«Cela relève du sadisme»: une filière sous le choc
«Ça nous fait mal au cœur!» Directeur général adjoint de la faitière SuissePorc, Adrian Schütz a exprimé son malaise à watson après avoir découvert les images dévoilées par l’Observatoire du spécisme le lundi 1er juin.

«Ce qui s'est passé dans cette porcherie vaudoise est scandaleux et ça salit toute notre profession». En tant que professionnel ainsi que cadre de l’organisation faîtière de la filière porcine, Adrian Schütz a-t-il des propositions de réforme afin d’éviter ce type de fautes et de cruauté? Il souligne que les exigences en la matière sont contenues dans la loi fédérale: le responsable d'une telle exploitation doit avoir une formation et un diplôme suisse agricole ou trois ans de pratique certifiante.
Compétences vérifiées par le vétérinaire cantonal
Vétérinaire cantonal vaudois, Giovanni Peduto abonde dans le même sens: «Ces qualifications sont vérifiées dans le cadre des contrôles effectués par le service vétérinaire cantonal. Pour ce qui concerne les employés agricoles, ceux-ci sont sous la responsabilité d’une personne qualifiée aux bénéfices des formations précitées. A noter que seules ces personnes qualifiées peuvent réaliser des interventions particulières, comme la castration, l’écornage, la mise à mort.»
En cas de comportement suspect ou de faute professionnelle avérée, les collaborateurs doivent dénoncer de manière anonyme toute attitude problématique, rappelle Adrian Schütz: «Il existe pour cela une plateforme proposée par Proviande, l'interprofession suisse de la filière de viande, avec un formulaire en ligne pour signaler les infractions constatées. Cette dénonciation se fait via l'organe de médiation en faveur du bien-être des animaux. Mais hélas, ce formulaire est peu utilisé jusqu'à présent», selon Adrian Schütz.
Pour l’ancien président des Verts vaudois, Alberto Mocchi, Il est «indispensable de renforcer la formation des personnes travaillant en contact avec les animaux de rente, afin de renforcer la sensibilisation au bien-être animal. Et éviter au possible des comportements qui par inadvertance pourraient causer de la souffrance.» Il n’est cependant pas certain à ses yeux qu'une meilleure formation puisse venir à bout de certains comportements d'individus isolés:
Attention image violente 👇

Député au Grand Conseil vaudois, Alberto Mocchi a lu, dès le mardi 3 juin, durant la séance plénière des élus, une question orale adressée au gouvernement cantonal à propos des comportements «barbares» dévoilés dans la vidéo de l’Observatoire du spécisme.
watson lui a demandé ce que les élus peuvent faire concrètement contre de telles pratiques qui desservent en plus l'image de toute une profession et un secteur. «Il semble indispensable d'agir sur deux fronts concernant la détention d'animaux de rente, et plus particulièrement les cochons,» souligne-t-il:
Poser des caméras fixes dans des porcheries?
D'autre part, Alberto Mocchi appelle à agir sur celles et ceux qui travaillent en contact avec les animaux. «Il faut augmenter les contrôles, plus et mieux former et renforcer les sanctions possibles en cas de maltraitance avérée, liste le député, comme notamment l'interdiction de travailler avec des animaux ou d'en détenir.» Sans omettre, selon lui, la question de la pose de caméras fixes, «comme c'est le cas dans certains pays dans les abattoirs: on doit aussi se la poser, même si elle est polémique.»
Au regard du vétérinaire cantonal, «les évènements récents montrent, toutefois, que le facteur humain est central. La question d’un renforcement des exigences en matière de comportement avec les animaux sera analysée sur la base des évènements actuels. Si des enseignements doivent être tirés, cela sera fait avec sérieux et sur la base de faits établis. »
Délit poursuivi d’office?
En droit pénal, les infractions à la LPA (Loi fédérale sur la protection des animaux), telles que mauvais traitements, cruauté, négligence grave, sont considérées comme des délits poursuivis d'office. A ce titre, le Ministère public aurait donc l'obligation légale, en théorie, d’ouvrir une instruction pénale dès qu'il a connaissance des faits, sans qu'il soit nécessaire qu'une tierce personne (comme une association de protection animale ou le vétérinaire cantonal) porte plainte formellement.
Procureur général vaudois, Eric Kaltenrieder nous dévoile, toutefois, que le Ministère public demeure dans l’attente du rapport de dénonciation que l’Office du vétérinaire cantonal lui adressera. «Sur cette première base, il sera alors décidé de l’opportunité d’ouvrir ou non une instruction pénale dans cette affaire», explique-t-il. Quant au vétérinaire cantonal vaudois, il précise:
Selon lui, compte tenu de la gravité de ces agissements, les autorités pourront recourir à «tous les instruments nécessaires pour éviter la répétition de tels actes, notamment l’interdiction de détenir des animaux ou d’exercer une activité les impliquant. Toutes les infractions seront transmises à la justice pénale. Ces situations sont prises très au sérieux, notamment parce qu’elles portent atteinte à la confiance du public et à une profession qui respecte, dans sa très grande majorité, les règles.»
