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Analyse

Des opposants à la loi Covid mettent en doute la validité du vote

Image: sda
Quelques jours avant le vote, certains opposants à la loi Covid dénoncent déjà des fraudes électorales. Un phénomène difficile à mesurer, mais qui soulève plusieurs questions.
17.11.2021, 16:5117.11.2021, 16:55
Corsin Manser
Corsin Manser
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Le Trumpisme serait-il définitivement arrivé en Suisse? Si l’on jette un œil dans les discussions Telegram des opposants aux mesures sanitaires, on pourrait facilement arriver à cette conclusion: en effet, des messages affirmant qu'il y aura de la triche lors de la prochaine votation y sont régulièrement partagés.

La Poste est notamment visée. Elle serait, selon les détracteurs, à l'origine de la fraude. Ce type d'accusation est connu aux Etats-Unis: Donald Trump affirme encore aujourd'hui que les votes par correspondance ont été truqués et qu'il serait le président légitime.

Bien sûr, les affirmations de Trump sont absurdes. De nombreux tribunaux ont réfuté l'existence d'une fraude électorale. Mais le discours de l'ancien président fonctionne: 30% des Américains croient au «Big Lie», selon lequel Trump serait le président légitime. Conséquence: la foi en la démocratie américaine est fortement ébranlée.

Bulletin de vote et selfie

Certains anti-mesures Covid sèment désormais des doutes concernant la procédure de vote, comme le rapporte le journal Megafon Reitschule Bern. Sur le site web wahl-beobachter.ch («observateur des élections» en français), les utilisateurs sont invités à télécharger leur bulletin de vote rempli, accompagné d'un selfie et de leur carte d'identité.

Le tout est enregistré sur une Blockchain, assure l'opérateur. C'est la seule façon de garantir un résultat non manipulé. Sur la page d'accueil, on peut lire: «Les élections à venir ainsi que de nombreuses élections précédentes ont été manipulées».

Dans divers chats Telegram, certains opposants aux mesures sanitaires sont désormais invités à s'inscrire sur le site internet. Le message circule depuis lundi et des centaines de personnes se trouvent déjà dans les chats où l'on craint une escroquerie.

Il convient de noter ici que l'exploitant du site wahl-beobachter.ch parle d'élections, bien que ce sont des votations qui sont prévues le 28 novembre. Une différence non négligeable.

Le gérant du site, Jean-Michel Scheidegger, ne veut pas révéler à watson combien de personnes se sont déjà inscrites. Il écrit toutefois qu'elles sont «étonnamment nombreuses». Le nombre de visites sur le site serait «très élevé». Ces affirmations ne peuvent pas être vérifiées.

Attaque du secret électoral

On peut dire que la demande de Scheidegger est extrêmement délicate. En Suisse, les votations et les élections doivent se dérouler à bulletin secret. Cela fait partie des principes du droit électoral suisse. L'électeur ou l'électrice ne doit pas être photographié lors de l'émission de son vote, et aucun bulletin de vote ne doit pouvoir être attribué ultérieurement à un électeur ou une électrice individuel(le). Le secret électoral doit protéger les électeurs et électrices et permettre un vote sans filtre.

Cependant, en téléchargeant un selfie en même temps que le bulletin, le vote est clairement attribuable à quelqu'un.

Comment se répandent les doutes sur les procédures de vote et d'élection? S'agit-il d'un nouveau phénomène qui n'apparaît que maintenant, à l'approche du vote sur la loi Covid ? «De telles rumeurs infondées semblent effectivement n'avoir atteint une certaine visibilité que pendant cette campagne de votation», répond le politologue Fabrizio Gilardi à watson.

Gilardi a procédé à une évaluation de 88 953 tweets des 30 derniers jours. Il n'a trouvé qu'un très petit nombre de tweets contenant une expression telle que «fraude électorale». Le politologue observe cependant:

«Il est bien possible que de telles idées se répandent davantage sur d'autres canaux, par exemple Telegram ou WhatsApp».

«Welcome in Trumpland»

En comparaison avec les Etats-Unis, où la plupart des républicains soutiennent le «Big Lie» de Trump, une grande partie des politiciens suisses soutiennent le système de vote et d'élection. Le conseiller national socialiste Roger Nordmann a qualifié les gérants de wahl-beobachter.ch d'une «équipe de fous». Il a écrit à ce sujet 👇

De l'autre côté de l'échiquier politique, Barbara Steinemann ne veut pas non plus entendre parler de fraude. «Je suis convaincue qu'il n'y a pas de fraude en Suisse lors des votations et des élections», écrit la politicienne membre de l'UDC.

«Je suis convaincue qu'il n'y a pas de fraude en Suisse lors des votations et des élections», affirme Barbara Steinemann (à gauche).
«Je suis convaincue qu'il n'y a pas de fraude en Suisse lors des votations et des élections», affirme Barbara Steinemann (à gauche).Image: sda

Même constat chez sa collègue de parti Martina Bircher. Un groupement comme wahl-beobachter.ch ne peut pas se donner lui-même le devoir de contrôler les votations et les élections. «De plus, ils demandent la photo et les données des personnes, ce qui me fait me demander comment ces données sont traitées». A la question de savoir si elle craint une fraude lors de la prochaine votation, la conseillère nationale de l'UDC répond que non.

Des individus tentent donc de saper la légitimité des institutions suisses de manière ciblée. Cela rappelle fortement la démarche du clan Trump. Pour l'instant, tout laisse pourtant penser que le trumpisme reste un phénomène marginal en Suisse.

Traduit de l'allemand par Anne Castella

Manifestation autorisée contre les mesures Covid à Berne

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Manifestation autorisée contre les mesures Covid à Berne
source: sda / peter schneider
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