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Cédric Wermuth, coprésident du PSS.
Cédric Wermuth, coprésident du PSS.image: keystone, shutterstock, montage sainath bovay
Analyse

Les socialistes suisses sont-ils en train de se casser la gueule?

Après Zurich et Fribourg, le Parti socialiste suisse a subi un nouveau revers électoral ce dimanche dans le canton de Vaud. Il n'est arrivé qu'en 4e position dimanche au premier tour de l'élection au Conseil d'Etat. Inquiétant.
21.03.2022, 18:5722.03.2022, 11:21

Ça commence à se voir. Le Parti socialiste suisse (PSS) n’en finit pas d’accuser des revers électoraux. Après son siège perdu au Conseil d’Etat fribourgeois en novembre dernier, un séisme à l’échelle cantonale, après six autres de perdus au parlement de la ville de Zurich en février (-4,1% des voix par rapport à 2018), trois encore au législatif communal de Winthertour (-4,9%), le PSS fait piètre figure au premier tour de l’élection au Conseil d’Etat vaudois. Dimanche, les trois candidats arrivés en tête sont tous radicaux, la première d'entre eux, Christelle Luisier, étant d'ores et déjà réélue.

Au précédent scrutin de 2017, les socialistes s’étaient hissés d’emblée à la deuxième place grâce à Pierre-Yves Maillard qui se représentait. Cette fois-ci, la meilleure place obtenue est la quatrième et c'est Nuria Gorrite, magistrate sortante, qui l'occupe.

Si l’ensemble de ces reculs profitent aux Verts, comme dans un jeu de vases communicants, la droite, principalement les libéraux-radicaux (PLR), en tire également bénéfice. Comment comprendre la tendance baissière du parti socialiste suisse?

Pour le coprésident du PSS, ce n'est pas si grave...

Interrogé par watson avant la tenue du scrutin vaudois sur ce fléchissement déjà observé, le coprésident du PSS, Cédric Vermuth, en relativisait l’importance:

«Contrairement aux socialistes français, allemands et autrichiens, les socialistes suisses n’ont jamais enregistré de reculs électoraux signifiant leur effacement de la vie politique. Aussi, parce que notre politique sociale n’a jamais été opposée aux intérêts des classes populaires»
Cédric Vermuth, coprésident du PSS

Cette fidélité à ce qu’on nommait autrefois la classe ouvrière continue de payer. Même si, sur des questions identitaires en rapport avec les migrants ou avec l’islam, une partie de l'électorat ouvrier a pu, comme ailleurs en Europe, basculer soit dans l’abstentionnisme, soit dans le camp de l’UDC.

Davantage qu’en France, où le PS est à l'agonie, l’aile syndicale, traditionnellement tournée vers la défense des intérêts matériels des travailleurs, est toujours représentée chez les socialistes suisses. Peut-être même est-elle prête à reconsidérer son opposition de principe à l'énergie nucléaire, étant données les incertitudes qui pèsent sur l'avenir énergétique de la Suisse, renforcées par la guerre en Ukraine.

La figure principale de cette aile syndicale est justement le Vaudois Pierre-Yves Maillard, président de l’Union syndicale suisse (USS), peu porté sur les questions sociétales – contrairement au PSS, son parti, il ne s’était pas opposé à l’initiative de l’UDC contre le port du voile intégral dans l’espace public.

Trop «wokes», les socialistes?

Le PSS serait-il en train de pâtir électoralement d’un dispersement de ses engagements? La dimension sociétale l’emporterait-elle sur la dimension sociale et ouvrière du parti? De sensibilité radicale, l’historien de la politique suisse Olivier Meuwly fait l’hypothèse d’«un agacement grandissant d’une partie des électeurs de gauche pour les questions woke (réd: ce qui touche à la défense et à la promotion des minorités dans des termes identitaires)».

«Il y a sur ce point un indéniable conflit générationnel à gauche et singulièrement au PSS. Une querelle de famille, dans laquelle le PLR vaudois ne s’est pas véritablement engouffré de peur de prendre des coups, mais dont il tire peut-être parti ces jours-ci»
Olivier Meuwly, historien

Moins farouches, les libéraux-radicaux genevois ont pris le leadership du combat contre diverses initiatives des partis de gauche du bout du lac jugées «wokes».

Président de la section montreusienne du PS vaudois, Romain Pilloud, de la jeune génération, élu dimanche au Grand Conseil, non seulement ne nie pas les aspérités générationnelles au sein de son parti, mais il assume pleinement ce positionnement sociétal, ramassé en un mot: intersectionnalité.

«Les combats progressistes sont solidaires les uns des autres: pour les énergies renouvelables, pour les migrants, pour les droits des femmes, contre l'islamophobie, contre la transphobie»
Romain Pilloud, membre de la direction du PS vaudois

Cédric Wermuth, le coprésident du PSS, défend les choix programmatiques de son parti:

«C’est une grande tradition à gauche de ne pas opposer la défense des salariés et celle des migrants. Le développement des aménagements pour la pratique du vélo, la lutte contre le sexisme, d’une part, le combat contre l’augmentation des primes des caisses maladie, les propositions pour un salaire minimum, d’autre part, ne sont pas des revendications qui s'excluent les unes par rapport aux autres»
Cédric Wermuth, coprésident du PSS

En vue du second tour de l'élection du gouvernement vaudois, le 10 avril, même jour que le premier tour de la présidentielle française, Nuria Gorrite, en ballottage comme cinq autres candidats, confrontée à l'offensive de l'Alliance de droite (trois PLR, un UDC, une centriste), appelle à la mobilisation des «abstentionnistes». Il semblerait qu'ils aient été nombreux dans les centres urbains, là où l'on trouve les plus gros bataillons de la gauche. La magistrate socialiste sortante a plaidé le caractère précieux de la démocratie, qu'il faut faire vivre à l'heure de la guerre en Ukraine.

Zurich comme juge de paix

Alors, le Parti socialiste suisse est-il en train de se casser la gueule? Le deuxième tour de l'élection au Conseil d'Etat vaudois aura valeur de test pour les socialistes suisses. Il confirmera la tendance baissière précédemment observée ou il la stoppera.

Au PSS, on attendra les scrutins cantonaux de Genève et surtout de Zurich en 2023 pour être réellement fixé. Il se dit que les élections cantonales zurichoises sont une prédiction du moment majeur de la vie politique suisse: les élections fédérales qui se tiendront fin 2023. On saura alors si les socialistes ont dégringolé ou non.

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