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Le 7 mars, c'est la première fois que les Verts s'engagent seuls au combat à Lausanne. Image: Shutterstock / KEYSTONe / watson

Analyse

Comment les Verts veulent tout rafler

Les Verts n'ont jamais été aussi conquérants. A Lausanne, 4ème ville de Suisse, ils pourraient devenir la première force de gauche le 7 mars. Au détriment du PS. Et si cette tendance se vérifiait au niveau suisse?



Ne leur dites pas que la politique est un sport de combat, ils croient encore que ce n'est qu'un concours d’idées. Une boutade, assurément, mais comment interpréter autrement la stratégie des Verts au premier tour de l’élection du 7 mars prochain à Lausanne? Ils visent rien moins que la première place, tout en s'en défendant. Coup de projecteur sur la 4ème ville de Suisse, qui pourrait bien donner le ton au niveau suisse.

La municipalité de Lausanne est aujourd’hui composée de trois socialistes, deux écologistes, un «popiste» et un seul représentant de la droite. Une supermajorité de gauche qui va se maintenir lors des élections communales, mais dont les contours pourraient sensiblement évoluer.

Affiches électorales à Lausanne. Ici, Les Verts et le PS.

Pour la première fois, les Verts partent seuls au combat.

Jamais autant de candidats

Planant sur leur vague des élections fédérales, qui n’a pas reflué malgré une année où les préoccupations sanitaires ont largement occulté l’inquiétude climatique, les Verts n'ont jamais été aussi conquérants.

Avec ce record de candidats à des élections communales: leur nombre double par rapport à 2016 pour les exécutifs, et augmente de 60% pour les législatifs. Dans la capitale vaudoise, le parti écologiste pourrait devenir la première force à gauche et placer une personne de plus à la municipalité.

Qui veut la peau du PS ?

«Non, on ne veut pas la peau des socialistes. On ne réfléchit pas comme ça, ce sont vraiment des préoccupations de journalistes. Notre souci ce n’est pas le combat électoral, mais la survie de l’humanité, dit Léonore Porchet, conseillère nationale verte vaudoise, qui suit évidemment de très près la joute lausannoise. Nous entendons répondre à la demande de la population de placer l’urgence climatique au centre de l’action politique. Or les élus verts sont les mieux placés pour le faire.»

Derrière cette prévention à admettre la rivalité croissante à gauche pour la conquête de nouveaux territoires électoraux, force est de constater que le parti socialiste a un nouveau problème. Alors qu’une partie de son électorat populaire (autrefois on aurait dit «ouvrier») s’en allait voir du côté de l’UDC il y a une quinzaine d’années, la tentation verte gagne maintenant la frange bobo de ses partisans.

«Le bassin électoral de la gauche n’est pas extensible en Suisse, ce sont des vases communicants»

Pascal Sciarini, professeur Sciences politiques, UniGE

Pour Pascal Sciarini, professeur à l’Université de Genève, «socialistes et Verts se trouvent dans une dynamique à la fois favorable et difficile, car le bassin électoral de la gauche n’est pas extensible en Suisse, ce sont des vases communicants. L’idéal pour eux serait que leur progression ne se fasse pas au détriment de l’autre, mais c’est rarement possible. On l’a clairement vu aux élections fédérales de 2019, où la forte progression des Verts s’est faite sur le dos du PS. Leur base électorale est quasiment identique et, à 90%, ils sont sur la même plateforme programmatique.»

L'auteur de l'etude le professeur Pascal Sciarini du Departement de science politique et relations internationales de l'Universite de Geneve presente son etude sur les demissions dans les executifs et deliberatifs communaux, lors d'une conference de presse, ce vendredi 15 janvier 2021 a Geneve. (KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi)

Pascal Sciarini. Image: KEYSTONE

Selon le politologue, on assiste à un rééquilibrage des forces à gauche, avec un PS qui souffre de son image de grand vieux parti historique structuré, représentatif de l’establishment, alors que les Verts profitent au contraire encore d’une aura de nouveauté alors qu’ils ont pourtant bientôt cinquante ans.

Le PS face au défi de la vague verte

La bascule a déjà commencé. Lors des élections fédérales d’octobre 2019, les Verts sont devenus par exemple le premier parti de gauche dans le canton de Genève (25% contre 15%). En clair, ils ne sont plus le partenaire junior du PS, persuadés que leur moment est venu de prendre le leadership à gauche.

D’autant plus qu’ils jugent avoir atteint leur rythme de croisière, grâce, ou, plutôt, à cause de, la crise climatique, qui a peu de chance de se calmer. Le risque d’un vote conjoncturel en leur faveur – comme après l’accident nucléaire de Fukushima au Japon en 2011 – qui précéda une forte baisse des voix en leur faveur en 2015, semble écarté.

Face à ce péril vert porté par son «allié naturel», quelle sera la réaction du Parti socialiste? L’Argovien Cédric Wermuth, son nouveau co-président au niveau national, n’y voit pas l’annonce d’une redistribution programmée du rapport de force à gauche. «Le cas de Lausanne n’est pas forcément représentatif de ce qui se passe ailleurs en Suisse. La force du PS y est telle qu’il est naturel qu’on pense qu’il reste de l’espace à disputer à gauche.»

D’ailleurs, il l’affirme, même avec son étiage actuel au niveau national (autour de 16%) le PS suisse reste un point d’ancrage avec lequel il faut compter, car il n’a pas subi la déroute de ses homologues européens comme le Labour britannique et le PS français, sans même parler du SPD allemand, en grand danger, alors que les prochaines législatives auront lieu en septembre.

SP Co-Parteipraesident Cedric Wermuth spricht waehrend der Delegiertenversammlung der SP, am Samstag, 13. Februar 2021 in Bern. Die DV findet online via Videokonferenz statt. (KEYSTONE/Peter Klaunzer)

Cédric Wermuth. Image: sda

«Le Parti socialiste suisse n’a pas fait la même erreur capitale que les autres mouvements sociaux-démocrates européens, longtemps restés très conservateurs sur les questions environnementales et féminines. Ensuite, nous n’avons pas versé dans les errements de la «troisième voie» chère à Tony Blair et à Gerhard Schröder, puis plus tard à François Hollande, Ils ont tous fait un virage libéral à droite catastrophique sur le plan social», croit Cédric Wermuth.

«Je ne me livre pas à des pronostics politiques. Je FAIS de la politique»

Cédric Wermuth, co-président du Parti socialiste suisse (PSS)

Autre avantage des socialistes à en croire leur président, ils seraient moins «monothématiques» que les Verts, l’environnement n’étant que l’une des crises auxquelles ils cherchent des solutions. «Défaite du multilatéralisme, crise migratoire, panade climatique, droits des femmes. Nous devons travailler sur tous ces défis, car tout est lié. C’est pour cela qu’il convient de réaffirmer l’importance de la main publique pour organiser et maintenir les solidarités et les libertés démocratiques.»

Conquérir de nouveaux électeurs

Il conclut en rappelant que, ensemble, socialistes et verts représentent presque un tiers de l’électorat depuis les dernières élections fédérales il y a seize mois. Une altitude historique, pas atteinte depuis une éternité. «Le pays est en train de se libérer du pouvoir absolu de l’UDC, dit Cédric Wermuth. Qui aurait pensé il n’y a que quelques années que nous pourrions obtenir une majorité lors d’une votation sur des multinationales ?»

Fort de cette dynamique, le PS ne va pas chercher à récupérer ceux de ses électeurs qui sont partis chez les Verts. Il va plutôt tenter d'en conquérir de nouveaux. Et puis la poussée verte n’est pas si angoissante, tous comptes faits: «s’installer dans la durée, ça prend du temps. Et c’est plus difficile en Suisse qu’ailleurs.» A vérifier dimanche 7 mars.

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