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Politique

Suisse: Franziska Herren veut transformer l'alimentation des Suisses

Cette femme veut préparer les assiettes suisses à la prochaine crise

Franziska Herren veut renforcer l’autosuffisance alimentaire de la Suisse en rééquilibrant la production entre élevage et cultures destinées directement à la population.
Franziska Herren est à la base de l'initiative sur l'alimentation qui veut modifier la politique agricole afin d'augmenter l'autosuffisance de la Suisse.Image: Montage watson
Franziska Herren est à la base de l'initiative sur l'alimentation sur laquelle la population suisse votera cet automne. La Bernoise veut changer radicalement le contenu de l'assiette de ses compatriotes. Interview.
12.08.2026, 18:5812.08.2026, 18:58
Lea Hartmann

Depuis quelques années, Franziska Herren n’exerce plus son métier de coach sportive qu’à titre accessoire. La politique est devenue l’activité principale de cette Bernoise qui a été surnommée par certains, en Suisse alémanique, la «bête noire des paysans». C'est en effet elle qui, en 2021, était à la base de l’initiative pour l'eau potable, qui voulait restreindre massivement l’utilisation des pesticides.

Depuis plusieurs années, Franziska Herren n’exerce plus son métier de coach sportive qu’à titre accessoire. Son engagement politique est devenu l’activité principale de cette Bernoise. Après l’initiative sur l’eau potable de 2021, qui voulait restreindre fortement l’usage des pesticides, la Suisse votera en septembre sur un deuxième texte qu’elle a lancé: l’initiative sur l’alimentation.

Franziska Herren �tait d�j� � l'origine de l'initiative sur une eau potable propre (archives).
Franziska Herren était déjà à l'origine de l'initiative sur une eau potable propre.Keystone

L’initiative réclame une réorientation de l’agriculture: moins d’élevage, afin de porter le taux d’autosuffisance alimentaire de la Suisse à 70% (voir encadré). Si l’on suit Franziska Herren, nous devrions plutôt manger davantage de légumes, de lentilles ou de tofu produits en Suisse, dans l’intérêt de l’environnement.

Madame Herren, à quelle fréquence mangez-vous de la viande?
Je suis végétarienne depuis mon enfance et, depuis environ 15 ans, mon alimentation est purement végétale.

Vos adversaires affirment que, si votre initiative était acceptée, les produits d’origine animale seraient bannis de nos assiettes. Ils dénoncent un «véganisme imposé».

Ils devraient commencer par lire le texte de notre initiative. Personne ne veut interdire la viande. Cet argument est ridicule.

L’initiative sur l’alimentation demande pourtant que la Confédération encourage «un mode d’alimentation reposant davantage sur des denrées végétales».
Oui, précisément: «davantage» et «encourage». Mais personne ne sera contraint de modifier ses habitudes alimentaires. Nous demandons une réorientation des subventions. Le déséquilibre est immense: sur les 3,6 milliards de francs de subventions versés aujourd’hui, les trois quarts soutiennent la production animale.

A propos des votations du 27 septembre 👇

Cela tient aussi au fait que les deux tiers des surfaces agricoles sont des prairies. L’élevage est tout simplement l’activité la plus pertinente sur ces terres.
Les prairies doivent continuer à servir à la production de lait et de viande. L’agriculture utilise cependant la moitié des précieuses terres arables pour cultiver des aliments destinés aux animaux de rente. Nous pourrions produire dix fois plus de calories si nous y cultivions davantage de céréales, de légumes et de protéines végétales destinés directement à l’alimentation humaine. Cela renforcerait notre autosuffisance.

«Aujourd’hui, nous importons 65% des aliments végétaux que nous consommons et la moitié de la viande est produite avec du fourrage importé»

Utiliser davantage les terres arables pour l’alimentation humaine est déjà un objectif de la Confédération, qui est inscrit dans sa stratégie climatique 2050. Votre initiative est-elle vraiment nécessaire?
La Confédération s’est fixé de nombreux objectifs. Encore faut-il les mettre en œuvre et ne pas attendre 2050 pour le faire. L’initiative permettra de s’en assurer.

Votre initiative vise donc à mettre la pression?
Oui, absolument! Le ministre de l’Environnement, Albert Rösti, dit qu’il «ne s’attendait pas à une chaleur aussi intense» et qu’il est surpris. Pourtant, il y a 23 ans, nous avions déjà connu un été aussi caniculaire que celui-ci. D’autres étés secs ont suivi en 2015, 2018, 2019, 2022 et 2023. Mais aujourd’hui encore, la Suisse ne dispose d’aucune stratégie nationale pour garantir son approvisionnement en eau face au changement climatique. Personne ne sait de quelle quantité d’eau nous disposerons dans les prochaines semaines et les prochains mois.

«Notre initiative permettra la mise en place d’une stratégie nationale. Sans elle, la Confédération ne pourra pas garantir une eau potable propre ni les eaux souterraines nécessaires à son approvisionnement, comme l’exige l’initiative»

Qu’est-ce qui vous préoccupe le plus: notre environnement ou la sécurité alimentaire?
Il est impossible de dissocier les deux. Pour garantir notre alimentation, nous avons besoin de sols fertiles abritant une grande diversité d’espèces et d’une eau potable propre. Parallèlement, nous avons besoin d’une agriculture produisant davantage d’aliments végétaux afin de pouvoir mieux nous approvisionner en temps de crise. Or, cela ne peut pas être garanti si nous utilisons la moitié des terres arables pour cultiver du maïs fourrager, si nous détruisons nos sols avec des pesticides et un excès de lisier provenant d’une production animale gonflée par les importations de fourrage, et si nous polluons notre eau potable.

Le taux d’autosuffisance s’élève aujourd’hui à 42%. La Confédération veut le porter à 50% d’ici 2050. Pourquoi est-ce que cela ne suffit-il pas?
En cas de crise, l’agriculture doit être capable de nourrir la population à partir de nos propres terres dans un délai d’un an. C’est la Confédération elle-même qui l’impose. La loi garantit suffisamment de terres arables à cette fin. Si un taux de 70% est aussi irréaliste que tout le monde le prétend aujourd’hui, comment pourrait-on atteindre 100% en situation d’urgence?

«Avec la politique actuelle, nous ne sommes absolument pas préparés aux crises. C’est irresponsable»

Si la Suisse acceptait le texte, elle n’aurait que dix ans pour le mettre en œuvre. Ce serait impossible, ou alors à un prix extrêmement élevé.
Et combien cela coûtera-t-il si nous ne sommes pas préparés? Lors de l’été caniculaire de 2003, l’agriculture suisse a subi des pertes économiques d’environ 500 millions de francs.

Que devrait concrètement faire la Confédération?
Elle doit mettre en œuvre la stratégie nationale sur l’eau réclamée depuis des années. Pour viser une autosuffisance de 70%, elle doit encourager les aliments végétaux et réduire le gaspillage alimentaire:

«Si nous jetions deux fois moins de nourriture qu’aujourd’hui, nous pourrions nourrir 1,8 million de personnes supplémentaires»

Ce n’est tout de même pas si simple. Un agriculteur ne peut pas abandonner l’élevage bovin du jour au lendemain pour se lancer dans la production de lentilles.
Dix ans, ce n’est pas du jour au lendemain. Dès la saison prochaine, les terres arables pourraient servir à cultiver des céréales et des légumineuses destinées à la population plutôt que du fourrage. Le marché existe. Les subventions, la formation et la protection douanière doivent aider les exploitations à accomplir cette transition.

«Alors, les affiches feront aussi la promotion des légumineuses, au lieu de ne vanter que les grillades qui font tsch, tsch»

Vous ne comprenez donc absolument pas la résistance des agriculteurs?
Je n’ai pas l’impression que les agriculteurs soient farouchement opposés à l’initiative. Une plus grande autosuffisance leur apportera davantage de sécurité. La promotion des aliments d’origine végétale leur offrira aussi de nouveaux débouchés et de nouvelles sources de revenus. Hier, j’ai reçu la lettre d’un agriculteur. Il m’a écrit: «Je vous estime beaucoup. Continuez à vous battre.»

Il y a cinq ans, la population a clairement rejeté votre initiative pour une eau potable propre. Qu’est-ce qui vous pousse à affronter une nouvelle fois le lobby agricole?
Peu après la votation déjà, on a commencé à diluer les promesses faites pendant la campagne. La guerre en Ukraine a servi à justifier une production encore plus intensive et dépendante des pesticides, ainsi qu’une nouvelle intensification de la production animale.

«Je suis effarée de voir ce dont la politique agricole est capable. Nous constatons actuellement où cela nous mène. Avec mon initiative, nous avons la possibilité d’intervenir»

Lors de la campagne sur l’initiative pour une eau potable propre, vous aviez le soutien des partis de gauche et des organisations environnementales. Cette fois, vos anciens alliés se sont retirés et on vous reproche d’être trop idéologique.
Il n’y a rien d’idéologique chez moi. L’initiative pour une alimentation sûre, dont la récolte de signatures a également été soutenue par des organisations environnementales, permettrait pour la première fois de préparer notre agriculture aux crises, de garantir notre approvisionnement en eau et, dans le même temps, d’atteindre les objectifs climatiques et environnementaux.

Pour réussir en politique, il faut faire des compromis.
Aucune proposition de compromis ne m’a jamais été soumise.

D’où viennent vos moyens financiers, alors qu’aucun parti ne vous soutient?
L’association «De l’eau potable propre pour tous» est à l’origine de l’initiative. Nous nous finançons grâce aux cotisations de nos membres et aux dons de particuliers et de fondations. Notre campagne dispose actuellement d'un budget de 650 000 francs.

«Nous verrons ce qu'il advienvra ensuite. Mais je sais une chose: je ne suis pas née pour regarder sans rien faire la destruction de la Terre qui nous nourrit»

(btr/az)

Ce que demande l’initiative sur l’alimentation
L’initiative sur l’alimentation veut inscrire dans la Constitution un taux net d’autosuffisance de 70%. Autrement dit, 70% des denrées alimentaires consommées en Suisse devront aussi être produites dans le pays, y compris les aliments pour animaux. Pour atteindre cet objectif, la Confédération devra encourager l’alimentation végétale et réorienter l’agriculture en conséquence.

L’initiative prévoit en outre que la Confédération soit responsable de la préservation des ressources en eau potable. Elle devra notamment veiller au respect des objectifs environnementaux fixés en 2008 pour protéger les eaux. Le Conseil national et le Conseil des Etats rejettent l’initiative à l’unanimité, et le Conseil fédéral y est lui aussi clairement opposé. L’Union suisse des paysans mène la campagne pour le non.
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Franziska Herren est à la base de l'initiative sur l'alimentation.Image: Keystone
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source: sda / michel euler
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