Ce mythe du foot romand prend sa retraite et raconte ses «dernières fois»
C'est une légende du football romand qui va tirer sa révérence, tout prochainement. Gérard Castella (72 ans) a annoncé – dans une interview publiée dimanche 1er mars par les titres de Tamedia – qu'il prendra sa retraite en juin.
Le Genevois est le responsable de la formation à Young Boys depuis 2017. Avant de former les jeunes bernois, il a connu une longue et glorieuse carrière d'entraîneur chez les pros, entamée en 1982 à Etoile Carouge.
Son principal fait d'arme? Le titre de champion suisse avec Servette, en 1999. Le dernier d'un club romand à ce jour. Celui qui a aussi coaché Lausanne et Xamax, entre autres, a également fêté sept promotions. Comme joueur, Gérard Castella a remporté la Coupe en 1981, avec le LS.
Comme le veut la tradition chez watson quand un acteur du sport prend sa retraite, on a questionné Gérard Castella sur ses «dernières fois».
La dernière fois que vous avez adoré le foot?
GERARD CASTELLA: Hier soir (mardi soir). J'ai regardé Barcelone-Atlético Madrid. J'adore le football. Je peux regarder tous les jours un match. Dès que je peux mettre la télé et qu'il y a du foot, j'adore ça!
Au contraire, la dernière fois que vous avez détesté le foot?
Quand je vois des simulations, des tricheurs. Je ne supporte pas ces équipes où il y a des tricheurs qui cherchent toutes les combines, qui provoquent. Ou alors quand j'entends des propos racistes, ça je déteste aussi. Ces gens n'ont rien à faire sur un terrain de foot.
La dernière fois que vous avez pris un coup de vieux?
(Rires) Quand je vois grandir mes enfants et mes petits-enfants. Aujourd'hui, ma petite-fille a 4 ans, et je me dis: «C'est pas possible, j'ai l'impression qu'elle est née hier!»
La dernière fois que vous avez poussé une gueulée dans un vestiaire?
Oh ça fait longtemps! Tellement longtemps que je ne me rappelle même plus quand c'était... Je n'étais pas un gueulard. Mais ça m'est arrivé de temps en temps de booster l'équipe, elle attend parfois d'un entraîneur qu'il soit capable de la secouer. Mais il faut trouver le bon moment et le bon ton. Quand j'étais joueur, je détestais quand un entraîneur gueulait ou nous menaçait.
La dernière fois que vous avez pleuré?
(Tout à coup ému au téléphone, il marque un silence) Quand j'ai perdu mon chien, il y a trois ou quatre ans. Un berger belge qu'on avait avec mon amie. On a dû le faire piquer. Il était vieux, quinze ans, donc c'était normal. Il était magnifique, gentil. Ça m'a vraiment fait un choc et fendu le cœur.
La dernière fois que vous en avez eu marre qu'on vous parle du titre avec Servette en 1999?
Des fois, j'ai l'impression que je n'ai fait que ça dans ma carrière! (Rires) Ça m'énerve un peu, parce qu'il y aussi eu d'autres réussites. Mais c'est clair que c'est le fait marquant de ma carrière, et c'est normal que les gens reviennent dessus. C'est un titre d'autant plus marquant que j'ai été formé au club et que je suis Genevois. D'ailleurs, à ma connaissance, je suis le seul entraîneur genevois à avoir été sacré avec Servette.
La dernière fois que vous avez regretté de prendre votre retraire?
Ça ne m'est pas arrivé. C'est une décision mûrement réfléchie, Je voulais vraiment partir de moi-même, que ce soit ma propre décision. Pour éviter absolument que quelqu'un à Young Boys ou un membre de ma famille me pousse à le faire en disant: «Gérard, ce serait peut-être le moment que tu arrêtes».
La dernière fois que vous avez été fier de vous?
A la naissance de mon fils Alain, en 1985.
Chaque fois que je rentrais le soir à la maison, c'était une fierté de voir mon enfant. Je viens d'une famille nombreuse, alors pour moi, c'était une évidence d'avoir des enfants un jour.
La dernière fois que vous avez eu un privilège parce que vous vous appelez Gérard Castella?
Je n'aime pas utiliser ma petite notoriété pour obtenir des trucs. Je veux qu'on me traite normalement, comme tout le monde. Des fois, je suis invité pour aller voir un match de hockey à Fribourg, grâce à une personne d'YB. Si je ne connaissais pas cette personne, je n'aurais pas ce privilège. Non, vraiment, je n'ai jamais voulu utiliser mon nom pour obtenir des choses. D'ailleurs, pas sûr que ça marcherait... (Rires)
La dernière fois que vous vous êtes brouillé avec un journaliste?
Quand j'étais entraîneur à Saint-Gall, en 2002. J'avais hérité d'une équipe en bout de course, lessivée. On était dans une mauvaise période.
Il avait même manipulé les joueurs dans mon dos. Ce journaliste a vraiment été malhonnête. Après cet entraînement, je l'ai choppé, je me suis fâché très fort et on s'est insulté. C'est la seule fois de ma carrière où j'ai passé un sale moment avec un journaliste.
La dernière fois qu'un inconnu vous a abordé dans la rue?
A Genève, ça m'arrive encore souvent. Ces gens viennent vers moi: «Ah Monsieur Castella, c'est incroyable! J'étais là ce fameux 2 juin 1999 à Lausanne (le soir du dernier titre de Servette)». Ça fait vraiment plaisir de se dire qu'on a marqué toute une génération de fans du Servette FC!
Et la dernière fois qu'on vous a demandé un selfie?
(Rires) Au Stade de Genève, il y a trois mois. Quand on est venu jouer avec Young Boys contre Servette. Un gars est venu vers moi et m'a demandé s'il pouvait faire une photo avec moi. Je lui ai dit: «Pas de problème!»
La dernière fois que vous avez détesté votre job?
Quand tu te fais virer. C'est dur, vraiment dur! Par exemple mon licenciement de Xamax, en 2008, juste après une défaite contre Thoune à la Maladière. Là, tu te dis: «Qu'est-ce que je fous là-dedans?!» On venait de fêter la promotion en Super League, et on n'était pas catastrophique au classement. On perd ce match seulement à cause d'une glissade d'un défenseur...
Mais heureusement, la passion revient vite, et il faut savoir rebondir.
Et, au contraire, la dernière fois que vous avez adoré votre job?
Ce matin (mercredi matin). C'était top! Il faisait beau, j'avais quinze jeunes joueurs de Young Boys entre 17 et 20 ans, on a fait un entraînement technique, toucher le ballon, et tout ça sur le terrain principal du Wankdorf. Ça, c'est le rêve. C'est fantastique! Tu peux transmettre, aider des joueurs à se développer. C'est le plus beau moment de ma journée.
Ça fait plaisir de vous entendre! D'autant plus quand on sait que pour beaucoup de gens, leur job est uniquement alimentaire...
Ah mais je suis un privilégié! On dit souvent aux gens, quand ils choisissent leur métier, qu'ils doivent aimer ce qu'ils font. Moi, je fais ce que j'aime. C'est ça, la différence.
Et la dernière fois que vous irez au travail, comment ça va se passer?
Ouh, aucune idée! Ça sera au mois de juin, je ne sais même pas quel jour aura lieu mon dernier entraînement. Je m'y rendrai normalement, avec la conscience tranquille et le sentiment d'avoir bien fait mon boulot à YB ces neuf dernières années. J'espère laisser un bon souvenir à mes collèges et aux joueurs. Je n'ai même pas imaginer ce moment. Oui, il y aura certainement un peu d'émotion. Mais la vie continue!
Le matin, ça ne m'a jamais embêté d'aller travailler, même dans les périodes compliquées. Je le répète, j'ai été un privilégié. Je n'ai qu'un mot pour le football: merci!
