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Yule: «Des pelleteuses sur un glacier, c'est sûr que ce n'est pas top»

Ski racer Daniel Yule from Switzerland, poses during the Swiss-Ski federation press conference at the FIS Alpine Ski World Cup, in Adelboden Switzerland, Friday, January 6, 2023. (KEYSTONE/Jean-Christ ...
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«Des pelleteuses sur un glacier, c'est sûr que ce n'est pas top»

Daniel Yule démarre sa saison samedi. Dans un long entretien pour watson, le slalomeur revient sur la polémique de Zermatt, sur le boycott d'Alexis Pinturault et sur ses réflexions pour une meilleure harmonie entre ski et nature.
16.11.2023, 18:4716.11.2023, 19:18
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Il appartient au gratin mondial de la spécialité depuis plusieurs années. Daniel Yule, qui a clos le dernier exercice à la 4e place du général du slalom, est une valeur sûre de notre équipe nationale. Le Valaisan de 30 ans, qualifié de skieur cérébral, est aussi incisif sur les skis qu'avec les mots, toujours prompt à défendre l'écologie. Nous l'avons attrapé au téléphone pour évoquer le début de saison, sa passion intacte et les nombreuses polémiques à Zermatt.

L'année dernière, la saison avait démarré le 11 décembre. Pour l'exercice 2023/2024, elle commence avec un mois d'avance. Est-ce une bonne chose?
Daniel Yule: Oui, je suis content. J’aime les courses et plus elles sont nombreuses, mieux je me porte. L'an dernier, le premier slalom de Val d'Isère avait eu lieu le 11 décembre et les Mondiaux de Courchevel en février, la saison de slalom s'était donc jouée sur deux mois. (réd: deux courses avaient toutefois été disputées après les Mondiaux)

Votre collègue Ramon Zenhäusern confessait à Keystone-ATS qu'il était d'accord d'allonger la saison.
Je suis du même avis. Après, si vous posez la question à Marco Odermatt, il vous dira que la saison est bien assez longue. Mais nous, les slalomeurs, nous n'avons pas assez.

Les spécialistes de slalom auront quand même 13 slaloms pour se disputer le globe cette saison. Ce n'est pas assez?
C'est un record et je ne vais surtout pas me plaindre.

Chaque été, les équipes prennent l'avion pour aller s'entrainer dans l'Hémisphère sud. Les conditions sont désormais difficiles sur les glaciers l'été. Mais si vous aviez le choix, préféreriez-vous rester en Suisse?
Oui et non. Honnêtement, j’apprécie ces voyages dans l’Hémisphère sud (réd: les skieurs suisses étaient à Ushuaïa, en Argentine). Là-bas, c'est l'hiver et nous skions dans des conditions hivernales. Ça me coûte moins d’énergie d’aller là-bas que sur nos glaciers. En Argentine, le matin, on sort de la voiture et on est sur les pistes. Sans parler de la qualité des entrainements: il n’y a pas photo. On peut difficilement reproduire ça ici en Suisse durant l'été.

Vous êtes toujours loin derrière vos coéquipiers lors des manches chronométrées à l'entraînement?
(Rires) Toujours! Ça ne change pas. Je préfère être à la traîne quand ça compte pour beurre et passer devant en course. C'est vrai que je serais content d’être plus proche de la tête lors des entrainements. Mais c'est la même mayonnaise depuis que je suis en Coupe du monde: je ne suis jamais aux avant-postes et ça nourrit une forme de crainte avant de lancer la saison. Ça me permet de me motiver, de me botter les fesses pour trouver des solutions afin d'aller plus vite.

«Quand on prend des valises par ses coéquipiers lors des manches d'entraînement, l’orgueil en prend un coup»

Plus on vieillit et moins on a d’attente au lancement de la saison?
Bonne question. Je dirais plutôt que les attentes sont différentes. J'ai déjà réalisé une belle carrière et j'en suis très fier. Je pourrais arrêter demain et me retourner avec fierté sur mes exploits. Je suis plus calme sachant que ma carrière est réussie. Mais la rage de vaincre n'a pas diminué avec l'âge.

Daniel Yule of Switzerland in action during the first run of the men's slalom race at the FIS Alpine Skiing World Cup finals in Soldeu, Andorra, Sunday, March 19, 2023. (KEYSTONE/Jean-Christophe  ...
Daniel Yule n'était pas à la fête lors de l'ultime slalom de la saison 2022/2023.Keystone

La saison passée, vos derniers slaloms ont été plutôt compliqués après avoir aligné deux victoires et un podium. Etiez-vous fatigué ou lassé avant d'arriver aux Mondiaux de Courchevel?
Non, du tout. Au final, si on regarde de plus près, c’était seulement trois courses. Les Mondiaux, c’était un jour sans. Si on se focalise sur Palisades-Tahoe, j'ai très bien skié en première manche. La deuxième était une catastrophe. Sans me chercher d'excuses, les conditions étaient particulières aux Etats-Unis. Si je m'attarde sur la seconde manche, je prends 1 seconde 20 sur Clément Noël (qui termine 3e au total des deux manches). Ce n'est pas cataclysmique non plus. Après, la neige salée d'Andorre ne me convient pas.

Avez-vous un peu paniqué après ces trois courses ratées?
Non, je n'avais aucune raison d'être alarmiste.

La FIS a interdit cette saison l'usage du fluor. Certains coureurs redoutent de faux positifs. Cela vous inquiète-t-il?
J’essaie de ne pas trop y penser. Je ne sais même pas exactement comment cette machine marche et mesure la quantité de fluor. Elle n’est pas vraiment au point, mais je ne suis pas expert en la matière. Si nous prenons en exemple le cas de Ragnhild Mowinckel, je doute qu'elle avait du fluor sur la semelle. Selon moi, les moyens de mesure ne sont pas adaptés.

Il y a aussi une résurgence des cas Covid ces derniers jours. Y pensez-vous dans l'équipe et entre les coureurs?
Non, ce n’est plus quelque chose qui nous fait peur. C’est devenu un peu un non-sujet et on n'en parle plus entre nous.

Revenons à Zermatt et ses épreuves de la discorde. Des erreurs ont été commises, mais n’est-ce pas de l’acharnement de la part de l'opinion publique?
On peut parler d’un certain acharnement. Un petit peu. Disons que c’est en termes d’image que ça coince, alors que Zermatt s'est donné à fond pour mettre en place de belles courses. Je ne veux surtout pas taper sur les organisateurs et les bénévoles. Après, c’est sûr que des pelleteuses sur un glacier, ce n’est pas top. S'ils avaient eu de la chance, ils auraient pu organiser de belles courses le week-end dernier (le 11 et 12 novembre) et tout le monde aurait été content. Ce qui coince, ce sont ces travaux.

«Il y a 15 ans, les pelleteuses étaient déjà sur les glaciers. Cette fois, ça a mis en exergue les changements qui peinent à se mettre en place dans le monde du ski»

La FIS aurait dû peut-être organiser un slalom en lieu et place d’une descente, peut-être. Il y a des décisions qui peuvent surprendre, comme ces voyages aux Etats-Unis en plein milieu de la saison. Mais de s'attaquer à l'organisation zermattoise et d’en faire les grands méchants loups, c’est un mauvais jugement de l’opinion publique.

La FIS est la coupable?
La grande instance reste la FIS. Ce sont ses dirigeants qui donnent les lignes directrices d'un projet de course. Et si Zermatt reçoit le feu vert pour organiser une Coupe du monde, il serait bête de ne pas sauter sur l'occasion. C’est la FIS qui a les clés. Surtout, on a moins l’impression que les problèmes et les enjeux climatiques sont ignorés.

Développez...
La Coupe du monde ne va pas devenir climatiquement neutre du jour au lendemain. Si nous commencions gentiment à aller dans cette direction pour améliorer notre empreinte carbone, à force de détails, nous pourrons approcher un début d'harmonie avec la nature.

Alexis Pinturault a décidé de ne pas faire le déplacement en Valais, boycottant les deux descentes au programme. Un choix fort que d'autres skieurs auraient dû suivre?
Alexis Pinturault boycotte, d'accord. Mais derrière, il part à Copper Mountain, aux Etats-Unis, et s'aligne à Sölden alors que de nombreuses critiques ont plu avant le week-end de course. Il aurait aussi pu boycotter Adelboden, avec son long ruban blanc à travers les pâturages bernois.

«Je suis le premier à critiquer et à m’engager; je m'efforce à défendre un discours raisonné»
Christian Borgnaes of Denmark in action during the first run of the men's giant slalom race at the Alpine Skiing FIS Ski World Cup in Adelboden, Switzerland, Saturday, February 7, 2023. (KEYSTONE ...
La course à Adelboden était spectaculaire, alors que la neige manquait grandement.Keystone

Ces nombreuses critiques et polémiques, entre Sölden et Zermatt, n’ont-elles pas un effet négatif sur les coureurs et sur vous?
Je dirais que non. Je ne suis pas encore arrivé au point j'ai envie d'abandonner, lassé par les polémiques.

«Le ski est ma passion, mais c’est vrai qu'à la longue, les critiques pèsent»

J'essaie de ne pas trop y prêter attention. Nous, on est sur les skis pour faire de notre mieux. J’adore le ski et je préfère arriver avec des solutions et formuler des critiques constructives pour faire avancer mon sport à l'avenir.

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Engelberg, Obwald.
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