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Ski alpin: Les réseaux sociaux empoisonnent la vie des skieuses

Lara Gut-Behrami of Switzerland, center, with her father and coach Pauli Gut, right, stands for selfies with fans, in the finish area during the women's Super G race at the Alpine Skiing FIS Ski  ...
Lara Gut-Behrami s'est prêtée au jeu des selfies lors de son excellent week-end à Crans-Montana. Keystone

Les réseaux sociaux empoisonnent la vie des skieuses

Lara Gut-Behrami a souligné les difficultés liées aux sollicitations. Elle cible en particulier la pression des sponsors et l'impact des réseaux sociaux dans la vie d'une skieuse.
20.02.2024, 05:5220.02.2024, 06:50
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Les courses de Crans-Montana sont terminées. Le comité d'organisation a remballé la marchandise pour cette année, avant de revenir en 2025 avec, cette fois-ci, des épreuves masculines. Marius Robyr s'en va et Didier Défago le remplace à la tête des épreuves.

Les skieuses paraissent satisfaites de faire une petite pause avant de filer en direction de Val di Fassa, en Italie, pour deux super-G. Lara Gut-Behrami la première, qui se disait même «heureuse que ce soit terminé».

Une fatigue que la Tessinoise avait avouée à la presse, la veille des courses valaisannes. Elle avait pointé du doigt un calendrier surchargé et des sollicitations médiatiques répétées, mais aussi l'habitude des athlètes qui passent trop de temps sur les réseaux sociaux. «Certaines gagnent plus d'argent avec les réseaux sociaux que sur la piste», confiait-elle.

En zone mixte, plusieurs discussions tournaient autour de l'importance des plateformes sociales dans la vie d'un ou d'une athlète. Certains journalistes échangeaient sur les propos tenus par la skieuse de Comano.

La faute à Instagram?

Cette course aux abonnés, «LGB» s'en est détachée. Elle qui comptait 300 000 abonnés sur ses différents réseaux sociaux ne cherche plus à amasser de l'argent grâce à Instagram, Facebook ou X. Elle expliquait: «Si tu veux faire la star sur Instagram et partager ta vie et qu'ensuite tu te blesses, c'est peut-être la faute au réseau social».

Les blessures qui entachent cette saison 2023/2024 peuvent-elles être imputées aux réseaux sociaux? Federica Brignone avait elle aussi décidé de quitter les plateformes sociales. «Après le Covid, j'avais désinstallé les réseaux sociaux. Cette année je suis de nouveau active.»

«Les sponsors ne te demandent pas combien de courses tu as gagnées, mais ton nombre d'abonnés»
Federica Brignone

La skieuse transalpine regrette la place (toujours plus grande) que prennent les réseaux sociaux. «Je trouve ça désolant. Une athlète doit être reconnue pour ses résultats et son charisme, et non pour ses followers.»

Federica Brignone compte tout de même plus de 231 000 followers sur Instagram.
Federica Brignone compte tout de même plus de 231 000 followers sur Instagram.

Si elle gère seule ses réseaux sociaux, Federica Brignone avoue avoir beaucoup de clauses dans ses contrats concernant sa présence sur les différents canaux. «Tu signes des contrats pour poster uniquement des images et des stories.»

Pour Cornelia Hütter, cela fait partie du jeu. «Il est difficile de gérer tout ça et il est difficile de dire non.» Elle assure ne pas trop se soucier de ses comptes sur les médias sociaux et ne cherche pas à faire gonfler sa communauté de fans.

En discutant avec des sponsors dans la raquette d'arrivée à Crans-Montana, on comprend vite l'importance des réseaux sociaux et la façon dont ils peuvent bel et bien prendre le dessus sur les résultats. Prenons l'exemple de Luca Aerni: il profite de ses racines valaisannes et bernoises pour se profiler comme un ambassadeur de choix pour certaines marques en Suisse, même si ses résultats ne sont pas flamboyants cette saison. Le slalomeur peut compter sur une communauté de fans très réactive qui compte 38 000 abonnés sur Instagram.

Pour mesurer l'impact des à-côtés du ski alpin, Mikaela Shiffrin, durant la saison 2023, inscrivait son nom à la 14e place des sportives les mieux rémunérées. Si elle a remporté 1,1 million de gains en compétition, ce sont surtout 5 millions qui proviennent de ses sponsors. Ses contrats avec Barilla, Atomic, Adidas, Oakley, Longines représentent donc la majeure partie de ses revenus. Ses 1,4 million de fans sur Instagram peuvent découvrir différents posts où ses partenaires sont cités.

«Supprimer le filtre des médias»

Mais de manière générale, remplir son porte-monnaie grâce à Instagram peut peser sur les épaules des athlètes. Lara Gut-Behrami rappelait que «ce n'est pas uniquement à cause du calendrier surchargé» si des skieuses finissent à l'infirmerie.

Dominique Gisin, retraitée depuis 2015 du Cirque blanc, suit à distance ce nouveau mode de rémunération grâce aux plateformes sociales. Ce mode de fonctionnement n'était pas en place lorsqu'elle skiait au plus haut niveau et les sponsors n'étaient pas aussi demandeurs. Elle trouve d'ailleurs «fou» quand on lui expose ces nouvelles clauses érigées par les marques.

«Durant ma carrière, c'était le début des réseaux sociaux. Je trouvais sympa et intéressant de pouvoir m'exprimer et maîtriser mon image, en supprimant le filtre des médias.»
Dominique Gisin

Ce qui était «sympa» et «intéressant» il y a dix ans est devenu une obligation que subissent en silence de nombreux athlètes de haut niveau.

Un chien interrompt le Super-G de Bormio
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