«Interdit de se bécoter»: on a visité un paradis nudiste suisse
Un paradis de près de 30 000 mètres carrés niché dans une clairière enchantée au-dessus d’Auenstein (AG), sur le versant sud du Jura: voilà le territoire de l’association Hespa, abréviation de Heliosport Aargau.
Un paradis? On y vit nu comme Adam et Eve autrefois, tout en profitant du panorama et de la nature. Air pur et orchidées; calme avec vue sur le Plateau et les Alpes. Ne rien faire, ralentir le rythme. Le dimanche 31 mai, des visites guidées du site seront proposées aux personnes intéressées, de 10 à 17 heures. Sur le site de l’organisation faîtière suisse des naturistes, on peut y lire:
Et cela correspond particulièrement bien au camping «Chläb» à Auenstein:
Pas de l'exhibition, mais un art de vivre
Par respect et pour des raisons d’hygiène, «nous nous asseyons ou nous allongeons toujours sur une serviette», explique le président de l’association, Toni Möckel. Tout le monde se tutoie aussi, notamment par souci de discrétion. Il existe huit lieux de ce type et quatorze associations naturistes en Suisse où la nudité va de soi: on ne se montre pas nu, on vit nu.
C’est également le cas de Toni Möckel lorsqu’il ne fait pas visiter les lieux à un journaliste: «Etre nu fait partie de l’ADN humain», affirme-t-il. Le syndic et maître jardinier de Würenlos (AG) pratique aussi le naturisme à la maison avec sa famille:
La culture du corps libre, qu’il a découverte enfant lors de vacances au Danemark, n’a rien de sulfureux au «Chläb». Les voyeurs et les exhibitionnistes n’y ont pas leur place. C’est pourquoi les candidats souhaitant rejoindre l’association sont «évalués» lors d’entretiens. Et le contrôle social fonctionne, selon Toni Möckel:
Une moyenne d'âge de 70 ans
«Le camping du Chläb est un village dans le village», explique Toni Möckel. Et le nombre «d’habitants» correspond aussi à cette image: l’association compte à elle seule 276 membres, sans compter les enfants, auxquels s’ajoutent les visiteurs de passage.
Le président se réjouit particulièrement d’avoir accueilli 34 nouveaux membres - majoritairement des jeunes - lors de la dernière assemblée générale. Les hommes représentent 56% des effectifs, les femmes 44%. Les membres ont entre 29 et 89 ans. Le président de 63 ans indique:
Travailler pour la communauté
Un village doit être entretenu et soigné. Tous les membres doivent ainsi accomplir six jours de travail d'intérêt général par an. «La plupart viennent plus souvent», affirme Toni Möckel, qui en connaît la raison: travailler ensemble crée du lien. Après tout, il s’agit de leur «village». Et ce travail favorise «l’esprit communautaire face au culte de l’égoïsme».
L’association peut compter sur les compétences variées de ses membres. On y trouve toutes sortes de professions: employés de commerce, chauffeurs, étudiants, enseignants, pasteurs, commerciaux itinérants, artisans «surtout issus du bâtiment».
C’est ainsi que le site a été développé au fil des 75 dernières années. Il dispose de sa propre source d’eau, dont le captage a permis à des spécialistes du club de transmettre leur savoir-faire à des personnes sans expérience. Le terrain a été aménagé en terrasses en totale autonomie. Le maître jardinier glisse:
Des débuts compliqués
Une trentaine de personnes gèrent différents secteurs et responsabilités. Peter veille notamment à ce que le réfrigérateur ne soit jamais vide et à ce que les campeurs puissent toujours acheter du gaz. Et Rita, une Bernoise établie en Suisse romande, est responsable de l’hygiène des installations sanitaires. Tondre la pelouse, souder, travailler le bois, entretenir les fleurs, assurer le secrétariat: dans un village, le travail ne manque jamais.
Comme aucun terrain adapté n’avait été trouvé à Beinwil am See (AG) en 1951, l’association – qui s’appelait alors encore «Ligue pour la réforme de vie – Heliosport Seethal – Lenzburg» – s’est tournée vers le site du «Chläb», au pied du Gisliflue. Les débuts ont été compliqués, avec des problèmes de droits de passage, des oppositions et des curieux indiscrets.
Des naturistes de toute l'Europe
Aujourd’hui, grâce à la commune d’Auenstein, le camping se trouve dans une zone juridiquement sécurisée. Toni Möckel se dit reconnaissant du soutien des autorités communales. Après tout, le village peut se targuer d’abriter un lieu qui attire des naturistes venus de toute l’Europe.
L’offre a de quoi séduire: trois chambres doubles, douze emplacements pour les visiteurs et 32 couchages dans l’hébergement collectif. Le tout à des tarifs très avantageux. Une nuit en dortoir collectif ne coûte par exemple que cinq francs. A cela s’ajoutent 60 emplacements fixes – caravanes ou petits chalets – réservés aux membres.
Du sport nu, comme chez les Grecs
On peut également y cuisiner, faire des grillades, cuire du pain ou profiter du sauna. Il y a une aire de jeux pour enfants et, bien sûr, des installations sportives. Et cela nu, comme c’était l’usage chez les Grecs. Le site dispose d’une piscine chauffée à l’énergie solaire, d’un terrain de beach-volley, d’un terrain de badminton. On peut aussi jouer au ping-pong ou pratiquer le tir à l’arc. Toni Möckel raconte:
Ceux qui le souhaitent peuvent même télétravailler ici depuis leur caravane, comme Rita, qui est employée dans une entreprise développant des innovations biotechnologiques pour l’agriculture. Avec un profond respect pour l’environnement. Une philosophie parfaitement en accord avec le naturisme. (btr/az)
