentalité respectueuse de son adversaire. Quand on joue en amateur, il n'y pas d'arbitre et le gagnant paie un verre au perdant.»
Jacques Dussez, président Curling club de Champéry
On ne va pas se mentir, l'image du curling est plutôt qualifiée de «pépère» comme dans ce moment haletant des Simpson

Mais alors que Jacques Dussez pratique le curling au niveau amateur, des athlètes de haut rang ont été en quelque sorte «choisis» par leur discipline. C'est le cas de Ronald Auderset, champion suisse de skeleton, dont le professeur de sport au gymnase (à l'époque membre de la Fédération suisse de skeleton) l'encourage à se lancer dans la discipline.

«Cédric Tamani, mon professeur de gym au collège Sainte-Croix de Fribourg m'a fait passer des tests physiques de rapidité et d'explosivité en 2006. Je connaissais le skeleton via les médias, mais je n'avais aucune idée des sensations de la descente. Comme Cédric cherchait une relève dans sa discipline, il m'a encouragé à effectuer mes premières tentatives. J'avais alors 16 ans et un an plus tard, j'ai débuté en compétitions internationales.»
Ronald Auderset, seul romand pratiquant le skeleton à haut niveau
Se lancer la tête la première et atteindre près de 140 km/h à quelques centimètres de la glace, c'est la promesse du skeleton. Un sport qui cherche des adeptes. Des volontaires?

Mais suffit-il d'avoir les qualités athlétiques pour être bon et surtout pour aimer ces sports de niche ? Ronald Auderset insiste sur les exigences physiques de sa discipline, mais note qu'il y a un intérêt plus que marqué pour la vitesse et les sensations fortes qu'elle procure.

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«La pression qui nous écrase dans les virages, c'est comme dans un grand huit. On a entre 3 et 5G dans le corps sur les virages, le ressenti est génial»
Ronald Auderset, champion suisse 2018 de skeleton

Comment rester motivé sans idole populaire?

Cette question fait sourire Jacques Dussez. «Et Peter de Cruz, c'est pas un champion lui?» Il est vrai que le Genevois (32 ans), médaillé de bronze aux JO de PyeongChang en 2018, est un exemple pour beaucoup, mais pour attirer les nouvelles recrues, il faut miser sur la jeune génération.

«Pour attirer la relève, je surfe sur le succès de Baptiste Défago qui vient de chez nous et qui représente la Suisse au championnat du monde junior. Pour intéresser les jeunes, il faut leur montrer ce type d'exemple»
Jacques Dussez, président du curling club de Champéry

Le curling, que Jacques Dussez considère comme un sport populaire, est effectivement bien loin du manque de visibilité du short-track de Patrick Schweizer.

«C'est sûr qu'avoir un modèle, ça aide! Federer fait rêver les jeunes, bien entendu. En short-track, en Suisse, on n'a personne. Mais prenez le Canada où ce sport est beaucoup plus développé. Vous avez la jeune et prometteuse Courtney Sarault en équipe nationale, la fille d'Yves Sarault, l'ancien entraîneur du LHC. Les jeunes peuvent s'en inspirer. »
Patrick Schweizer, club de short-track de Lausanne

Et d'ajouter que la visite de la championne olympique italienne Arianna Fontana à Leysin, il y a quelques années de cela, a fait son petit effet auprès des jeunes.

Que dites-vous pour attirer la relève?

«D'abord, on parle de la vitesse et des sensations qu'elle procure. C'est un sport qui va vite, on doit pencher dans les virages, il n'y a pas de place pour l'erreur, explique Patrick Schweizer. Ensuite, Il faut dire que le short-track peut se pratiquer par équipe, en relais, et que nous concourrons contre des adversaires. Les disqualifications sont fréquentes et les rebondissements aussi.» Mais ça reste avant tout un sport individuel. «Quand on est adolescent, on veut peut-être rester en groupe et ne pas lâcher les copains.»

Le relais en short-track : des poussettes et des pointes de vitesse à 55 km/h.

Pour le skeleton, le Fribourgeois Ronald Auderset nous explique que l'âge idéal pour débuter se situe entre 14 et 18 ans et que la sélection des jeunes athlètes se fait principalement sur des prérequis physiques importants.

«On peut commencer le skeleton plus tard que la luge, qui se pratique dès 8 ans par exemple. Mais on cherche surtout des jeunes qui ont fait de l'athlétisme, qui ont de l'explosivité et qui sont rapides»
Ronald Auderset

Les JO de Pékin vont-ils rendre la discipline populaire en Suisse?

«Pour le curling, il y a toujours un petit effet JO, se plaît à dire Jacques Dussez. On gagne quelques membres, des gens qui viennent nous dire qu'ils ont vu une rencontre à la TV et veulent essayer. Mais ce qui nous intéresse aujourd'hui, ce sont les jeunes de 12 à 15 ans», confirme le président du curling club Champéry.

En ce qui concerne le skeleton, le champion suisse 2018 explique que le zoom des Jeux ne se ressent pas en Suisse où le sport n'est pas populaire. Contrairement à l'Angleterre, l'Allemagne ou la Lettonie où les adeptes sont nombreux.

C'est surtout du côté du short-track que les attentes sont plus grandes:

«Ce qui a révélé le short-track au grand public, ce sont surtout les Jeux olympiques de la jeunesse qui se sont déroulés à Lausanne en 2020. Nous avions deux jeunes, Alexia Turunen et Thibault Métraux, qui représentaient la Suisse pour la première fois de son histoire. Ces jeux ont été un grand succès et nous avons pu promouvoir le short-track à grande échelle. Malheureusement, la crise du Covid a mis un frein à cet élan. Aujourd'hui, nous avons moins d'une trentaine de membres et cela ne suffit pas pour imaginer une relève digne de ce nom.»
Patrick Schweizer
Alexia Turunen, première Suissesse à s'être qualifiée pour les JOJ de Lausanne en 2020 en short track
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Thibault Métraux (à droite), premier Suisse qualifié pour les JOJ de Lausanne 2020 en short track
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source: sda / alex belles
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