Migros opère un changement radical dans ses élevages de poulets
Dans la ferme de Walter Stucki, dans le canton de Berne, quelques vaches se promènent. Mais pour l'agriculteur, elles ne sont plus qu'accessoires. Son activité principale, c'est l'élevage de poulets.
Son acheteur, Migros, a invité la presse suisse à la campagne pour présenter une nouveauté: une race de poulet à croissance plus lente. D'ici 2027, l'ensemble de la production Optigal doit être transféré sur ces poulets ainsi que sur des races apparentées.
Des inquiétudes sur le bien-être animal
Ce changement ne survient pas sans raison. La race utilisée jusqu'ici, appelée «Ross 308», avait été critiquée il y a un an après la diffusion d'images filmées en caméra cachée dans un élevage vaudois du groupe Micarna, filiale de Migros. Certains poulets pouvaient à peine marcher, tant ils avaient grandi vite.
Concrètement, en 30 à 39 jours, un poussin Ross 308 de 40 grammes devient un poulet de chair pesant entre 2 et 2,2 kilos, prêt pour l'abattoir.
Le bien-être animal est-il à ce point compromis dans la production avicole suisse? Selon deux experts en aviculture interrogés par CH Media (éditeur de watson), il n'est pas exact de dire que l'état des poulets Ross 308 en Suisse soit mauvais. Il est par exemple, normal qu'environ 1% des poussins meurent.
Walter Stucki le confirme. L'agriculteur conduit le groupe de journalistes jusqu'à son poulailler, situé un peu en contrebas de la ferme. Vu de l'extérieur, ce bâtiment plat ne semble pas pouvoir accueillir plus de 4000 animaux. Mais, à l'arrière, un jardin d'hiver a été aménagé, où les poulets peuvent prendre l'air. Du moins en théorie, comme l'explique Walter Stucki:
Quand il fait chaud, ils restent à l'intérieur. Et, en hiver, quand il fait froid, c'est la même chose. Dans le poulailler, ils sont assez serrés les uns contre les autres, mais on n'y observe aucune agitation bruyante. C'est de l'élevage intensif, mais sans laisser-aller.
Compenser le rendement par l'efficacité
Le passage à cette race à croissance plus lente signifie pour Walter Stucki un nouveau rythme et une production moindre: 7 cycles de production par an au lieu de 8.
Les poulets de la race «Redbro» vivent en moyenne environ une semaine de plus que ceux de la race «Ross 308»: ils sont envoyés à l'abattoir à 42 jours au lieu de 35. Migros garantit à Walter Stucki le même revenu qu'auparavant, bien qu'il produise moins de poulets. Les consommateurs, eux non plus, ne devraient pas voir de hausse de prix. C'est une annonce audacieuse. Tristan Cerf, porte-parole de Migros, indique:
Les prix des produits agricoles sont toutefois très volatils actuellement, ce qui rend toute prévision difficile.
L'une de ces mesures d'efficacité est la construction d'un nouvel abattoir à Saint-Aubin (FR). Ce projet a récemment été critiqué par Greenpeace en raison de sa forte consommation d'eau. Migros rétorque que la consommation d'eau baissera de 40% par rapport à l'exploitation actuelle de Courtepin, appelée à être remplacée.
Pour cette réorientation de la race de poulets, la marque Migros Optigal collabore avec le label de biodiversité IP-Suisse. Le logo à la coccinelle garantit que le poulet a bénéficié d'assez de lumière dans le poulailler et de possibilités d'occupation supplémentaires. Chez Walter Stucki, par exemple, des filets remplis de paille, des bouteilles d'eau remplies et des CD sont suspendus au plafond. Le jeu de couleurs de ces derniers pourrait intéresser les poulets. Mais, lors de la visite, ils picorent surtout les filets de paille.
Quand l'offre ne suit pas la demande
Actuellement, la Suisse produit 60% du poulet consommé dans le pays, le reste étant importé. Sur les rayons de Migros, 84% de la viande de volaille provient de la production suisse. Le distributeur souhaite maintenir, voire accroître cette part.
Mais, dans un premier temps, le passage à la nouvelle race va faire grimper la part des importations. «Nous recherchons 50 exploitations supplémentaires», indique Sarah Hinske, responsable du secteur volaille chez Micarna, filiale de Migros.
Le poulet est populaire en Suisse 👇
La demande de poulet suisse est supérieure à l'offre. C'est aussi ce qu'affirme David Zumkehr, de l'Aviforum, une fondation qui promeut la production avicole suisse. Mais, en raison de règles strictes en matière d'aménagement du territoire et d'environnement, il n'est pas simple de construire un nouveau poulailler. Il explique:
L'avantage économique de la production avicole tient au fait que le prix est calculé sur la base des coûts de production: achat des poussins, alimentation, chauffage et amortissement du bâtiment. Les agriculteurs qui produisent pour Micarna ou Bell ont la garantie que leurs poulets leur seront repris.
Des opinions qui impactent peu les achats
David Zumkehr affirme que le bien-être animal n'est pas d'abord une question de vitesse de croissance. Ce sont surtout les conditions d'élevage qui sont déterminantes. Sur ce point, la Suisse fait mieux que les pays européens voisins, où jusqu'à 42 kilos de poulets adultes sont engraissés par mètre carré. En Suisse, ce chiffre est de 30.
Un autre avantage de la production suisse est que les poulets sont engraissés dans des exploitations familiales et non dans des fermes d'engraissement appartenant à de grandes entreprises, explique Sarah Albini, du département des maladies aviaires de l'Université de Zurich. Elle ajoute:
Les consommateurs continueront-ils d'apprécier les efforts de Migros si ceux-ci se traduisent finalement par des prix plus élevés? Sarah Albini affirme qu'il existe, pour la viande de poulet, un net «consumer-citizen-gap» (réd: un écart entre le citoyen et le consommateur). En tant que citoyens, de nombreuses personnes se disent favorables à davantage de bien-être animal. Mais, au magasin, c'est la viande la moins chère qui est achetée. Ainsi, la part des poulets bio, qui vivent pourtant nettement mieux, stagne autour de 2,5%. (trad. ysc)
