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Analyse

Les médicaments Covid: échec ou espoir? 7 traitements sous la loupe

Le dernier médicament autorisé en Suisse n'est pas efficace contre le variant Omicron. Un autre, en revanche, pourrait être un véritable signe d’espoir selon un expert. Le point, traitement par traitement.
10.01.2022, 11:4610.01.2022, 12:09
Niklaus Salzmann / ch media
Le traitement des patients atteints par le Coronavirus ne sera pas plus facile avec le variant Omicron.
Le traitement des patients atteints par le Coronavirus ne sera pas plus facile avec le variant Omicron.Keystone

Le variant Omicron bouleverse totalement la pandémie. Le nombre d'infections est plus élevé que jamais. Le virus touche également de nombreuses personnes guéries et vaccinées. Une autre question se pose alors: avec quels médicaments peut-on traiter les malades et éviter les évolutions graves ? Et lesquels fonctionnent également pour le variant Omicron ?

La mauvaise nouvelle: Ronapreve, qui a été autorisé par Swissmedic avant Noël, a très peu d'effet contre Omicron. La bonne: le Paxlovid, le nouveau médicament de Pfizer, semble vraiment efficace.

L'espoir: Paxlovid

Oriol Manuel, professeur d'infectiologie au CHUV et membre de la task force scientifique dit:

«Le Paxlovid pourrait être un "Game Changer" dans le traitement médicamenteux du Covid-19»

Ce médicament contre le virus n'est pas encore autorisé en Suisse. Cependant, comme l'a rapporté «20 Minutes» au cours de la dernière semaine de l'année, l'Office fédéral de la santé publique est déjà en négociations avec Pfizer. Cela montre l'ampleur des espoirs. Selon les données du fabricant, grâce à cette pilule, les personnes non vaccinées présentant un risque élevé doivent être traitées 89% moins souvent à l'hôpital. Un chiffre encourageant.

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Alexandra Calmy, professeur d'infectiologie aux Hôpitaux universitaires de Genève et coresponsable du groupe Traitements cliniques au sein de la taskforce nationale, place également de grands espoirs dans ce médicament. «Compte tenu du mécanisme d'action, nous pouvons supposer qu'il est également efficace contre Omicron», explique-t-elle.

En outre, il réduit probablement la charge virale, ce qui rend les personnes infectées moins contagieuses. Le Paxlovid pourrait donc non seulement sauver directement des vies, mais aussi contribuer à freiner la propagation de la pandémie. Si cela se confirme, la pression en faveur d'une vaccination obligatoire s’atténuerait.

Le Paxlovid doit toutefois être utilisé tôt (comme les anticorps monoclonaux). Le médicament doit être pris dans les cinq premiers jours suivant le début des symptômes. Il pourrait donc aider les personnes chez qui une évolution grave est probable. Cette pilule présente toutefois un sérieux inconvénient: elle contient une deuxième substance active, connue dans le traitement du VIH, qui a des effets sur divers autres médicaments.

Par exemple, elle ne doit pas être combinée avec certains antihypertenseurs. Avant de prendre ce médicament, un examen minutieux réalisé par un médecin est donc nécessaire. Ceci en particulier pour les personnes ayant des antécédents médicaux et qui dépendent d'autres médicaments. «Souvent, les médicaments peuvent être adaptés en conséquence», explique Oriol Manuel. «Mais il y a aussi des cas où c'est difficile, par exemple, chez les personnes ayant subi une transplantation».

La grande polémique: le Molnupiravir

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Lorsque le Paxlovid ne peut pas être administré, le Molnupiravir pourrait être une alternative. Ce médicament a été développé à l'origine contre la grippe. En Grande-Bretagne, il a été autorisé en novembre contre le Covid-19, et avant Noël, il a également reçu une autorisation d'urgence aux Etats-Unis. Comme le Paxlovid, il s'agit d'une pilule à avaler.

Dans la première phase d'une étude, les admissions à l'hôpital ont ainsi pu être réduites de moitié. Dans une deuxième phase, l'efficacité était beaucoup plus faible. Cette différence soulève des questions concernant l'étude qui n'ont pas encore été clarifiées. Entre-temps, une autre étude a été lancée au Royaume-Uni. Elle pourrait apporter des éclaircissements. En Suisse, une demande d'autorisation de mise sur le marché du médicament est en suspens. Elle est en cours d'évaluation auprès de Swissmedic depuis le mois d'août.

Le médicament de Trump: le Remdesivir

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Cette substance supposée être efficace contre le virus Ebola n'a pas fait ses preuves. L'avantage de cette histoire est que l'on dispose désormais d'expériences pour un traitement à long terme. Le Remdesivir a été autorisé temporairement par l'autorité de contrôle des produits thérapeutiques Swissmedic dès juin 2020. En automne 2020, il faisait partie du traitement de Donald Trump.

Mais le Remdesivir répond-il aux espoirs dans la lutte contre le Covid-19? Partiellement. Des études ont toutefois montré que le séjour à l'hôpital était plus court, un point important compte tenu des cliniques surchargées. Cependant, avec ce médicament, le taux de mortalité ne semblait pas diminuer. Il y a quelques jours, une étude a été publiée. Comme l'explique Alexandra Calmy, cette étude révèle que le Remdesivir a un meilleur effet chez les personnes non vaccinées présentant un risque accru. Le nouveau résultat de l'étude se base toutefois sur un très petit nombre de participants. De plus, le Remdesivir est compliqué à administrer. Il nécessite des perfusions pendant trois jours de suite à l'hôpital.

La nouvelle autorisation: les anticorps monoclonaux

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Les anticorps monoclonaux se sont révélés efficaces dans la lutte contre le Covid-19. Il s'agit d'anticorps qui n'ont pas été produits par le système immunitaire de l'organisme, mais en laboratoire. Ils ont fait la une des journaux lorsque Donald Trump a reçu une version expérimentale en automne 2020.

On dispose aujourd'hui de plus d'expérience. Selon la taskforce scientifique suisse, les anticorps monoclonaux font leurs preuves lorsqu'ils sont administrés précocement aux personnes chez lesquelles on peut s'attendre à une évolution grave de la maladie. Deux préparations sont disponibles. La première, Ronapreve, contient deux anticorps différents et a été autorisée par Swissmedic le 23 décembre 2021.

L'autre, le Sotrovimab, n'a pas encore d'autorisation de mise sur le marché. Son utilisation est toutefois autorisée à titre exceptionnel selon certains critères, conformément à l'ordonnance Covid. Des essais en laboratoire ont montré que le Sotrovimab est probablement plus efficace contre le variant Omicron que le Ronapreve. Le Sotrovimab est donc désormais recommandé, sauf en cas d'infection confirmée par le variant Delta.

Le système de don: le plasma sanguin

Le système immunitaire humain est capable de lutter contre les virus grâce à des anticorps. Les personnes ayant souffert d'une maladie Covid 19 en possèdent beaucoup dans le sang. Il est leur est donc possible d'en donner une partie à ceux dont le système immunitaire fonctionne moins bien. Les anticorps se trouvent dans le plasma sanguin. Il peut être prélevé lors du don de sang..

Pour obtenir un bon résultat, le plasma contenant les anticorps doit être administré au patient à un stade précoce de l'infection. C'est utile pour les personnes dont le système immunitaire est fortement inhibé. Par exemple, pour les personnes qui sont atteintes de leucémie. Cependant dans la pratique, on utilise plus souvent les anticorps monoclonaux qui ont un effet similaire.

Le retardateur immunitaire: la Dexaméthason

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Les anticorps monoclonaux et les médicaments antiviraux doivent être administrés très tôt, dans les cinq premiers jours suivant l'apparition des symptômes. D'autres médicaments sont utilisés si les personnes infectées doivent être traitées plus tard à l'hôpital. En Suisse, la Dexaméthason est administrée de manière standard aux patients qui doivent être alimentés en oxygène. «A ce stade, le virus n'est plus actif dans le corps», explique Oriol Manuel. «C'est la réaction inflammatoire du système immunitaire qui pose problème».

Le traitement a fait ses preuves. La mortalité est réduite d'un tiers dans les cas critiques. L'inconvénient: les personnes hospitalisées en soins intensifs avec le Covid-19 sont également plus vulnérables à d'autres futures infections. Le risque augmente si le système immunitaire est supprimé, surtout si la Dexaméthason doit être combinée avec le Tocilizumab (voir paragraphe suivant).

L’alternative: Tocilizumab

Bild: sda

Ce médicament inhibe également le système immunitaire. Il est utilisé de manière standard lorsqu'un patient ne réagit pas suffisamment à la Dexaméthason. La mortalité est réduite de 15%.

Une étude impliquant plus de 600 hôpitaux dans plus de 52 pays est actuellement en cours pour évaluer l'efficacité d'autres médicaments, dont un autre immunosuppresseur. L'étude est financée par l'Organisation mondiale de la santé. Oriol Manuel coordonne le projet en Suisse. Il s'attend à ce que les résultats soient disponibles dans les semaines à venir.

Traduit de l'allemand par Nicolas Varin

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