Le coût réel du retour du nucléaire inquiète même chez le PLR
La Commission de l'environnement du Conseil des Etats a amorcé, lundi, un tournant dans la politique énergétique. Elle soutient la contre-proposition indirecte du Conseil fédéral à l'initiative «Blackout». Le but: lever l'interdiction de construire de nouvelles centrales prévue par la loi sur l'énergie nucléaire.
Le Conseil des Etats a de bonnes chances d'adopter cette contre-proposition. Elle devrait avoir toutefois plus de mal à passer au Conseil national. Mais le financement d'une nouvelle centrale occupe déjà le centre des débats.
Un exemple français qui fait réfléchir
Le conseiller aux Etats PLR Damian Müller est l'un de ceux qui se penchent sur cette question. Il est le seul membre bourgeois de la Commission à ne pas avoir approuvé la contre-proposition, s'abstenant lors du vote. Il déclare:
Müller rappelle le cas de la construction de la dernière centrale en France, le réacteur 3 de Flamanville. Il a été mis en service fin 2024. Le chantier a duré 17 ans, bien plus que prévu.
Le budget initial de 3,3 milliards d'euros a également été largement dépassé. Selon la Cour des comptes française, il atteint au final entre 13 et 23,7 milliards (ce dernier chiffre incluant les provisions pour le démantèlement et la gestion des déchets nucléaires). Müller déclare:
La question du financement
Lundi, le ministre de l'Energie, Albert Rösti, a pour sa part évoqué le sujet pour la première fois sur SRF. Il a émis la possibilité d'octroyer à la construction d'une centrale des subventions fédérales similaires à celles pour les énergies renouvelables. Il a notamment insisté:
Mais s'il s'avère un jour que le pays ne peut fonctionner sans le nucléaire, le Parlement devra également s'accorder sur son financement. Interrogé sur son intention de demander une modification de la loi aux Chambres, Albert Rösti a répondu:
La crainte d'une charge sur le budget fédéral
C'est ce que le conseiller PLR veut empêcher. Il a déposé une motion à la Commission de l'environnement. Le texte demande que la Confédération ne contribue pas financièrement à la construction et à l'exploitation de centrales, que ce soit par des subventions, des prêts, des crédits, des garanties, des aides ou toute autre forme.
Argument central de Damian Müller: les retards dans les projets ou les échecs économiques pourraient grever lourdement le budget fédéral. Tout l'inverse d'une politique financière prudente et durable. Le risque lié aux nouvelles centrales nucléaires doit rester à la charge des porteurs de projets.
Le libéral-radical souligne encore que les fonds publics destinés aux nouvelles centrales nucléaires entreraient alors en concurrence avec les ressources pour les énergies renouvelables, les réseaux et l'efficacité énergétique. La majorité bourgeoise de la commission a vu les choses différemment. Elle ne souhaite pas exclure la participation de la Confédération et a rejeté la proposition.
(Adaptation en français: Valentine Zenker)
